Azur Centrafrique : interview exclusive du DG Morel Chaou

Kangbi ndara.info/ « Azur vit des moments difficiles mais Azur va grandir » rassure Morel Chaou, Directeur général de Azur Centrafrique, une des quatre sociétés de téléphonie opérant en République Centrafricaine en proie à des difficultés financières. Dans cet entretien accordé en marge de la grève de trois jours observé par une trentaine d’employés d’Azur Centrafrique, Morel Chaou se dit confiant car des opportunités nouvelles s’ouvrent à l’entreprise d’ici quelques semaines.

Kangbi ndara: Monsieur Morel Chaou bonjour. Une partie du personnel d’Azur observe une grève depuis trois jours réclamant 6 mois d’arrières de salaires. Azur est-elle toujours confrontée à des difficultés financières au point de ne pas payer certains de ses employés depuis 6 mois ?

Morel Chaou: Merci monsieur le journaliste, je ne dirai pas que la situation financière de Azur est au beau fixe. Sinon mon groupe n’aurait pas recherché des partenaires pour nous accompagner dans notre développement. Les difficultés ne sont pas qu’en Centrafrique au contraire, la Centrafrique est l’opération qui se porte au mieux parmi les quatre opérations du groupe. Quand vous parlez de six mois d’arriérés de salaires, il n’y a pas six mois d’arriérés de salaires, mais trois mois d’arriérés de salaires pour certains et 2 mois pour le personnel peu qualifié. Je tiens à préciser qu’il y a une confusion entre les arriérés de salaires et les treizièmes mois. Le treizième mois représente un bonus qu’on donne aux employés en cas de résultat bénéficiaire de l’entreprise. Et quand une entreprise est en difficulté ce n’est pas de cette façon que les employés se comportent. Vous avez si bien dit, c’est une partie des employés qui est en grève. Une trentaine sur 167, le reste est au travail ! Ils ont compris la situation de l’entreprise et savent qu’il y a un espoir à court terme ! Mais ceux qui sont en train d’observer une grève allez les voir ! Ce sont des employés peu qualifiés et parmi eux des pseudos cadres à majorité faux diplômés. Qu’ils soient en grève ou pas l’entreprise fonctionne parce que ceux qui ont à cœur la vie de l’entreprise sont au travail. Allez au PK0 l’agence est ouverte, venez à la Direction générale les ingénieurs sont à la technique, la Direction générale est en place, les ressources humaines sont en place et les finances également et donc tout se passe bien malgré les tintamarres que vous constatez. La grève est un droit reconnu aux employés, je ne peux pas les empêcher de faire grève, mais ils ne doivent pas entraver la liberté de travail pour les autres. Ils ont barricadé la société au début de la grève mais je leur ai dit que cela n’était pas acceptable. L’intervention de la DSPA a été salutaire pour faire respecter la loi. En empêchant les non grévistes de travailler, ils violent ainsi la loi et devront répondre de leur acte.

Azur éprouve des difficultés certes, mais qu’en est-il du partenariat avec Lycamobile sensé redonner un souffle nouveau à l’entreprise ?

 Vous savez les télécoms ne sont plus comme avant. Au début des années 2000 il y a eu le boom avec des marges se situant entre 30 et 40%. Aujourd’hui il y a eu un tassement au niveau des marges. Les télécoms ne sont plus rentables. Toutes les opérations sont pratiquement en difficulté seulement que les autres ont des employés  sages et professionnels respectueux des lois. Moi j’ai une partie de mes employés qui sont des faux diplômés et par conséquent nuisibles pour la boîte. Quand on dit faux diplômés vous savez ce que cela veut dire. Un individu qui dit qu’il a un diplôme de docteur alors qu’il ne l’a pas ne peut que tuer. C’est ceux-là qui tuent Azur. Mais cela n’a que trop duré. Notre groupe BINTEL a signé un partenariat avec Lycamobile pour pouvoir nous aider financièrement, techniquement et aussi sur le plan commercial et marketing. Dans quelques semaines nos partenaires se rendront à Bangui afin d’ expliquer leur plan de développement de Azur Centrafrique aux autorités et aux employés. Il y a de l’espoir à court terme ; la vie des entreprises, il y a des hauts et des bas, mais ici quand vous êtes en bas on pense que vous allez cesser les activités. On fait tout pour que vous mourrez mais Azur ne mourra pas. Azur va grandir. Il va employer de nombreux centrafricains dans le cadre de son partenariat avec Lycamobile, mais des centrafricains qui ont de vrais diplômes, et cela se fera par des sélections et des audits sur les diplômes avant toute entrée dans la société.

Azur s’est-elle déjà débarrassée de ses employés détenteurs de faux diplômes ?

Sur ce point j’ai eu tort, j’ai eu tort parce que j’ai voulu être un bon père de famille. J’ai voulu prendre le côté social de la chose mais ça s’est retourné contre moi. J’ai eu toutes les autorisations légales pour me débarrasser des faux diplômés et même les poursuivre au pénal pour faux et usage de faux, ce que je n’ai pas encore fait.

Les employés grévistes vous tiennent directement responsable de la perte de leur dignité sociale. Pourquoi ? 

 Je comprends mes employés et dans le même temps je ne les comprends pas. Je comprends le fait qu’ils aient quelques mois d’arriérés de salaires mais je ne comprends pas qu’en connaissant bien la société et les opportunités qui s’offrent à nous dans le court terme qu’ils puissent se comporter de cette manière. Y a anguille sous roche. Pourquoi sur 167 il n’y a qu’une trentaine qui s’obstine à jouer à ce mauvais jeu? Mais je pense qu’il y a un manque de culture d’entreprise à leur niveau.

Vous dites qu’il y a anguille sous roche. Avez-vous le sentiment d’être combattu

Le combat est éternel pour les hommes surtout quand vous occupez des positions d’autorité. Les épreuves sont éternelles donc y a combat, c’est très clair. Mais vous savez, avant de passer à une classe supérieure vous devez passer des épreuves. J’aime bien un adage arabe qui dit : « plus l’arbre s’élance dans le ciel il croise des vents violents ». Et j’aime particulièrement les épreuves même si cela est difficile. Mon expérience est celle d’un roseau. Le roseau pli quand il y a de grands vents mais ne rompt pas.

Comment les autorités centrafricaines considèrent elles la situation ?

 Je n’ai pas la prétention de donner une appréciation sur le comportement des autorités centrafricaines. Tout ce que je sais c’est que les autorités centrafricaines nous ont beaucoup accompagnés dans nos difficultés. Souvenez-vous que j’avais fait une offre de concordat qui n’était pas connu en République Centrafricaine, il faut que je le dise parce que s’est après l’offre de concordat d’Azur que beaucoup de gens ont su ce que c’est qu’une offre de concordat. On m’a même traité de corrupteur de la magistrature alors que le tribunal de commerce avait jugé opportun qu’en situation de difficulté la solution n’était pas de liquider l’entreprise malade parce qu’elle est créée pour le bien être des hommes. Ils ont compris cette opportunité offerte par le droit uniforme Ohada pour que les entreprises se régénèrent. Donc déjà c’est un accompagnement de la justice centrafricaine que je tiens à remercier une fois ici qui a fait en sorte que tous ces employés ont continué à percevoir leurs salaires jusqu’aujourd’hui. Sinon on aurait pu fermer depuis deux ou trois ans. Il y a eu également des institutions locales qui ont accompagné notre plan de développement. J’ai pu mobiliser 4 milliards pour changer tous les équipements d’Azur qui étaient en fin de vie. Et ce sont des institutions centrafricaines qui nous ont accompagnées. Aujourd’hui, Azur a le meilleur réseau 3G+ en République Centrafricaine. Au lieu que mes employés grévistes se mettent à vendre les offres, ils sont là à détruire. Je suis meurtri parce que après tous les efforts consentis pour eux, moi je suis Dg demain je partirai dans une autre opération, j’ai fourni tous ces efforts pour assurer une pérennité de leur emploi mais qu’une partie de ceux pour qui je fais cela puisse se comporter de la sorte, ça n’encourage pas. Les autres qui travaillent me donnent encore du courage et cela me suffit. Ils me donnent encore du carburant pour continuer ma mission.

Et le ministère des Télécommunications dans tout cela ?

Le ministère des télécoms n’est pas concerné. Le problème est d’ordre social. C’est la Direction du travail qui s’en occupe. S’il n’y a pas de consensus il y a la cour arbitrale qui statut sur les différends d’ordre social. Donc il faut que les choses restent techniques. Pour ma part, l’implication politique dans la gestion d’ une société privée est inacceptable et ne peut que contribuer à fragiliser le climat des affaires.

Monsieur Morel Chaou Merci

C’est moi qui vous remercie

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo

 

 




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