42eme session parlementaire de la francophonie : Déclaration du PAN Abdou Karim Meckassoua

                                                        ASSEMBLEE NATIONALE        REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

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                                        Unité-Dignité-Travail

                                  SECTION CENTRAFRICAINE

                          DE L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE

                                     DE LA FRANCOPHONIE              

                   

 

 

42ème SESSION DE L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE DE LA FRANCOPHONIE ANTANANARIVO, DU 08 AU 12 JUILLET 2016

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DECLARATION

DE L’HONORABLE ABDOU KARIM MECKASSOUA

PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE, PRESIDENT  DE LA SECTION CENTRAFRICAINE DE L’ASSEMBLEE

PARLEMENTAIRE DE LA FRANCOPHONIE

Sur

« La situation politique, sécuritaire et humanitaire en République Centrafricaine »

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Monsieur le Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale de Madagascar,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Assemblées parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents de section,

Mesdames et Messieurs les Députés, chers collègues,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

J’éprouve une joie profonde mêlée d’une grande fierté de pouvoir participer à nouveau aux travaux de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, après trois longues années de suspension.

La République centrafricaine est heureuse de son retour dans le concert des Nations, et plus particulièrement dans la grande famille de la Francophonie institutionnelle. La section centrafricaine  de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie se réjouit de cette évolution positive.

Je voudrais exprimer  mes sincères et chaleureux remerciements à la section malgache de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie et à son Président, à travers eux au peuple frère Malgache, pour leur accueil fraternel et leur hospitalité généreuse ; les mêmes remerciements vont également à l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie et à son Président pour notre invitation à ces grandes assises.

Les démarches accélérées visant à faciliter notre intégration, deux mois après l’installation de l’Assemblée Nationale Centrafricaine, nous ont émus. Je voudrais, Monsieur le Président, vous exprimer toute notre gratitude.

Je voudrais également saluer tous les représentants des peuples de l’Espace Francophone ici présents et plus spécialement toutes les sections de l’APF présentes à Antananarivo.

Monsieur le Président,

Honorables collègues,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous entretenir maintenant de la situation politique, sécuritaire et humanitaire en République Centrafricaine.

Cette situation peut parfaitement se résumer en une phrase : La situation en République Centrafricaine, notre « situation »,  est bien paradoxale : elle est à la fois heureuse et préoccupante.

D’un côté, on peut dire que nous sommes engagés vers une sortie de crise par le haut. En effet, malgré une situation sécuritaire des plus volatiles, nous avons pu, avec l’aide soutenue de la Communauté internationale et de la Francophonie en particulier, organiser des consultations populaires majeures : un référendum constitutionnel en décembre, des élections présidentielles en janvier et février et des élections législatives sur un temps un peu plus long à partir de janvier.

Je voudrais ici insister sur l’élément de ces consultations qui me paraît le plus significatif, à savoir l’exceptionnelle mobilisation de nos concitoyens. Cette mobilisation a revêtu, dans notre contexte, l’allure d’une bravade à l’insécurité et au règne des groupes armés, hors la loi. C’est ce qui me fait dire que plus que des élections, ces consultations ont été les vecteurs d’une véritable révolution démocratique. Des institutions à la légitimité incontestée et incontestable en sont sorties. Un président largement élu, Son Excellence le Professeur Faustin Archange TOUADERA, et une Assemblée nationale qui a, elle aussi, reçu l’onction démocratique populaire.

Celle-ci m’a fait l’insigne honneur de me confier sa présidence.

Certes, des rosiers fragiles poussent sur un volcan : voilà ce que sont en définitive nos institutions. Parce que, de l’autre côté de la révolution démocratique que j’ai mentionnée, il y a la réalité d’un Etat presque failli, sans armée ni forces de sécurité, ou si peu, sans couverture administrative de son territoire, et sans véritable service public. De larges contrées de notre territoire national échappent à tout contrôle de l’Etat et demeurent un champ clos de toutes sortes de groupes armés évoluant en dehors de toute légalité.

De telles forces négatives à tous égards continuent de réprimer les civils, dévaster leurs champs, tuer leurs bétails et exercer toutes formes d’abus, de trafic et de dépravation.    

Face à cette situation, un sursaut patriotique s’impose. Le président de la République et le gouvernement s’y investissent de toutes leurs forces, de toutes leurs intelligences, de toute leur foi. Les élus nationaux de Centrafrique sont unanimes à considérer que notre Assemblée nationale ne saurait être en reste. Elle s’investit pleinement  dans l’émergence de la dynamique de stabilisation que nous imposent les circonstances. C’est tout le sens de l’activité, d’ores et déjà intense, de notre Représentation nationale au cours de ces deux derniers mois.

Mes propos sont à placer sous le signe d’un principe cardinal de la francophonie, à savoir la « promotion de la démocratie, de l’Etat de droit et des droits de la personne ».

Un tel principe est notre fanion du moment. Il se décline entres autres en une exigence : donner à l’Assemblée nationale toute la place que lui assigne la Constitution dans l’ordre démocratique et républicain. En République Centrafricaine, ce qui est une évidence ailleurs est une donnée cruciale, tant les pouvoirs précédents ont méprisé la représentation populaire nationale et l’ont maintenue en dépendance, en violation de la Constitution.  

Notre credo dans les rapports de l’Assemblée nationale avec le Pouvoir exécutif est désormais de respecter et de faire respecter les normes constitutionnelles que notre peuple a consacrées par voie référendaire. C’est dans cet esprit que notre Assemblée a discuté et voté, lors de la session extraordinaire qu’elle a tenue du 7 au 10 juin,  la déclaration de politique générale du Gouvernement. C’est dans le même esprit que, confrontés à la recrudescence des violences dans la capitale et dans l’arrière-pays, signes indéniables d’une réactivation des bandes armées, nous avons pris l’initiative d’une autre session extraordinaire deux semaines plus tard, que nous avons appelée « session d’urgence nationale », pour interpeler le Premier ministre et le Gouvernement sur la sécurité des personnes et des biens.

Cette exigence et cette rigueur, je tiens à le souligner, vont de pair avec ce que nous ressentons comme une ardente obligation de rassemblement des forces vives du pays pour œuvrer ensemble à son relèvement et à son développement. Les deux sessions auxquelles j’ai fait allusion ont été précisément une synthèse de tout cela. Les échanges avec le gouvernement ont été sans concession mais, dans le même temps, il a été scellé entre les élus de la Nation et le Gouvernement ce que nous aimons à appeler une « Union sacrée », spécialement autour de l’enjeu national de la sécurité.

Il s’agit, dans notre esprit, de sonner le retour de l’Etat, d’un Etat rigoureux, d’un Etat respectueux de la volonté des citoyens.

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

La deuxième implication de notre volonté d’œuvrer à l’édification d’une démocratie et d’un Etat de Droit véritable en République Centrafricaine est de faire en sorte que force reste, en toutes circonstances,  à la loi.

Qu’est-ce cela veut dire ?

Cela veut dire d’abord que nous avons à lutter résolument et sans relâche contre les groupes qui défient cette loi commune, à poursuivre les auteurs présumés de crimes quelle que soit leur position dans la société, à faire en sorte que justice passe et se fasse.  D’ici, delà, on nous remplit l’espace du recours au dialogue. On sait, hélas, à quoi aboutissent ces appels.   L’expérience douloureuse de notre pays nous enseigne que ces processus de dialogue galvaudés et non mûris permettent bien des accalmies, qui restent de courte durée. Elle nous enseigne aussi qu’en persistant dans la voie de l’improvisation, on finit par installer le vers dans le fruit et ériger la violence en modalité d’accès au pouvoir, en récompense à la rébellion contre l’autorité démocratique. L’Etat devient ainsi le fossoyeur de la volonté du peuple et l’histoire devient ainsi un éternel funeste recommencement.

Cet Etat-là, les Centrafricains n’en veulent plus. Ils veulent, comme ils nous le réclament avec constance à toutes les occasions – le Forum national de Bangui, les campagnes électorales, les manifestations, les protestations, etc. –, ils veulent, disais-je, que soit brisé le cycle de cette violence et celui de l’impunité généralisée qui en est le pendant ; ils veulent que le monopole de la violence légitime, c’est-à-dire exclusivement en vertu des lois, revienne à l’Etat ; ils veulent un Etat au service des citoyens et notamment des plus faibles d’entre eux. 

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Au risque d’être long,  j’ose évoquer brièvement les « droits de la personne ».

Protéger les droits fondamentaux de la personne humaine, commence par le rétablissement de la légalité et par le respect de cette légalité par tous, y compris par les représentants de la puissance publique. Protéger les droits, commence par la protection du droit à la vie, et donc par le désarmement. Protéger les droits, c’est créer les conditions d’une justice effective, indépendante et impartiale. Le travail à cet égard a déjà commencé. Il nous faut, cependant, maintenir le cap et le faire avec pugnacité car beaucoup reste encore à faire pour arriver à un état de protection satisfaisante des citoyens par les seuls mécanismes ordinaires de l’Etat de droit.

Mais en même temps que nous faisons cela, nous avons aussi l’obligation de prendre à bras le corps une autre problématique qui relève, elle aussi, de l’urgence. C’est celle de la protection des minorités, des groupes vulnérables et des personnes fragilisées. Ce chantier, il faut en avoir conscience, est immense car l’exception en République Centrafricaine, ce serait plutôt les personnes qui n’appartiennent à aucune de ces catégories. Je souligne cela pour dire que si ces problématiques sont connues de tous les Etats africains, ce qui pourrait les banaliser, ils demeurent, au regard du contexte centrafricain, d’une extrême sensibilité.    

Il est trop tôt pour dire en quoi consisteront les interventions précises de la Représentation nationale dans ce domaine. Nous savons seulement, au sein de celle-ci, qu’il nous faudra être créatifs tout autant que prudents dans nos efforts inlassables à rendre la dignité d’êtres humains à nos compatriotes, mais aussi à réparer un tissu national atrocement déchiré.

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

A la communauté internationale, je vous dis merci pour tout, merci de nous avoir aidés, merci de nous avoir supportés, mais surtout merci de ne pas nous abandonner, merci de ne pas vous lasser de nous soutenir. Faites que le groupe international de contact sous l’égide de l’Union Africaine soit un festival de soutien résolu par son caractère massif et la force de son message, l’annonce de la grande symphonie en faveur de la RCA.

Faites que la Conférence des bailleurs et donateurs prévue en novembre à Bruxelles soit la saison des grands palmarès et de la cueillette de fruits mûrs pour le relèvement économique et financier de la RCA !

A la Francophonie politique et parlementaire nous disons merci, mille fois merci pour nous avoir écoutés, accompagnés, soutenus avec continuité, sans brisure. Donnons-nous la main pour chanter ensemble les grands hymnes de solidarité et de plaidoyer percutant en faveur de la République Centrafricaine.

Frères et sœurs de la Francophonie, mettez-nous au cœur de la « croissance partagée  et du développement responsable et durable » inscrits en lettres d’or à l’horizon du prochain sommet de la Francophonie.

Ouvrez-nous les bras des réseaux institutionnels parlementaires, universitaires, culturels, sportifs, de jeunesse et de genre ; permettez à notre expérience démocratique de verdir dans l’espace qui nous unit.

Un jour, nous serons solidement debout et nous arroserons, à notre tour, le jardin francophone que nous cultivons ensemble pour les générations futures qui nous acclament aujourd’hui et attendent avec impatience l’avenir que nous leur lèguerons.   

Je vous remercie de votre patience.

Je vous remercie de votre compréhension.

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