20 janvier 2013-31 mars 2016 : la transition de Catherine Samba-Panza en dix points

« En effet, j’ai toujours été ouverte à la concertation et au dialogue. La transition en cours a réussi beaucoup de réalisations là ou certains s’attendaient à des échecs", ou encore " la barque centrafricaine a été redressée de son naufrage et qu’elle flotte désormais sur des eaux plus calmes, avec l’objectif d’arriver à bon port ", peut-on retenir dans les nombreuses sorties publiques de Cathérine Samba-Panza, chef d'Etat de la transition en République Centrafricaine.

CSPDu processus électoral en passant par la restauration de l'autorité de l’État, l'armée, l'emploi des jeunes, la réconciliation ou encore la visite historique du Pape François, on peut s'accorder que beaucoup de choses ont été faites sous la transition même si – parfois, on feint par pudeur politique de le reconnaître. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en dix principaux points, Catherine Samba-Panza qui a reçu le 14 juindernier le Prix Africain du Genre 2015 en marge du 25ème Sommet Ordinaire de l’Union Africaine en Afrique du Sud, aura marqué cette transition qui prend fin avec l'avènement au pouvoir du nouveau président élu.

Les élections : Qui pouvait imaginer un seul instant que la République Centrafricaine allait organiser des élections apaisées pour ainsi mettre fin à la transition ? Le pari était risqué vu l'immensité des tâches à accomplir mais avec la dextérité de l'équipe dirigeante de la transition, des pas de géant ont ainsi été faits. Petit à petit, les obstacles qui jonchaient le chemin vers l'organisation d'élections pluralistes pour doter le pays d'institutions démocratiques ont été aplanis et plus que jamais, le processus électoral en Centrafrique – malgré les petites erreurs de parcours a été salué par la communauté internationale qui a également salué la maturité des centrafricains. Lesquels sont plus que déterminés à se concentrer avec la nouvelle équipe dirigeante qui entrera en action le 30 mars, à cette œuvre utile de consolidation de la paix, de réconciliation véritable entre les filles et fils de la République dans un élan solidaire de reconstruction du pays aux fins d'un développement harmonieux.

La visite papale : Elle aura été l'acte historique gravé à jamais dans les esprits et les cœurs des centrafricains, de la communauté nationale, sous régionale, continentale qu'internationale. La visite papale du 29 au 30 novembre 2015, présentée par les médias internationaux comme le voyage de tous les dangers à cause justement de cette campagne de dénigrement dont a été injustement victime la Centrafrique, aura été une visite historique ayant déclenchée cette envie véritable de réconciliation inter-centrafricains. Normal puisque depuis que le Pape François a foulé le sol centrafricain et qu'il est reparti, on n'entend plus parler de ces scènes de violences qui rythmaient la vie au quotidien aussi bien dans la Capitale que les villes de l'intérieur. Une visite de la foi du souverain pontife qui a tenu bravé les dangers pour fouler le sol centrafricain et ouvrir historiquement, l'année de la miséricorde divine dans ce pays. Au  nom du peuple centrafricain, Catherine Samba-Panza n'a-t-elle pas " confessé tout le mal qui a été fait en Centrafrique et de demander pardon ? ". Un acte d'humilité qui n'a d'autre objectif que la réconciliation véritable entre filles et fils de la République.

La réconciliation : Cheval de bataille de Catherine Samba-Panza dès son accession à la magistrature suprême de l'Etat, la réconciliation est et demeurera l'une des priorités de la nouvelle équipe dirigeante du pays. Tant, en appelant Antibalaka et Seleka dès l'entame de son mandat à mettre fin à la guerre pour se concentrer sur la réconciliation, Samba-Panza a réussi à dissiper cette méfiance qui existe réciproquement entre les communautés chrétiennes et musulmanes ainsi qu’entre les groupes armés.

Dès juin 2014, et dans le cadre du dialogue en prélude à la réconciliation, les groupes armés ont signé l’accord de Brazzaville où ils s’engageaient à renoncer à la violence. Début 2015, de vastes consultations populaires se sont tenues couronnées en mai 2015, par le forum inter-centrafricain au cours duquel un pacte républicain destiné à construire la paix et la réconciliation nationale a été acté. La réconciliation est en marche, avaient clamé haut et fort les dirigeants de la transition mais, celle-ci ne peut se faire au prix de l'impunité comme a déclaré le Chef de l'Etat de la transition le 24 mars 2015 à Ndélé. "Mère poule", elle a essayé de l'être.

La justice : Et comme la justice se doit d'être le dernier rempart des citoyens dans un système démocratique, une Cour pénale spéciale a été créée au sortir du forum de Bangui afin de juger les auteurs des multiples crimes et délits qui ont été commis durant la crise qu'à connue le pays.

Dans cette optique, les magistrats centrafricains et autres acteurs de la justice ont bénéficié des séries de formations pour un renforcement des capacités pour être en mesure de dire le droit dans l'intérêt du peuple centrafricain.

Cette Cour qui aura à collaborer avec la Cour Pénale Internationale permettra d'arrimer la justice centrafricaine à un système judiciaire performant qui ne laisse plus de place à l'impunité des crimes commis en Centrafrique.

Mais l'expression exaltante du renouveau de cette justice demeure les grands travaux de construction du nouveau Palais entrepris sous la transition et en stade de finition. L'objectif de l'équipe de la transition, c'est aussi de créer les conditions permettant alors aux magistrats et autres acteurs de la justice de notre pays de bénéficier d'un environnement qui sied à l'accomplissement de leurs fonctions.

La relance économique: "L’économie centrafricaine après s’être effondrée de -36 % en 2013 dans le sillage de la chute de l’ancien président François Bozizé en mars et du conflit qui s’en est suivi, montre des premiers signes de reprises".  Une bonne nouvelle pour des autorités de la transition qui ont effectivement œuvré pour la relance de l'économie nationale. Une reprise qui a bénéficié des facteurs d’apaisement social constaté aussi bien dans la Capitale qu'à l'intérieur du pays qui s'ajoute aux réformes mises en place par l'équipe de la transition. On en veut pour illustration, le contrôle du fichier de la solde et l’assainissement des services des régies financières, la sécurisation du corridor Bangui Garoua-Boulaï, ce qui a impacté positivement sur la croissance économique qui est passée de -36% en 2013 à 4,3 % en 2015.

Un effort à mettre à l'actif de Catherine Samba-Panza qui, au sortir du forum de Bangui, a tenu organiser le forum sur la promotion du secteur privé. Lequel forum a permis de dégager des perspectives claires et prometteuses pour la création d’unités de production, d’emploi des jeunes et des femmes aux seules fins de l’éradication de la pauvreté.

La situation humanitaire : Présentée comme la plus catastrophique de la planète avec ses corolaires de personnes déplacées internes et externes, la situation humanitaire de la RCA a, d'une manière progressive connue une tendance à l'amélioration notamment des personnes déplacées internes. Ce qui aurait pu se maintenir durablement et conduire au retour de la majorité de ces personnes à leurs domiciles s'il n'y avait pas eu les crises des mois de septembre et octobre 2015 orchestrées par la main inconnue de ceux présentés comme des "naïrobistes".

Nonobstant cette situation, le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens pour apporter son assistance aux personnes affectées par les différentes crises ; rien que pour les drames vécus dans les 5e, 3e et 6e arrondissements de la ville de Bangui en septembre et octobre 2015. Une enveloppe de plus de 180 millions de Fcfa a servi à apporter des réponses d’urgence aux victimes ou parents des victimes de ces drames.

Paix et sécurité : En matière de sécurité et de protection des populations, le bilan est plus que palpable. Dans le domaine de la sécurité, avec l’appui des partenaires internationaux, la police et la gendarmerie ont été mises très tôt à contribution pour ramener la sécurité et la paix dans les villes du pays en menant une lutte implacable contre les forces non conventionnelles qui écumaient nos villes.

En ce qui concerne ce volet de réhabilitation des FACA, les multiples plaidoyers de Catherine Samba-Panza aussi bien auprès du Conseil de Sécurité de l'ONU que d'autres instances, ont commencé à produire des effets. Un allègement de l'embargo a été constaté en ce qui concerne les équipements et la formation des militaires centrafricains. Grâce à l’appui des partenaires internationaux, les avancées significatives dans la réforme du secteur de la sécurité augurent déjà d'un futur proche dans la réhabilitation des FACA d'autant plus que l’embargo sur les armes de guerre a aussi fait l’objet d’allégement pour faciliter l’opérationnalisation de nos forces de défense et de sécurité intérieures. De manière concrète, cette réforme des FACA permettra de doter les forces de défense et de sécurité du professionnalisme avec en toile de fonds, le respect du caractère multiethnique et républicain. Déjà, une mission de 12 experts militaires de la   Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) qui a effectué courant mars une mission de 5 jours en Centrafrique a évalué les difficultés que rencontre l’Armée centrafricaine. Un premier pas vers la levée de l'embargo quand on sait qu'à l'issue de cette réunion, Joseph Bindoumi, ministre de la défense a estimé que " les 11 autres pays membres de la CIRGL et certains Etats africains, actuellement membres du Conseil de sécurité des Nations unies, ont accepté de soutenir la demande de levée des sanctions et de l’embargo imposés à la RCA afin de faciliter le rétablissement d’une force de sécurité nationale fonctionnelle ".

Le redéploiement de l’Etat : Jusqu'à un passé récent, la RCA n'avait rien d'un Etat. L’administration publique était à plat. L'on se croirait vraisemblablement dans une République bananière. Ainsi donc, avec l'appui des partenaires de la RCA, une attention particulière a été accordée au déploiement de l’administration sur toute l’étendue du territoire. De manière concrète,  l'Exécutif centrafricain a mis un accent particulier sur la réhabilitation des infrastructures administratives dans l’ensemble des préfectures du pays Cela a été suivi du redéploiement des préfets des 16 préfectures tout comme des Sous-préfet, des forces de défense et de sécurité intérieures ainsi que les fonctionnaires et autres agents de l'Etat. Une situation devenue source d'assurance de la population qui peut enfin se sentir en sécurité et jouir de tous ses droits civiques (école, soins, justice…).

L’emploi des jeunes : Occuper la jeunesse en cette période trouble de notre histoire commune pour éviter à ce qu'elle continue de servir de relais dans les atrocités et autres actes de vandalisme, a été inscrit au rang des priorités des autorités de la transition. De concert avec la communauté internationale – bras financier de la transition, les Travaux à Haute Intensité de Main d'Œuvre  (THIMO), ont été initiés. Dans la Capitale centrafricaine, ses environs et certaines préfectures, la mise en œuvre des travaux HIMO a permis d'occuper les jeunes avec comme corollaire, une réduction significative de la violence dans le pays mais aussi du taux de désœuvrement.

Le pré-DDR : A son accession à la tête de la transition, nul ne doutait de l’impuissance et de la crainte de Samba-Panza face à la nébuleuse rébellion séléka, qui se montrait hostile à intégrer le gouvernement de monsieur Kamoun. Mais le génie herculéen de CSP l’a amené à convaincre l’ONU à commencer à désarmer des combattants dans le cadre du programme dit de « pré-DDR » sous le pilotage de la Minusca.

L’ONU a déjà dépensé 4 millions de dollars dans le programme pré-DDR ; ce qui permettra d’amorcer la pompe pour les nouvelles autorités. Un succès non négligeable à l’actif de Samba-Panza vu que l’une des raisons du soulèvement de 2012 était justement la non-application du précédent programme pour mauvaise gestion des fonds.

Depuis les accords du 10 mai 2015, 2.500 combattants ont été enregistrés. Des enregistrements sur la base du volontariat dans 5 villes : Birao, Bria, Kaga-Bandoro, Bouar et Bambari, en attendant l’extension aux localités de Bossangoa, Ndélé et Batangafo à partir du 1er avril.

Et justement, grâce à ce pari de désarmement volontaire obtenu, les ex-combattants travaillent à la réhabilitation des routes ou des bâtiments publics, ou encore à des travaux d’assainissement. Ils reçoivent un salaire, mais aussi de la nourriture.

"Nul n'est prophète chez soi", dit l'adage, autrement dit, les bienfaits réalisés chez soi ne sont jamais reconnus par les siens. En ce sens, la standing ovation offerte à Catherine Samba-Panza lors d’un débat télévisé à l’université George-Washington, le 1er mars, dans la capitale fédérale américaine, constitue la cerise sur le gâteau.

" Mère courage " comme le Chef de l'Etat de la transition centrafricaine a été présentée par les animateurs de ce débat, le Chef de l'Etat de la transition – l'exception à cette règle commune dans notre région s'est félicité de n'avoir pas réussi à se faire piqué par ce virus quelque peu "mortel". Morceau bien choisi et allègrement servi : " Contrairement à ce qui s’est passé dans certains pays voisins, moi, au moins, je n’ai pas modifié la Constitution pour aller aux urnes !" . Ceci étant, le Chef de l'Etat, fière du travail accompli sous la transition a par ailleurs déclaré que " Ceux qui sèment ne récoltent pas forcement les fruits. Nous avons, quant à nous, semé les graines de l’Esperance pour notre pays pour que les centrafricains de tous bords se rassemblent afin de conjuguer ensemble les cinq verbes du père fondateur ".

HM, FRK-KN

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