Centrafrique / Enquête : de Patassé à Ziguélé qui a fait venir les tchadiens ?

Par Jean-Luc Nzènè (Kangbi-ndara.net) / Comme un orage dans le ciel bleu, Abakar Sabone, ancien-ministre à la fin du règne de Bozizé ensuite Conseiller de l’ancien Président Michel Djotodia, a prononcé en exclusivité, le 22 décembre 2013 devant la presse nationale et internationale, l’idée de partition de la République centrafricaine (RCA), à Bangui. Sabone, dont l’identité centrafricaine est contestée par un bon nombre de ceux qui s’estiment des centrafricains de « souches », est-il vraiment le pionnier des élucubrations  séparatistes en Centrafrique ? Par qui et de quelle manière des « étrangers », à la gâchette facile se retrouvent en grand nombre en Centrafrique pour dicter leur loi ?

Cette recherche est scindée en deux parties, nous publions le reliquat demain.

FEUEEEEEUUUUUUUDance cette première partie divisée en deux, notre démarche consiste à trouver des éléments de réponses fondées sur des faits produits en Centrafrique par des acteurs nationaux favorisant l’intrusion de milliers de combattants étrangers d’occupation en terre centrafricaine.

Répondre méthodiquement aux interrogations initiales, c'est trouver inéluctablement le début de solution à l’émergence des mouvements militaires et paramilitaires qui convergent aujourd’hui en un centre de gravitation qu’est la « nébuleuse » SELEKA (Al-Qaïda ou Alliance), dans une autre mesure d’établir les responsabilités.

Beaucoup estime que c'est à la faveur du coup d'Etat du 15 mars 2003 que sont arrivés en Centrafrique, dans le sillage du Général de Division François Bozizé, les desperados du tchadiens. Un zoom sur le passé nous a permis de reconstituer le puzzle du déferlement des combattants et maquisards étrangers en Centrafrique et la genèse de la controverse idée de la PARTITION.

Le passé évocateur :

Le 03 mars 1982, François Bozizé, ministre de la Communication dans le gouvernement du Comité Militaire pour le Redressement National (CMRN) se rend dans les locaux de Radio-Centrafrique et appelle les soldats centrafricains à se soulever, une conspiration visant un changement politique. Ce soulèvement avait pour objectif de renverser le régime militaire de Kolingba arrivé au pouvoir six mois auparavant pour le remplacer par l’opposant Ange-Félix Patassé.

 

Après l’échec de ce coup d'état, Patassé sur mobylette se réfugie à l'ambassade France à Bangui, tandis que les généraux François Bozizé, Alphonse Mbaïkoua et Mr Jean Jacques Demafouth l'agent infiltré du Colonel Jean-Claude Mansion à l’époque, se réfugient au Tchad d'où le général Mbaïkoua trouvera la mort dans des circonstances non élucidées à ce jour. Certains affirment que le général Alphonse Mbaïkoua serait assassiné au bord d’un ruisseau à Bossangoa. L’évidence, de ce coup d'Etat découlèrent deux conséquences :

  1. la naissance de la première rébellion centrafricaine avec pour conséquence le phénomène Zaraguina ;
  2. le projet de la Création de la République du Logone, regroupant l'Ouham, l'Ouham-Pende et certaines régions du sud Tchad chère à Monsieur Patassé, ancêtre du projet de la partition chanté par Sabone et Dahffane.

En travestissant l'histoire de la RCA, certains hommes politiques se sont plus pendant une longue période à répandre l'idée selon laquelle François Bozizé était à l'origine de l'arrivée des Tchadiens et des forces illégales en Centrafrique. Mais que dit exactement l'histoire de la RCA de ces trente dernières années sur la présence des forces militaires étrangères et non conventionnelles en Centrafrique?

  • 1981 – 1993 : André Kolingba (CMRN – RDC)

–  Éléments Français d'Assistance Opérationnelle (EFAO) communément appelés Barracuda installés à Bouar et au Camp Beal depuis septembre 1979;

  • 1993 – 2003 : Ange-Félix Patassé (MLPC)

l-armee-tchadienne-annonce-la-mort-du-chef-islamiste-mokhtar-belmokhtar1_article_popin– Kodo: supplétifs tchadiens arrivés en Centrafrique en renfort au pouvoir MLPC à la faveur des mutineries d'une partie des Forces Armées Centrafricaines (FACA) en avril et mai 1996;

–  Balawa, Karako, Sarawis : miliciens centrafricains du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC)

– Abdoulaye Miskine : coupeur de route Tchadien nommé « Général » par le pouvoir MLPC et devenu exécutant de sales besognes à partir de 2000 ;

–  Banyamulenge : militaires du Mouvement de Libération du Congo de Jean Pierre Bemba, arrivés à Bangui à partir de mai 2001 comme supplétifs au service du pouvoir MLPC ;

– Les Libyens (militaires Libyens intervenant dans le cadre de la CEN-SAD)

  • 2003 – 2013 : François-Bozizé Yangouvounda (KNK)

– Les libérateurs (mercenaires Tchadiens et Tchado-soudanais, exécutants du coup d'état du 15 mars 2003);

– Les Tchadiens Éléments des Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT), aujourd’hui disparue sous ce nom, détachés à Bangui dans les rangs de la Garde présidentielle, le cercle de sécurité rapproché du général Bozizé et dans les services de renseignements ;

– Les soldats ougandais autorisés par le régime de Bozizé à s'installer dans le Haut Mbomou (Est) pour lutter contre la l’Armée de la résistance du seigneur (LRA) de Joseph Kony ;

– Les forces spéciales sud-africaines arrivées à Bangui dans le cadre d'un accord de défense entre la Centrafrique et l'Afrique du Sud.

De ce bref rappel historique partiel, les responsabilités de l’intrusion des forces irrégulières en RCA sont, de facto, partagées entre le MLPC qui leur a ouvert la porte et le parti travailliste KNK de François Bozizé qui les a fait assoir dans le pays.

2/ Zoom su la situation des milices et des forces non-conventionnelles sous le régime du MLPC

Le Mouvement de libération du peuple centrafricain

« De nombreux membres du parti politique du président Patassé (et actuellement dirigé par Martin Ziguele, ndlr), le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), possédaient des armes. Le président Patassé et ses partisans ont commencé à s’armer après l’échec de ce dernier aux élections présidentielles de 1981. Certains cadres du MLPC ont gardé leurs armes même après la prise de fonction du président Patassé en 1993. Le gouvernement du président Bozizé a estimé la ‘force de police parallèle’ armée des membres du MLPC à 820 personnes (RCA, 2003, p. 7). On ne sait s’il s’agit là de la ‘milice du MLPC’ qu’évoquent certaines sources bien informées. Selon une source, ce groupe comptait en 2003 entre 500 et 1 000 membres, tous équipés d’une arme automatique ; certains posséderaient également des armes légères collectives et des lance-grenades [19].

Karakos, Balawas et Sarawis

A la suite des mutineries de 1996, le président Patassé, qui s’était jusque-là appuyé sur la garde présidentielle et les éléments armés du MLPC, a réalisé que ces forces ne suffiraient pas à garantir sa survie personnelle et politique. Il a donc mis en place trois milices basées à Bangui et connues sous les noms de Karakos, Balawas et Sarawis. Ces milices de quartier se sont rapidement développées jusqu’à compter 1 500 individus au total, en grande partie de jeunes chômeurs partisans du président.soldats-tchadiens-copie-2

Bangui compte huit arrondissements divisés en quartiers[20]. La milice Karakos était basée dans le quartier Boy-Rabe où vivent principalement les Gbayas (Leaba, 2001, p. 172) dans le quatrième arrondissement. La milice Balawas, composée principalement de membres du groupe ethnique Kaba, était basée dans le quartier Combattant (huitième arrondissement). La milice Sarawis étaient concentrée dans le quartier Sara, du même nom que le groupe ethnique qui y réside en majorité (cinquième arrondissement). Les membres de la milice Sarawis étaient également nombreux dans d’autres quartiers du cinquième arrondissement tels que Malimaka, Miskine, Mustapha et Ngou-Ciment. Chaque milice était composée d’environ 500 hommes, principalement armés de Kalashnikovs[21].

La Société centrafricaine de protection et de surveillance

Par la suite, le président Patassé a créé deux milices supplémentaires. En 1999, il a mis en place la Société centrafricaine de protection et de surveillance (SCPS), une société privée de sécurité dont il a confié la direction à son chauffeur, Victor Ndoubabé (le fils d’un ami de la famille). Bien qu’elle participe à des activités commerciales, il serait plus juste de décrire cette société comme une milice prête à intervenir pour assurer la sécurité du président[22]. La communauté internationale avait fait fortement pression sur le président Patassé pour qu’il réforme la FORSDIR et en réduise la taille ; de nombreux employés de la FORSDIR ont donc rejoint la SCPS (Leaba, 2001, p. 168). Ndoubabé a été tué lors du coup d’état de mars 2003[23], et la SCPS a disparu peu après. Elle comptait alors, selon des sources bien informées, entre 1 000 et 1 500 employés. D’après le président Bozizé, il restait, en novembre 2003, 850 anciens gardes de la SCPS (RCA, 2003, p. 7) ; ces gardes étaient armés de Kalashnikovs[24].

Abdoulaye Miskine

Abdoulaye-MiskineEn 2000, le président Patassé a établi une autre milice connue sous le nom de son leader, ‘Abdoulaye Miskine’ –né Martin Koumta Madji, selon le président. Le Tchad a accusé Miskine d’être un insurgé tchadien qui aurait tué un autre chef rebelle. Le président Patassé a soutenu qu’il s’agissait d’un patriote centrafricain que le Tchad confondait avec quelqu’un d’autre. Le passé d’Abdoulaye Miskine et ses intentions sont donc incertains. Pendant la tentative de coup d’état du général Bozizé en octobre 2002, cette milice comptait entre 300 et 350 membres [25], armés par le président Patassé de Kalashnikovs[26]. Miskine a quitté la RCA en novembre 2002[27], mais est revenu depuis. Suite au coup d’état réussi de Bozizé, il est généralement établi que Miskine ne dispose actuellement pas de troupes armées sous son contrôle.»

De tout ce qui précède, l'on se rend compte que la RCA a basculé dans le chaos sécuritaire sous le régime du MLPC. En véritable héritier de la paranoïa ambiante de l'époque Bokassa, le Président Patassé et le MLPC firent tout pour « civiliser l'armée ». Ébranlés par les mutineries de 96, ils finirent par ouvrir le pays aux forces non-conventionnelles endogènes et exogènes. De cette période, l'actuel Président du MLPC, Premier Ministre au moment de la dernière vague de l'arrivée des forces non-conventionnelles en RCA dont les hommes de Bemba  suivie des atteintes aux droits de l'homme qui valent aujourd'hui au Président du MLC la prison, a une obligation de justification au peuple. De même, l'actuel Premier Vice-Président du MLPC, Premier Ministre au moment de l'arrivée des Kodo, les premières forces non-conventionnelles introduites en Centrafrique  et de la création des milices Sarawis et Balawas doit explication au peuple.

Comment se fait-il qu'à l'époque des faits, on ne les a jamais entendus protester contre la désorganisation de l'armée et les atteintes aux droits de l'homme ? Ni démissionner pour marquer leurs désaccords lorsque des femmes et filles étaient violées et des milliers de Centrafricains mis sur les chemins de l'exil parce que de l'ethnie d'un putschiste ? À l'époque des faits, l'actuel Premier Vice-Président du MLPC alors Ministre d’État, Ministre de la Communication, des Postes, des Nouvelles Technologies, de la Culture et de la Francophonie  déclarait sur RFI que les viols et les villages brûles étaient : «  des dégâts collatéraux ».

A SUIVRE…

 

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