Centrafrique : forum politique de dernière chance

Kangbi-ndara.com / Les futures assises politiques annoncées par le chef d’Etat de la transition, Catherine Samba-Panza, lesquelles se tiendront est un forum politique qui, certes, doit marquer un tournant décisif de la vie politique centrafricaine. Il est évident que la situation chaotique à laquelle l’opinion nationale et internationale en a pris conscience a changé progressivement la mentalité et le comportement des acteurs politiques tous azimuts qui affûtent leurs armes politiques polynucléaires pour aborder avec détermination et efficience les débats afinde trouver des solutions idoines aux problèmes de la crise centrafricaine qui perdure depuis presque trois décennies.

signing-car-cessation-hostilites-3-brazzaville-centrafrique2003, une date qu’il faut bien aussi retenir était l’année du Dialogue National sous le régime du président feu Ange-Félix Patassé. Les caciques dudit régime avaient mis sur le banc de touche leurs « ennemis politiques » puisqu’ils estiment qu’il est hors de question qu’ils dialoguent avec les adversaires politiques qui sont autres que le général François Bozizé et son clan qui, finit par destituer le président élu démocratiquement Ange-Félix Patassé le 15 mars 2003. L’année a marqué deux grands événements, à savoir la tenue du Dialogue National qui a vu la réconciliation de deux grands hommes politiques du pays, il s’agit de David Dacko et Abel Goumba (paix à leurs âmes) en présence de Catherine Samba-Panza. Il en est suivi peu de temps après le putsch de François Bozizé qui n’a pas obtempéré aux injonctions de la communauté internationale pour ne pas se présenter à la présidentielle de 2005 après la période de transition. Ce dernier qui serait l’un des allumeurs du feu qui brûle la maison a organisé le Dialogue Politique Inclusif (DPI) qui a vu la participation de presque tous les leaders politiqueset politico-militaires sauf l’ancien président de la transition Michel Djotodiaexilé au Bénin,lequel avait juré dans un communiqué de presse qu’il mettra fin à la carrière politique du général François Bozizé.

 

Le Dialogue Politique Inclusif était un véritable échec puisque le comité de suivi présidé par Catherine Samba-Panza a fourni un bilan négatif, parallèlement à ça, plusieurs accords de cessez-le-feu ont été signés entre le gouvernement de Bozizé et les chefs militaro-politiques qui n’ont pas été respectés par les protagonistes. Le peuple centrafricain qui aspire à une paix durable et de meilleurs conditions de vie étaient réduit à un esclavagisme qui ne dit pas son nom.il y a eu la détérioration de la qualité de vie. Les hôpitaux en Centrafrique étaient devenus des mouroirs puisqu’il y a eu carence des services sanitaires. L’enseignement en général était confronté à de sérieux problèmes. Les professeurs de l’université de Bangui entraient souvent en grève pour revendiquer des arriérés des salaires. Quant au secteur de l’enseignement primaire, les cours dispensés aux enfants n’étaient pas de qualité pour rehausser le niveau d’étude à cause de manque d’enseignants bien formés et des parents d’élèves non instruits qui interviennent en appui dans les établissements scolaires. Les guerres fratricides que le pays a connues ont été alimentées par un trafic d’armes sans scrupule dans le nord du pays à nos frontières communes avec le Tchad et le Soudan.Les deux régimes Bozizé et Djotodia ont été émaillés des violences sans merci et de la corruption qui engendrent des traumatismes psychiques et de profonds problèmes moraux.

Reconnue par la communauté internationale par la voix du Représentant du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique centrale, Abdoulaye Bathily, la crise centrafricaine est bien profonde. Avec quels acteurs tenir le forum politique de janvier 2015 pour donner de l’espoir au peuple centrafricain qui ne sait plus à quel saint se vouer ? Refonder un Etat de droit, laïc, il faut nécessairement transcender les limites sentimentales culturelles, politiques, ethniques, communautaires et religieuses. Selon un auteur que je me permets de paraphraser, « l’on cherche à promouvoir l’unité pour fonder et caractériser les comportements sociaux positifs qui ont une saveur de trinité comme la solidarité, la participation, l’altérité, le pluralisme, la liberté, la justice, le don-de-soi aux autres, le pardon, la réconciliation, l’amour, la paix, etc. »C’est un défi, et pas de moindre, dans notre monde de violence et de contre-violence, d’oppression politique, économique et culturelle. Les conflits armés à répétition ont empêché le pays de se mettre sur les rails du développement, d’emprunter la voie d’émergence qu’on a évoquée. Nous avons raté le coche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en faisant de la République centrafricaine un pays de guerre et de la barbarie alors qu’autrefois, havre de la paix qui faisait la fierté de terre de « zokwèzo » et de l’Afrique.

 

La République centrafricaine qui, si riche en ressources minières serait déjà comptée parmi les pays émergents d’Afrique et du Monde si ceux qui nous avaient gouvernés mettaient en application la bonne gouvernance. Pendant plusieurs années de règne et de régime différent, c’est plutôt l’instauration d’un système autocratique et clanique qui pénalisait le grand nombre sur le territoire national. Par conséquent, les mêmes causes produisent les mêmes effets et le pays s’éternise dans un bourbier. La RCA pays producteur de diamant, de l’or de meilleure qualité au monde et de l’uranium devrait être au même stade que le Botswana en donnant la bourse d’étude à tous ses étudiants, que les enfants aient des soins gratuitement dans les hôpitaux et mangeaient, comme disait un ancien ministre, trois fois par jour et à satiété. Un pays à vocation agro-pastorale et naturellement béni d’une terre fertile, il serait le grenier de l’Afrique centrale voire au-delàs.

 

Etant alors sur le chemin d’une véritable réconciliation, « la réconciliation de nos jours est devenue un vrai défi pour l’humanité toute entière, parce qu’au fond elle est un passage obligé pour construire la communauté des peuples, au-delàs de toutes les différences humaines et sociales qui risquent de se transformer en discriminations entre personnes et entre groupes. Son enjeu est si important, pour ne pas permettre au processus de globalisation mondiale de phagocyter toutes les richesses spécifiques des peuples et de ses minorités, que la missiologie d’aujourd’hui est en train d’en prendre conscience en l’incorporant dans sa réflexion systématique », a dit Bevans, un écrivain américain.

 

En effet, il faut être conséquent envers soi-même en renonçant à toute la face négative de la réconciliation puisque verser le sang de son semblable est un geste qui crée évidemment une rupture au sein de la société. Vous qui êtes le tueur ou l’égorgeur de l’autre, vous devenez une persona non grata dans la société, un paria. Vous niez l’amour des uns et des autres, le partage du bien commun. Il va sans dire que beaucoup d’hommes politiques en Afrique en général et en Centrafrique en particulier se déclarent des croyants chrétiens ou musulmans dans leur profession de foi mais une fois élu à la tête de l’Etat ou pour briguer un mandat au siège de l’Assemblée nationale en qualité de représentant du peuple, le comportement change vis-à-vis de ses électeurs qui sont les créatures de Dieu. On est plus l’agneau d’hier qui sollicitait les voix de la population.

La profondeur de la crise demeure un grand danger à l’avenir. Le pouvoir qui est l’organisateur de ses assises politiques prochaines doit doubler d’effort pour appliquer le processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) qui est une condition sine qua none de la réussite des élections futures. Si des milices de groupe antibalaka et les rebelles de séléka détiennent encore des armes et se livrent à des exactions sans être punis, l’opération électorale sera vouée à l’échec puisque les hommes en arme manipulés vont s’imposer certes le moment venu de voter deux ou trois fois dans les bureaux de vote pour bourrer les urnes au profit de leur candidat. Et les meetings des autres candidats haïs par leurs détracteurs se tiendront-ils à Bangui ou en provinces comme prévus dans les textes du code électoral, Dieu seul le sait. De surcroît la présence qui perdure des rebelles du seigneur de guerre ougandais, Joseph Kony, est un handicap grave pour la tenue des élections dans l’est du pays.

Les forces onusiennes doivent accélérer la cadence, prendre  leurs responsabilités pour observer scrupuleusement les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations en faveur de la paix en Centrafrique. Appuyées par les Forces Armées Centrafricaines (FACA) réhabilitées, une solution sera vite trouvée afin que les élections puissent déroulées dans le calme et la quiétude selon le calendrier électoral prévu. Faut-il encore que le forum politique se termine en beauté et que ses résolutions et recommandations soient respectées et appliquées.

Pierre Inza

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