Anicet Dologuélé intentionne de se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2016

Le banquier centrafricain et l'ancien Premier Ministre de Ange Félix Patassé compte bel et bien rentrer dans la course à la chaise présidentielle de 2016 en République Centrafricaine. Une intention exprimée dans une interview qu'il a accordé au quotidien centrafricain Agora le 13 juin dernier. Kangbi-ndara.net vous propose l'intégralité de cet entretien.

Anicet DologuéléMonsieur Anicet DOLOGUELE, vous aviez  été Premier Ministre sous le régime PATASSE et c’est en partant du régime de cet homme que BOZIZE est arrivé au pouvoir le 15 mars 2003. Vous sentez-vous en partie responsable de la situation que traverse la RCA depuis cette période ?

Comme vous le savez, il a été mis fin à mes fonctions de Chef de Gouvernement le 1er Avril 2001. Je n’ai donc pas pris part à la gestion des différentes crises qui ont secoué et endeuillé notre pays entre le 28 mai 2001 et le 15 mars 2003.

Cela ne m’absout pas, car la responsabilité de cette situation est partagée par la totalité de la classe politique centrafricaine, qui peine depuis deux décennies à trouver une réponse collective, civilisée et démocratique aux problèmes structurels que connaît notre pays. Quand François Bozize a pris les armes, le parti au pouvoir n’a pas ouvert des négociations avec lui et l’opposition de l’époque n’a rien fait pour l’en dissuader, bien au contraire ! Sa rébellion a exacerbé une bagarre d’égos qui aura, au final, fait deux grandes victimes : la population centrafricaine et la République Centrafricaine

François  BOZIZE  a eu un règne de 10 ans en RCA. Durant cette période, vous avez travaillé dans les institutions bancaires de la sous-région pour mobiliser des fonds en faveur de votre pays. Pouvez-nous dire ce que cela a apporté comme résultats ? En tant que financier, avez-vous une idée approximative de l’ensemble des aides dont a bénéficiées le régime de BOZIZE durant ses dix années de pouvoir ?  

Mon rôle de Président de la BDEAC a consisté à redonner vie à une institution sous régionale à l’agonie et qui avait arrêté toute opération de financement de projets depuis une décennie, à la moderniser et à en faire l’un des moteurs de financement des projets de développement en Afrique Centrale. Aujourd’hui, cette institution est connue et reconnue comme telle et je n’en suis pas peu fier. Mais pour éviter à la BDEAC de retomber dans le cycle de non remboursement des prêts accordés aux Etats membres et qui a failli entraîner sa fermeture, les chefs d’Etat ont édicté en décembre 2011 une règle sacrée : aucun Etat en arriéré vis-à-vis de la BDEAC ne devra plus bénéficier de nouveaux concours. Cette règle a contraint tous les Etats membres de la CEMAC à se mettre à jour vis-à-vis de l’Institution, à l’exception notable de la RCA, qui doit encore à ce jour plus de 6 milliards de CFA à la BDEAC. Toutes les pistes explorées avec le Gouvernement pour contourner cet obstacle n’ayant pas été suivies d’effet, le régime de Bozize a privé notre pays d’une source de financements à portée de mains, de surcroit dirigée par un centrafricain. L’hostilité de François Bozize envers ma petite personne semblait être plus importante que le désir réel de travailler avec une institution de la CEMAC et on m’affublait de la qualification d’ « opposant travaillant contre les intérêts de son pays ». La preuve, c’est que François Bozize a préféré faire perdre à la RCA le poste de Président de la BDEAC, plutôt que de courir ce qu’il estimait être le  risque  de me laisser finir les 19 mois de mandat qui me restaient.

La BDEAC a néanmoins mené une campagne d’information auprès des opérateurs privés pour les inciter à présenter des projets bancables. Comme vous le savez, ceux de nos compatriotes qui ont fait l’effort de suivre les procédures de l’Institution ont pu se voir accorder des financements importants.

S’agissant  des aides dont a bénéficié notre pays, il ne vous a pas échappé que le monde entier (Institutions financières, Etats membres de la CEMAC, Pays amis, Union Européenne, etc.) a fait preuve de beaucoup de générosité, pour précisément éviter à notre pays de sombrer dans ce processus de déstructuration graduelle de l’Etat dont il avait pris le chemin.

La RCA a reçu ces dix dernières années plus d’aide qu’elle n’en a reçu depuis les années 60. Mais comme vous le constatez, cela n’a malheureusement pas empêché notre pays de poursuivre sa lente descente aux enfers.

Depuis le dimanche 24 mars 2013, BOZIZE a été renversé. Quel est votre sentiment personnel de cet évènement ?

Protégé par des éléments des forces spéciales tchadiennes et par les contingents de la CEMAC, le régime défunt n’avait jamais connu de menaces réelles, comparée à celui de Ange Félix Patassé. Il a pensé, à tort, qu’il devait cette relative quiétude à la brutalité permanente qu’il exerçait sur les centrafricains, à qui il était publiquement agité des menaces de « dépeçage ».

Il a pensé qu’en encourageant ou en finançant des groupes rebelles dans la partie septentrionale du pays, cela occuperait les FACA loin de Bangui et éloignerait toute velléité de mutineries ou de coups de force. Pour éviter de vivre « le coup d’Etat permanent » qu’a vécu son prédécesseur, le Général Bozize n’a pas trouvé mieux à faire que de démanteler l’armée nationale, de démotiver et d’humilier nos braves soldats.

Quand les frontières d’un pays ne sont plus protégées, quand les villes de province sont abandonnées à elles-mêmes, que l’autorité de l’Etat n’y est plus exercée, que les quelques richesses du pays ont été privatisées au profit d’une famille et que le peuple est traité avec mépris, cela créé toutes les conditions d’un désordre.

Quelle est votre lecture de la SELEKA ?

SELEKA ou ALLIANCE est un mot noble dans notre langue nationale le Sango, associé à des engagements respectables tels que le mariage, l’amitié, etc. C’est pourquoi, beaucoup de centrafricains pensaient que l’initiative prise par cette coalition de rebellions était une alliance pour contribuer au  bonheur du pays.

Pour ma part, je n’ai jamais compris cette mode née depuis Bozize, qui consiste à détruire le pays avant de conquérir le pouvoir. Je suis absolument contre les coups d’Etat, mais sous d’autres cieux, beaucoup ont réussi cette opération sans effusion de sang ou en limitant les dégâts.

Dans le cas de la SELEKA, l’arrivée dans la capitale a été précédée par la conquête et le pillage de nombreuses villes, dans les 2/3 du pays. Cela est d’autant plus surprenant que ces villes étaient conquises sans résistance. L’entrée des hommes de la SELEKA dans Bangui s’est apparentée à un TSUNAMI. Même dans les cauchemars les plus horribles de nos compatriotes, ils n’on jamais imaginé qu’ils vivront un jour ce qu’ils ont vécu et continuent de subir depuis deux mois et demi.

Après la prise de Bangui, les hommes de la SELEKA se sont aperçus qu’ils avaient « oublié » de piller les villes de l’Ouest. Ils se sont donc dépêchés  de rattraper cet oubli.

Au-delà des pillages, les centrafricains sont traités comme des bêtes et humiliés au quotidien. Nos femmes et nos filles sont victimes de viols collectifs, nos enfants terrorisés et notre économie détruite. Nous avons tous envie de croire que les éléments de la SELEKA qui commettent toutes ces exactions ne sont pas des centrafricains, sont des éléments incontrôlés, ou sont des « faux » SELEKA. Mais le résultat n’est-il le même ? Comment expliquer à une victime que son bourreau est un faux SELEKA ? Quels sont les signes distinctifs entre les vrais et les faux, les gentils et les méchants ?  Y a-t-il déjà eu des cas où des combattants SELEKA, par patriotisme, ont protégé la population de la furie de leurs collègues ? Ceux-là seraient effectivement dignes d’une alliance, donc d’une « seleka »,  avec leurs compatriotes.

Que pensez-vous des nouvelles autorités de la République Centrafricaine ? Ont-elles eu tort d’avoir chassé BOZIZE ?

Je ne connais pas encore les nouvelles autorités, ne les ayant jamais rencontrées. Je parle essentiellement des anciens rebelles, chefs de la SELEKA. Je ne souhaite donc pas que mes propos soient interprétés comme étant tournées contre leurs personnes. Nous vivons dans un monde ouvert, sur un continent où la démocratie est désormais la règle. Elle s’accompagne de la liberté d’expression, s’agissant d’un domaine public, car la gestion de la Cité est un acte public.

Ces personnalités ont entrepris de conquérir le pouvoir  par des voies non démocratiques, mais la gestion de ce pouvoir s’avère plus compliquée qu’elles ne l’imaginaient, car la RCA n’est pas un pays banal. De plus, la maîtrise de leurs hommes semble leur avoir échappé dès les premiers jours. Au total, la facture est déjà, à ce stade, extrêmement lourde pour chaque centrafricain en terme de perte d’identité, de traumatisme de tout genre, d’humiliation et d’absence de perspective pour l’avenir, sans compter l’immense préjudice matériel et financier que je n’ai plus besoin de décrire. Je souhaite simplement que ces autorités intériorisent leur responsabilité dans ce désastre et fassent ce qu’il faut pour atténuer la souffrance des centrafricains, qui est aujourd’hui sans limites.

En effet, le premier devoir d’un responsable politique à ce niveau, est de protéger la population. Or, cette population est aujourd’hui désemparée et abandonnée à elle-même, ne sachant pas vers qui se tourner. Cela devrait interpeller les nouvelles autorités de notre pays.

Ceci dit, je ne sais pas si beaucoup de centrafricains regrettent le départ de BOZIZE. Je ne sais pas non plus si ceux qui se réjouissent de ce départ se félicitent de l’arrivée de la SELEKA. Il appartient aux nouvelles autorités de créer les conditions pour ne par demeurer dans les consciences comme un mal plus sévère que celui qu’ils ont tenté de guérir.

 

Que pensez-vous de la République Centrafricaine aujourd’hui ? A quel pays au monde vous pouvez la comparer ?

J’ai été très choqué quand j’ai entendu un africain expliquer à son ami dans le métro parisien que la RCA ne valait même plus 1 euro symbolique. J’ai reçu cette remarque comme une violence à ma personne, mais elle n’est pas loin de l’image que notre pays dégage à l’Extérieur. On n’hésite plus à nous comparer à la Somalie.

Pourtant, nous avons un pays formidable, avec un peuple attachant et digne, qui ne demande qu’à vivre en paix et dans l’harmonie. Pour rien au monde, je n’échangerais mon pays contre un autre.

Le mal centrafricain porte un seul nom : les politiciens et leur appétit malsain du pouvoir pour le pouvoir.

S’il vous était donné d’être Président de la République Centrafricaine actuellement, par quel bout auriez-vous commencé ?

Rendre au peuple sa dignité, assurer la protection de mon pays et le développer.

Monsieur Anicet DOLOGUELE, pouvez-vous nous parler de vos ambitions politiques ? Qui selon vous est capable de mettre en route un plan pouvant sortir la RCA de sa situation de sous-développement  chronique ?

Quand j’étais Chef de Gouvernement, certains hommes politiques me traitaient, avec beaucoup de condescendance, de « technocrate » qui ne connaissait rien en politique. A contrario, ils se qualifiaient eux-mêmes de « professionnels de la politique ». Nous avons tous vu où ce « professionnalisme »  a conduit notre pays aujourd’hui.

Quand nous aurons tous l’humilité de reconnaître les forces et les faiblesses de chacun d’entre nous sans que cela ne se termine par un appel du pied à des hommes en armes pour nous mettre d’accord, alors nous pourrons parler d’une gouvernance responsable de notre pays.

La RCA regorge de beaucoup d’hommes et de femmes qui ont reçu une formation de qualité et qui ont acquis beaucoup d’expérience à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Nous avons une jeunesse qui est prête à prendre des initiatives, à condition qu’on lui en offre l’opportunité. J’ai été particulièrement impressionné par la mobilisation de la jeunesse, notamment celle de la diaspora, devant la situation difficile que vit notre pays. Pour vous citer un exemple, les 7 jeunes centrafricaines qui se sont regroupées au sein de l’association « URGENCE 236 » ont réussi à mobiliser, en quelques semaines d’actions de sensibilisation,  un volume impressionnant d’aide en nature dans toute la France et au delà. C’est phénoménal ! Tout cela pour vous dire, nous devons sortir de ce cycle où la médiocrité chasse l’excellence.

Pour répondre plus directement à votre question, personne ne peut,  seul, prétendre sortir la RCA du sous-développement. C’est une œuvre collective, qui a besoin d’être pensée par une équipe pluridisciplinaire et mis en œuvre sous le leadership d’un homme responsable, moderne et rassembleur.

Avez-vous l’intention de vous présenter  à l’élection présidentielle de 2016 ? Si oui, sous quel  label ?

Je pense que j’ai, grâce à mon pays, acquis beaucoup d’expérience : celle de la gestion des hommes et des situations complexes, celle de la connaissance étroite des problèmes de développement et des solutions qui marchent, celle de mes propres échecs et de l’échec des autres, et celle résultant des nombreux métiers que j’ai exercé et de mes nombreux voyages à travers le monde.

J’ai l’intention de solliciter des centrafricains qu’il me soit offert la possibilité de mettre cette expérience au service de notre pays.

Il me faudra pour cela solliciter auparavant l’investiture de l’URCA, parti politique en cours de création qui a pour vocation de rassembler des compatriotes de bonne volonté.

Aviez-vous un dernier mot pour vos compatriotes ?

L’unité est le bien le plus précieux que nous a légué le Président Barthelemy Boganda. Unis, nous pouvons reconquérir  notre dignité bafouée. Unis, nous travaillerons la main dans la main pour reconstruire notre beau pays. Il n’y a aucune fatalité.

Source : Journal l’AGORA du jeudi, 13 juin 2013

Questions proposées par Albert MBAYA  ET OBTENUES GRACE A LA COLLABATION DE YANNICK NAMBELE DELEGUE A LA COMMUNICATION ET DES RELATIONS PUBLIQUE DU TASK FORCE ,

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