Analyse : Le palais de la Renaissance: cette maison qui rend fou

Par Clément De Boutet M'bamba

L'ambition rend certains gens aveugles, sourds et insensibles à la souffrance du Centrafricain. Comment peut-on raisonnablement se positionner aujourd'hui pour gouverner des gens qui sont exposés en permanence à la mort ? Comment peut-on se lancer en campagne pour gouverner un pays dont les contours originels ne sont plus qu'une fiction avec 80% du territoire sous le contrôle des Khmers Rouge du Sud Sahara ?

CBMTous ceux qui disent aujourd'hui que nous sommes dans une crise de légitimité et qu'il faut aller rapidement aux Elections, se trompent à mon avis. Si c'est une crise de légitimité qu'il faut éviter, la solution est simple : refaire l'histoire en évitant que Bozizé ne soit pas contraint à l’Exil par le Pol Pot de la RCA et ses desperados ou installer le tapis rouge à Bangui Mpoko et y recevoir ce dernier afin qu'il achève son mandat, organise des élections et transmette le bail du Palais de la Renaissance à son successeur comme entre Kolingba et Patassé en 1993. Car bien que mal élu en 2011, Bozizé, n'en demeurait pas moins le légitime Chef de l’État de la RCA.

La crise que nous vivons est différente par sa substance de celles d'autres pays africains (Mali, Côte d'Ivoire, Madagascar). Nous sommes-là dans une situation où toutes les institutions du pays sans exception se sont effondrées. Ajoutée à cela, une désintégration du lien social au nom duquel, animistes, athées, chrétiens, musulmans avaient un destin commun au sein de la République. Il s'agit donc d'une crise structurelle c'est à dire un état à refonder. La transition est donc la période charnière devant servir pour poser les bases de ce nouveau Centrafrique.

Comment comprendre que dans un pays où l'on compte près de 30.000 morts en seize mois ; 25% de la population déplacé interne ;15% réfugié dans les pays voisins, où les productions et rendements agricoles ont connu la pire année d'exploitation depuis l'existence de la République, où l'insécurité alimentaire, sanitaire, scolaire et économique s'ajoute à l'insécurité des biens et des personnes, chaque jour naît un nouveau parti politique ou se déclare un nouveau candidat à la présidentielle ?

Il y a en théorie en RCA environ 3800 postes à mandat qui comprennent : Président de la République + Députés + Conseillers municipaux. Il est amusant de constater que tous ne rêvent que d'entrer au Palais de la Renaissance même ceux qui n'ont jamais eu de mandat ou qui ne l'ont jamais affronté. C'est à se demander si en dehors du palais de la Renaissance, l'on ne peut pas servir son pays au point que certains parviennent à oublier la souffrance du Centrafricain et se croient dans une configuration politique classique. Or la RCA a cessé d'être une société politique classique depuis l'interruption de l'ordre politique né de l'alternance d'octobre 1993 amplifiée par celle de mars 2003.

L'éditorialiste du quotidien Le Citoyen a l'habitude d'écrire : « Je ne comprends pas que les centrafricains ne comprennent pas… », je le paraphrase en disant : « les Centrafricains comprennent qu'ils(ces candidats) se moquent de leurs souffrances et les rendent ridicules aux yeux du monde. » Voilà un pays dont les fondements sont menacés. Voilà un pays où techniquement, matériellement et surtout humainement parlant, il sera impossible d'organiser une élection même en août 2015(extension de la transition comprise selon la Charte constitutionnelle de Transition). Mais voilà ce pays, qui produit les candidats à la chaîne.
Et comme une fatalité voulant rappeler à ces « messies » que l'urgence est ailleurs, chaque fois qu'ils font leurs déclarations de candidature, un événement se produit. Le dernier en date est l'assassinat de ce FACA et de deux autres personnes aux limites du no man's land Yakité/KM5 quelques heures après l'annonce de la candidature de celui qui se présente comme le Candidat de l’Éternel à la prochaine présidentielle.

Oui, l'urgence est ailleurs et pour ne pas l'avoir compris, les dirigeants de la transition et tous ceux qui veulent entrer au Palais de la Renaissance sapent dangereusement le destin de la RCA.
L'avenir s'écrit maintenant. Il ne faut pas attendre février 2015 pour parler de la prolongation de la transition. Il ne faut pas attendre encore d'autres morts inutiles pour poser le débat sur sa rectification; c'est maintenant qu'il faut le faire.

Tous ceux qui ambitionnent de présider la RCA doivent faire la démonstration qu'ils sont dotés de raison et d'humanité. Le temps viendra et il sera l'aboutissement de la transition et non son objet où ils pourront aller à la rencontre du peuple et se déclarer candidats sans injurier la souffrance des Centrafricains et offenser le sang des innocentes victimes.

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