Centrafrique: Bangui renoue avec la politique avant l’élection d’un nouveau président

BANGUI, 17 janvier 2014 (AFP) – La capitale centrafricaine Bangui a renoué vendredi avec la vie politique, préparant l'élection lundi du nouveau président de transition d'un pays à la dérive.

A Paris, le président François Hollande a jugé que la situation en Centrafrique s'améliorait même si cela restait fragile.

manif1_6"Depuis un mois, il n'y a pas un arrêt de tous les combats, mais une forme d'apaisement, avec l'accès de l'aide humanitaire, et une amélioration encore trop fragile de la situation sécuritaire", a-t-il déclaré en présentant ses voeux au corps diplomatique.

Plus de 1.600 soldats français sont déployés depuis plus d'un mois, en Centrafrique, dans le cadre d'un mandat de l'ONU, pour tenter de stabiliser le pays, en proie à des violences meurtrières.

Dans le centre de Bangui, des centaines de jeunes manifestaient vendredi leur soutien à un des candidats au siège présidentiel, Emile Gros Raymond Nakombo, un homme d'affaires, candidat malheureux au scrutin présidentiel de 2011.

"C'est un des rares hommes politiques qui vit sur place et (qui) a refusé d'intégrer la Séléka", mouvement qui a porté au pouvoir en mars 2013 Michel Djotodia, expliquait l'un des manifestants, Junior Kowes.

Le président Djotodia a été contraint au départ le 11 janvier par les dirigeants d'Afrique centrale – soutenus par la France – excédés par son incapacité à mettre fin aux tueries interreligieuses.

Le cortège qui voulait se rendre au parlement a ensuite été bloqué par la force africaine (Misca), ont constaté des journalistes de l'AFP.

Une autre marche de quelques dizaines de militants de la "société civile" a elle aussi été bloquée par la Misca, le commandant en chef de la force, le général Martin Tumenta Choni, étant venu leur rappeler en personne que les manifestations étaient interdites.

Au carrefour de la Réconciliation, une banderole proclamait: "Non aux exactions des Séléka. Oui au retour à l'ordre constitutionnel. Soutien à la France et à la Misca".

Chargé d'arrêter l'implosion du pays, le nouveau président de transition doit être élu lundi par le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire).

Le CNT a fixé des critères draconiens d'éligibilité qui excluent de la candidature tous ceux ayant excercé des responsabilités politiques sous la présidence de Michel Djotodia, mais aussi les chefs de partis politiques et les militaires d'active.

Le CNT a également écarté ceux ayant été "membre d'une milice ou d'une rébellion armée durant les 20 dernières années".

Il n'y a "plus d'Etat"

La clôture des candidatures, ouverte vendredi matin, est fixée à samedi 10H00 (09H00 GMT). Le CNT examinera ensuite les dossiers et annoncera les noms des candidats dimanche pour une élection lundi.

Pour les partenaires occidentaux et africains de Bangui, l'élu doit être "un président technique", selon un diplomate occidental.

Il devra agir en urgence.

"Il y a tous les éléments que nous avons vus dans des endroits comme le Rwanda, la Bosnie, les éléments sont là pour un génocide. Cela ne fait pas de doute", a affirmé jeudi le chef des opérations humanitaires de l'ONU, John Ging, à son retour d'une mission en Centrafrique: "les communautés ont peur. Les gens ont peur des autres communautés".

Mais rien n'est encore réglé, comme le montre Bossangoa, à 250 km au nord-ouest de Bangui où les violences interreligieuses à grande échelle ont débuté en septembre.

Aujourd'hui, Bossangoa est une ville de déplacés. Les habitants vivent dans deux camps: les chrétiens d'un côté, rassemblés près de l'église, les musulmans de l'autre, près de l'école Liberté. Au total, près de 35.000 personnes, soit la quasi-totalité des habitants.

Il n'y a "plus d'Etat, plus d'administration", résume l'évêque de la ville, Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia.

Aucune attaque meurtrière n'a été signalée depuis une quinzaine de jours. Mais cela ne suffit pas à éteindre la peur, et les déplacés ne retournent pas chez eux.

A Bangui aussi, le feu couve toujours. Quadrillée par les forces internationales, la capitale présente chaque jour un peu plus une apparence trompeuse de retour à une forme de normalité. Comme au PK-12 vendredi matin, après une nouvelle bouffée de violences meurtrières la veille qui avait fait au moins sept morts.

A Bangui comme à Bossangoa, les déplacés refusent de rentrer. La moitié des 800.000 habitants de la capitale vivent entassés dans des camps insalubres.

Sur les 4,6 millions de Centrafricains, environ un million ont été chassés de chez eux par les violences et la moitié de la population est directement touchée par la crise, selon des sources humanitaires.

"Le 20 janvier, les ministres des Affaires étrangères européens vont engager une opération (…) aussi bien sur l'aspect sécuritaire que sur l'aspect humanitaire", a rappelé le président Hollande.

Il a ajouté que l'ONU préparait une opération de maintien de la paix pour assurer la sécurité et la stabilité pour des élections. Celles-ci devraient avoir lieu l'an prochain.

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