Centrafrique : des enlèvements érigés en mode d’expression de revendications

Kangbi-ndara.com / Les enlèvements érigés en mode d'expression de revendications et de mécontentement, prennent de l’ampleur en Centrafrique.

???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????En l’espace d’une semaine, plus de dix personnes ont été prises en otages à Bangui la capitale et à l’intérieur du pays. En début de semaine, un religieux centrafricain et une  humanitaire française ainsi qu’une employée de la Mission de l'ONU en Centrafrique avaient été kidnappés. Après des négociations ces trois otages ont été libérés. 

Dimanche matin, c’est un membre du gouvernement, Armel Mingatoloum Sayo, Ministre de la jeunesse et des sports qui a été enlevé à Bangui. 24 heures après son kidnapping, toujours pas de nouvelle du ministre. Armel Mingatoloum Sayo est gardé dans un lieu secret à Bangui. Jusqu'à lors, on ignore tout sur les intentions des ravisseurs présumés antibalaka.

La même journée du dimanche dans la Nana-Grébizi dans le nord de la Centrafrique, les membres de la mission chargée des consultations à la base ont été pris en otage par les ex-Séléka à Kaga-Bandoro au village Ndomété à 10 Kms de la ville. Huit personnes dont le préfet de la région, Gaston Yéndémon, le maire de la ville de Kaga-Bandoro, Thomas Ndomété, le sous-préfet des Mbrés, Patrice Abakar ainsi que des éléments de la sécurité ont composé la mission. Ils ont aussi été libérés lundi par leurs ravisseurs suite à des négociations.

Qui sont les ravisseurs ?

Dans les deux cas (Bangui et Kaga-Bandoro), ce sont des éléments présumés ex-miliciens antibalaka et ex-rebelles seleka, deux groupes rivaux en présence en Centrafrique, qui sont impliqués.

A Kaga-Bandoro par exemple, les ex-seleka ont ouvertement revendiqué l’enlèvement de 8 membres de la mission de consultations populaires déployée par le gouvernement en vue de préparer le Forum de réconciliation de Bangui prévu en février prochain. « L’Etat-major des ex seleka basé à Kaga-Bandoro dans la Nana-Gribizi, s’oppose à toute mission gouvernementale dans les zones contrôlées par nos hommes. Pour nous, toute collaboration avec le pouvoir de Bangui est désormais définie sur la base des résolutions issues des pourparlers de Nairobi », a déclaré Maouloud Moussa-Moktar, porte-parole des ex-seleka basés à Kaga-Bandoro.

La seleka est la rébellion qui a mis fin au régime de François Bozizé. A sa tête, Michel Djotodia, qui s’est installé au pouvoir aussitôt après le coup d’Etat avant d’être contraint à la démission, suite à la pression internationale.

A Bangui, tous les rapts sont attribués à un groupe de miliciens antibalaka, proche de leur chef Rodrigue Ngaïbona autoproclamé Général Andjilo, arrêté en début de ce mois. Les ravisseurs voudraient en échange la libération de ce puissant chef antibalaka poursuivi pour de nombreuses infractions d’assassinats, de détention d’armes de guerre, d’association de malfaiteurs, de viols, de pillages.

Mais avec l’enlèvement du Ministre Armel Sayo, les donnes semblent changer. Gouvernement et ex-miliciens antibalaka sont unanimes à dire que l’intention des ravisseurs qui se sont désolidarisés du groupe antibalaka, est de déstabiliser le pouvoir de Samba-Panza.

« Ce Groupe terroriste est agité de l’extérieur depuis Nairobi dans le dessein de saper le processus de retour à la paix et la concorde sociale. Les violences et menaces contre le peuple centrafricain et ses dirigeants ne resteront pas impunies », a prévenu Nicaise Karnou, Ministre centrafricain de la sécurité publique en réaction aux actes de prises d’otages dont celui du Ministre de la jeunesse à Bangui.

La Coordination du mouvement antibalaka devenu un parti politique, Parti Centrafricain pour l'Unité et le Développement (PCUD), condamne et décline toute responsabilité dans cet acte de kidnapping qu’elle attribue à des éléments égarés. « D'après les informations en notre possession, c'est orchestré et piloté depuis Naïrobi avec la complicité d’un petit groupe d'ex-Antibalaka manipulés. Le PCUD se désengage totalement de ce petit groupe manipulé depuis Naïrobi », a expliqué Igor Beranger Lamaka le porte-parole du PCUD.

Les responsables de ce mouvement pointent du doigt Maxime Mokom, un autre membre influent de la milice antibalaka, très proche de l’ancien président François Bozize. En sa qualité de Commandant de Police nationale, il a été nommé Coordonnateur chargé des opérations au sein du mouvement désormais ex-antibalaka. Il a effectué le déplacement de Nairobi malgré l’opposition des autres cadres de ce mouvement qui, eux, ont décliné l’invitation.

Ce qu’on sait de Nairobi

La rencontre dite de Nairobi aurait été convoquée par la médiation internationale dans la crise centrafricaine. Elle a réuni les principaux leaders de cette crise que sont ex-seleka et antibalaka dont les anciens présidents Michel Djotodia et François Bozize.

Le communiqué final de cette rencontre à laquelle les autorités de transition déclarent n’avoir pas été associées, est intitulé « Accord de cessez-le-feu et la cessation des hostilités entre les ex-seleka et les antibalaka de la République Centrafricaine ». L’accord engage les deux parties à « régler tous leurs différends passés, présents et futurs par des moyens pacifiques et légaux, et de s’abstenir de la menace et de l’usage de la violence », lit-on dans le document.

Mais pour la présidente de transition Catherine Samba-Panza, « cet Accord n’engage que ses auteurs », mettant en garde contre toute initiative organisée en dehors de l’Accord de Brazzaville qui fixe la marche de la transition en RCA. 

Que pense l’homme de la rue à Bangui

Sur place à Bangui, plusieurs voix se sont levées pour regretter ce phénomène qui vient compromettre les efforts de paix dans le pays. « Je pense que cet événement malheureux vient compromettre le processus de la paix et de la réconciliation en cours en RCA », regrette Bienvenu Bissayo, 34 ans, habitant à Bangui. « Nous ne pouvons pas accepter des choses comme ça qui viennent enfoncer davantage le pays dans de l’insécurité totale », s’est plainte Barbara Alléh, agent marketteur dans une institution privée. « On n’a jamais connu de telles situations dans ce pays. Ce sont des scènes de terrorisme qu’on ne peut pas tolérer. Il faut que les forces internationales appliquent les résolutions de l’ONU qui leur donnent mandat de désarmer tous les groupes armés dans le pays », indique pour sa part Eric Ngaba, un étudiant.

Ces enlèvements successifs montrent que l’insécurité est toujours de mise en Centrafrique malgré la présence des troupes françaises, la force européenne Eufor-RCA, et celle de l’ONU, MINUSCA.

Tim Barès

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