Addis Abeba : Ngrebada vers un record de courte durée à la primature ?

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Kangbi-ndara.info/ Si le départ à la Primature centrafricaine de l’ancien Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji a été une tâche herculéenne, elle risque fort de n’en être pas pour son successeur, Firmin Ngrebada, qui semble se noyer dans une mixture visqueuse de promesses et de trahison.

Plus que quelques heures pour que s’ouvre au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba les assises d’évaluation des accords de paix en Centrafrique,  paraphés à Khartoum puis signés à Bangui selon les recommandations du Forum de Bangui de mai 2015.

Des surprises au menu?

Une fois encore la délégation centrafricaine conduite par Ngrebada est arrivée le 17 mars 2019 à Addis Abeba sans la ministre des Affaires Etrangères Sylvie Baïpo Témon, une reproduction quasi identique de la marginalisation subie par Charles Armel Doubane, ex-patron de la diplomatie centrafricaine.

Certaines indiscrétions avancent que l’Union Africaine (UA) par ses représentants à cette rencontre d’évaluation aurait prévu des surprises susceptibles de coûter sa place au nouveau Premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada et à l’ensemble de son Gouvernement très critique en Centrafrique. Les termes des accords signés à Bangui ne prévoient pas de changement du Premier ministre, l’on aimerait tout de même savoir comment l’UA compte s’y prendre pour venir à bout de Ngrebada et de son gouvernement.  

Des inquiétudes planent à Bangui pour savoir si, en dépit des erreurs politiques difficiles à rattraper des deux derniers mois, le Président de la République Faustin Archange Touadera a encore replacé entière confiance à celui qui a fait des négociations de Khartoum son tremplin pour la primature centrafricaine.

De toute évidence, même si l’oracle semble être encore du côté de Ngrebada, incontestablement, les assises d’Addis Abeba vont être fortement chargées en émotion.

Le péché interne de Judas…

En se rapprochant du chef du FPRC Nouredine Adam (trois rencontres en tête à tête enregistrées à Khartoum) pour écarter aisément l’ancien ministre d’Etat Herbert Gotran Djono Ahaba ; en proposant deux portefeuilles ministériels stratégiques aux groupes armés en échange de leur soutien notamment à Abacar Sabone et à Maxime Mokom, respectivement les départements des Transports, de l’Aviation Civile et de la Défense nationale, Firmin Ngrebada confirme tous les soupçons.

Très tôt après sa nomination en qualité de Premier ministre chef du Gouvernement, en dépit des rumeurs qui courent en lien à son faible pour les mondanités, son insouciance pour l’intérêt supérieur de la nation, de l’avis de quelques-uns, Firmin Ngrebada n’en demeure pas plus qu’un habile situationniste friand des plaisirs du monde.

Pour en venir à bout de la fourrure de la brebis que porte le loup Ngrebada, il n’en faut pas plus que la double nature de Touadera qui est un mélange de faiblesse-qualité.

Touadera aurait appris à ses dépens ce que cache le visage hypnotisant de Firmin Ngrebada quand il le trahit en le rendant responsable du choix de reconduction de certains ministres que le Peuple voudrait voir partir avec Sarandji. Plus de 80% des membres de l’ancienne équipe sont reconduis dans celle de Ngrebada alors que la Centrafrique enregistre plus de cinq millions d’habitants dont plusieurs milliers d’intellectuels capables de servir au gouvernement.    

Du discours du « gangster » de l’actuelle primature centrafricaine relativement à la mise en place de son gouvernement, l’opinion n’a retenu que l’entrefilet indiquant que le tout a été constitué par le Président de la République et uniquement par lui. A qui profite cette précision ?

Des sources étrangères affirment qu’en plus du soutien des groupes armés obtenu contre des promesses non réalisables, Ngrebada a sollicité l’appui des russes Labrov et Roman pour écarter Sarandji de la Primature, reprendre sa place sur base de mensonges au Chef de l’Etat. Les mêmes sources d’ajouter que Ngrebada est à la primature non pour servir les intérêts du Peuple mais pour jouir des avantages liés à cette fonction.

En poussant Sarandji avec un geste du bassin pour s’assoir à sa place, Ngrebada a atteint un objectif qui laisse un goût âcre dans le paysage politique et sur la langue des groupes armés qui disent n’avoir plus confiance au Président Touadera. Pour que Ngrebada soit élevé à la primature, la côte de popularité du Président Touadera a pris un sacré coup dans ce jeu de continuité sous une autre forme alors que le Peuple s’attendait à un changement fort significatif.

 « Sarandji avait ses défauts décriés par le peuple mais Ngrebada en a au quadruple… Il n’a pas sa langue dans sa poche. Il est probable qu’il n’ira pas loin après tout », estime une source diplomatique protégée sous l’anonymat.

Si la démission forcée de Sarandji rimait avec la levée des barrières pour un recours à l’élitisme national afin de faire face aux défis de l’heure, la succession assurée par Ngrebada fait paraitre toutes les caractéristiques d’une débauche kleptocrate et la naissance d’une mafia corruptrice au sein du gouvernement. Sarandji a été déshabillé pour habiller Ngrebada. Au regard de la constitution de son cabinet à la primature, Ngrebada se révèle politiquement ambitieux et capable de déranger la quiétude présidentielle de Touadera.

Si Ngrebada est ce qu’il est, en raison du facteur temps qui s’impose, Touadera devrait prouver à son Peuple ainsi qu’à la Communauté internationale qu’il dispose de plusieurs tours dans sa besace en tournant la page de ce gouvernement à controverse et en brisant les barrières afin de construire des ponts politiques guidés par l’intérêt supérieur de la nation.

Toute tentative de maintient de Ngrebada à la tête du gouvernement ne fera que resserrer inutilement l’étau autour du régime de Touadera.

Retourner des situations complètement pourries à son avantage est l’une des qualités phares du Président Touadera. Réussira-t-il cette encore une nouvelle fois ?

La rédaction




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