Centrafrique : cafouillage du dialogue national inclusif, point de départ d’une énième crise

Kangbi-ndara.com / Initier un forum inter centrafricain, fondé sur la compréhension collective des causes profondes de la crise en cours pour que des mesures consensuelles soient prises afin de liquider les séquelles des désastres pour lesquels la Centrafrique est prisonnière depuis près de la moitié d’un siècle  est un gage assuré pour une meilleure prise de conscience nationale. A quel prix faudrait-il organiser le dialogue national inclusif pour la réconciliation et la reconstruction ?

csssspsppppLoin d’être une supercherie se soldant à des jeux politiques égoïstes au pressentie des attentes voilées des uns et des autres, l’ultime souhait est que le dialogue national inclusif en vue ne soit pas une reproduction du cliché des pourparlers déjà enregistrés, soldés par des déclarations astucieuses, des prises de positions figées, de simples poignées de mains à la David Dacko et Abel Ngoumba ou encore à des accolades hypocrites entre dirigeants couronné du traditionnel « partage du gâteau ». L’ultime souhait est qu’à l’issue des échanges du repentir et du pardon, que, l’on puisse déterminer les causes successives des maux dans le souci de mettre fin aux calamités et les roublardises politiciennes.

Evidemment, que ce dialogue soit animé par les excès des uns et des autres à vouloir tourner définitivement la page des querelles autour du pouvoir ; que les discussions s’ouvrent sur des brèches par lesquelles le peuple centrafricain pourrait percevoir, autrement, son riche pays et s’engager résolument à ne mener que des actions qui favorisent la paix, le vivre-ensemble et le développement durable.

La réussite du forum inclusif dont la présidence sera probablement attribuée à une femme, sans doute une militante de la paix et promotrice de la culture démocratique en Centrafrique, repose essentiellement sur les conditions des préparations et la scrupuleuse prise en compte des préoccupations des victimes de la crise que des bourreaux victimisés. Les sacrifiés de Centrafrique ne sont en rien cette poignée de prédateurs trouvant asile à l’étranger et, pour qui plusieurs millions de Fcfa sont régulièrement dépensés prétextant des négociations de sortie de crise qui ne font que trop durer. Par contre, les victimes sont ceux qui ont été trahis, ceux dont la paix du cœur est remplacée par des douleurs et des deuils, ceux qui ont vu partir leurs biens dans l’ouragan des violences qui a survolé tout le territoire, ceux qui vivent des traumatismes psychiques après avoir vu l’horreur, ceux qui endurent en silence les conséquences des actes posés par leurs semblables. C’est vers celles-là, c’est vraies victimes, qu’il faudrait aller avec des centaines de millions et des paroles réconfortantes pour les assister, les écouter et négocier avec eux le retour de la paix, de la cohésion sociale car d’eux seuls dépendent le succès ou non du forum national prochain . Si les ingrédients nécessaires ne sont pas réunis pour la tenue d’un dialogue prenant en compte ces aspects basiques, à quoi servirait de suivre les aiguilles d’une pendule sachant que la Centrafrique se brûlerait de nouveau les ailes à l’issue d’une telle entreprise ?

Le temps c’est la réussite du dialogue

A l’entame du discours de la Présidente de Transition Catherine Samba-Panza aux les forces vives de la nation le 27 décembre 2014 l’on retiendrait comme épitomé la partie suivante : « les forces vives de la nation et les Autorités de la Transition doivent s’accorder sur un format et un calendrier réalistes de ces consultations populaires, nécessaires à une véritable réconciliation nationale ». Cet entrefilet souligne en soi la nécessité d’un accommodement national fixant le calendrier du forum de la réconciliation et de la reconstruction qui se tiendra ultérieurement à Bangui. Or, le compromis évoqué n’a nullement fait l’objet du consensus dégagé lors du dernier GIC-RCA fixant l’organisation du forum inter centrafricain en janvier 2015. Etait-ce un oubli imbriqué aux soucis de faire avancer les institutions de l’Etat à partir des aides politiques extérieures ?

Jusqu’ici les différentes entités de prises de décisions en République centrafricaine ne s’accordent encore sur  le calendrier d’organisation du dialogue national inclusif. A la lumière des déclarations des uns et des autres chapeautées par celle de la Cheffe de l’Etat, le dialogue doit se tenir dans de brefs délais probablement pour ouvrir, début 2015, la porte des aides financières conditionnées par les multinationales. « …Sur les questions économiques et financières … la communauté internationale qui nous accompagne attend surtout de nous des signaux forts sur les questions politiques et institutionnelles, notamment en ce qui concerne le processus du dialogue national inclusif », extrait du discours de la Présidente Catherine Samba-Panza aux forces vives de la nation. Pour cette raison les dirigeants transitoire doivent-ils fonder sur du sable mouvant les trois piliers essentiels de sortie de crise retenus à savoir : le dialogue national inclusif au sommet, la justice au milieu et la réconciliation à la base ?

Pour plusieurs conseillers nationaux interrogés, il n’est pas question de courir derrière le temps pour des acquisitions matérielles. Au contraire,  «  un pyramide est solide lorsque la fondation est bien implantée. Le peuple doit se retrouver à travers les actes posés par ses monarques», dit le conseiller national Thierry Vackat. « Seule l’avancée des consultations à la base pourra nous fixer sur le calendrier du dialogue…. Lorsque la nation est meurtrie dans sa fibre profonde, et le pays au bout de l’abîme, une seule alternative s’impose : celle de repartir sur une base saine suivant une démarche novatrice en vue d’éviter le balbutiement ou les errements de l’histoire », soutient le conseiller Innocent Mpoko.

Sachant pertinemment que le travail à abattre par les différentes équipes en charge des consultations populaires à la base, ne serait-il pas judicieux d’y accorder un minimum de temps afin de mieux préparer ce forum  de la dernière chance? « C’est mieux de le repousser au mois de Mars ou d’Avril. Il faut absolument séparer le forum politique de la commission Vérité-Justice-Réconciliation. Le deuxième devrait avoir lieu plus longtemps après car c'est un plus pour le processus », propose l’activiste centrafricain  Eugène Pehoua Péléma.

Si « gouverner c’est prévoir », les instances dirigeantes de la Transition que les organisations des forces vives de la nation repenseraient la chronologie du dialogue sans inverser les priorités car cela permettrait d'éviter un fiasco qui semble se dessiner pour le prochain forum. Auquel cas, comme le pense Guy José Kossa, chroniqueur politique centrafricain, nombreux seront les centrafricains qui reviendraient à la charge pour exiger la mise en place du  «  prochain régime qui n'aura d'autre choix que de mettre en place toutes les structures et les moyens de réaliser une transition réussie vers une vraie démocratie ».

 

Johnny Yannick Nalimo

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