Centrafrique: Catherine Samba-Panza élue présidente pour ramener la paix !

La maire de Bangui, Catherine Samba-Panza, a été élue lundi présidente de transition par le Parlement centrafricain lors d'une séance publique, avec pour mission première de ramener la paix dans un pays déchiré par des tueries interreligieuses.

00000000000000catherinepanzaLa nouvelle présidente par intérim de la République Centrafricaine a écrasé lundi son adversaire Désiré Kolingba, fils d'un ancien chef d'Etat. Catherine Samba Panza n'est affiliée à aucun grand parti politique et c'est pour cette raison qu'elle a remporté l'élection.

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères sera jeudi à Bangui pour la prestation de serment de la présidente «Un jour historique selon ses propres mots», car «c'est la première fois qu'une femme» accède à la plus haute marche du pays. Sous un tonnerre d'applaudissements, l'ancienne maire de Bangui a lancé un appel «vibrant» à déposer les armes. Dans sa lourde tâche, la nouvelle patronne a reçu un soutien international appuyé, militaire et financier.

De père camerounais et de mère centrafricaine (Sud-Est), Catherine Samba Panza est née à N'Djamena, au Tchad, le 26 juin 1956. Elle a grandi à Bangui avant d'entamer des études de droit en France. DESS en poche, elle revient en Centrafrique dans les années 1990 pour intégrer la filiale du groupe Allianz. Elle se lance ensuite dans les affaires et fonde contre vents et marées sa propre société de courtage en assurances.

Une femme a donc été élue, lundi, présidente de transition en Centrafrique. Catherine Samba-Panza était jusqu'à présent maire de Bangui. Elle a aussitôt lancé un appel à la paix aux milices chrétiennes et musulmanes.

Avocate de formation, Catherine Samba Panza a milité au sein de l'association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC), spécialisée dans la lutte contre les mutilations génitales et les violences contre les femmes. Pour Amnesty International, elle a sillonné plusieurs pays de la région des Grands Lacs à la rencontre de nombreuses ONG. Partout, cette femme qualifiée de «remarquable» par Laurent Fabius a laissé un bon souvenir à ses collaborateurs.

Cette chef d’entreprise de 58 ans, dont deux des trois enfants vivent en France, s'est «toujours battue pour la participation des femmes à des postes de direction», comme elle le confie au journal La Croix. Dans les moments de grande solitude, Catherine Samba-Panza pense à son oncle, diplomate de carrière. « C’était le frère de ma mère et aussi mon tuteur dès mon jeune âge, raconte-t-elle au quotidien catholique. «Il m’a inculqué son raffinement, son amour des plantes et de la nature, de la décoration intérieure, de l’harmonie. Sa grande culture a été une source constante d’inspiration. Sa femme, de nationalité israélienne, m’a inculqué le goût du beau. Toute ma vie a été inspirée par ces deux modèles. »

Dans son premier discours d'investiture, Catherine Samba Panza a rappelé les deux immenses missions qui l'attendent : permettre aux réfugiés de revenir chez eux et restaurer la stabilité sur le territoire. L'Union Européenne vient d'approuver l'envoi de 500 soldats, ce qui concrétise la première opération d'envergure européenne depuis six ans.

Maire de la capitale Bangui depuis l'arrivée au pouvoir de la rébellion en 2013, 59 ans, décrite comme une battante et ayant une fine connaissance des arcanes politiques centrafricaines, elle a été élue au second tour de scrutin par le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire).

Elle succède à Michel Djotodia, contraint à la démission le 10 janvier pour son incapacité à mettre fin aux tueries interreligieuses, après avoir renversé en mars dernier le régime de François Bozizé. Mme Samba Panza – en tête au 1er tour avec 8 candidats en lice – a recueilli 75 voix au 2ème tour, devant Désiré Kolingba, fils d'un ancien chef de l'Etat (53 voix), selon les résultats lus dans la salle et suivis d'applaudissements de l'assistance qui a entonné l'hymne national centrafricain.

Vêtue d'un tailleur rose, elle a aussitôt pris la parole devant les parlementaires pour lancer un "appel vibrant" à renoncer aux armes.

"Je lance un appel vibrant à mes enfants anti-balaka (miliciens chrétiens) qui m'écoutent. Manifestez votre adhésion à ma nomination en donnant un signal fort de dépôt des armes", a-telle déclaré, ajoutant: "à mes enfants ex-Séléka (combattants musulmans) qui m'écoutent aussi, déposez vos armes".

"A compter de ce jour, je suis la présidente de tous les Centrafricains sans exclusive", a-t-elle assuré: "la priorité des priorités est de faire cesser la souffrance des populations, restaurer la sécurité et l'autorité de l'Etat sur tout le territoire".

"On est hyper contentes! on a fait un bon choix, un très très bon choix", s'est réjouie une déléguée du CNT, Rose Yodoma, entourée d'autres femmes.

Dans une capitale centrafricaine particulièrement calme en fin de journée, le nom de la nouvelle présidente était sur toutes les lèvres. Au centre des conversations, les espoirs mais aussi l'angoisse de la réaction des hommes en armes après l'élection de Mme Samba Panza.

Au quartier Miskine (centre-ville), quelques dizaines d'habitants sont sortis dans la rue pour célébrer la nouvelle. "Nous sommes fous de joie parce que nous sommes libérés, parce qu'on a déjà trouvé un nouveau président", s'est exclamé Jean-Franklin Debonheur, 19 ans.

Puis, s'adressant aux femmes du groupe: "allez les filles, parlez! C'est votre jour!". "Enfin, on peut oublier la Séléka. Je suis heureuse, ça fait chaud au coeur de voir une femme à la tête du pays", a souri Diane, une jeune fille de 22 ans. Le président français François Hollande, qui joue un rôle moteur dans la mobilisation de la communauté internationale sur la crise en Centrafrique – ancienne colonie française – l'a félicitée après l'élection, lui assurant que "la France se tient à ses côtés dans cette tâche difficile".

Mme Samba Panza est "une femme tout à fait remarquable", a renchéri le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a dit souhaiter lui rendre visite "très prochainement".

A Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères ont approuvé le lancement d'une opération militaire de l'Union européenne (UE) en Centrafrique, en appui aux forces africaine et française, avec des soldats – leur nombre pourrait s'élever à 500 – qui seraient chargés d'aider à la sécurisation de Bangui, selon une source officielle.

Les pays donateurs se sont engagés à débloquer près de 500 millions de dollars pour la Centrafrique en 2014, ont indiqué l'UE et l'ONU. Ils "se mobilisent totalement pour tenter de mettre fin à la grave crise" humanitaire de la Centrafrique, qui "a été si longtemps oubliée", a déclaré la commissaire européenne à l'aide humanitaire, Kristalina Georgieva.

Le temps presse

Un mois et demi après le début le 5 décembre de l'opération Sangaris, la situation sécuritaire dans la capitale, où la plupart des soldats français sont stationnés, s'améliore progressivement malgré des explosions de violence localisées.

Mais dans un pays de plus de 600.000 km2, très pauvre malgré son potentiel minier et agricole, un déploiement reste très compliqué dans les zones reculées et les témoignages d'habitants et d'ONG décrivent une situation chaotique et largement hors de contrôle.

Outre la pacification, la nouvelle présidente doit remettre une administration totalement paralysée en état de marche et permettre aux centaines de milliers de déplacés de rentrer chez eux pour régler une crise humanitaire qui affecte la moitié des quelques 4,6 millions de Centrafricains.

Elle dispose de peu de temps: selon le calendrier de la transition, des élections générales doivent être organisées au plus tard au premier semestre 2015, la France souhaitant pour sa part qu'elles se tiennent en 2014.

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