Centrafrique : Jean Serge Bokassa appelle à la Cessation des Hostilités en Centrafrique

Depuis plus d’un an, la République Centrafricaine, pays de « Zo-Kwe-Zo », est confrontée à une crise sans précédant, à un déchirement intercommunautaire effroyable non fondé, qui nous a endeuillé et nous endeuille encore chaque jour, nous enfermant dans une sorte de discipline indécente où chaque groupe formé par les circonstances du moment (Ex-Séléka, Anti-balaka), pense à  prouver à l’autre qu’il peut en faire autant.

jean serge bokOr, en faire autant, ce sont des vies humaines que nous perdons au jour le jour, en violation flagrante de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que notre pays a pourtant ratifié.

Les populations civiles et sans défense : chrétiennes comme musulmanes, sont prises en otage par ces groupes armés et milices qui imposent leurs lois sans laisser aux populations prises dans cet engrenage, la possibilité de faire un choix raisonnable.

Spectacle désolant, Chrétiens et Musulmans pourtant frères et sœurs de tout temps, se sont laissés entraînés par ce courant  sans fondement pour s’entretuer sans raison et sans intérêt.

Aujourd’hui, les Hommes politiques Centrafricains qui ont amené la division, la haine entre les Centrafricains à cause de leurs intérêts égoïstes, se sont cachés derrière ce scénario pourtant décrié en son temps par la plate-forme interreligieuse qui disait que cette crise était : une crise militaro politique et non interreligieuse.

Les forces étrangères venues pour nous aider, ont montré et montrent encore leurs limites ou pire, révèlent leurs parties pris, en nous murant dans une ambiguïté totale. Si toutes ne sont pas compromises, il faut bien reconnaitre que de nombreux constats, réactions et témoignages nous interpellent et méritent qu’on y prête toute notre attention.

 Entre les forces françaises venues dans le cadre de l’opération « Sangaris » rejetées par la communauté musulmane qui les taxe de ne pas défendre les musulmans au profit des chrétiens,  et de plus en plus rejetées par les chrétiens et autres, qui constatent que celles-ci assistent sinon, encouragent les crimes perpétrés contre la population civile, et surtout pour la récente attaque de la Paroisse Notre Dame de Fatima le 28 mai 2014 où le contingent de la MISCA (Burundais) chargé de protéger le km5, est taxé de complice de ces actes de tueries et d’enlèvement des personnes déplacées internes, qui pourtant, ont pensé trouver refuge dans une Eglise censée être un lieu saint et protégé.

L’imbroglio reste une équation aux multiples inconnus. Et dans cette dégringolade effrénée, le gouvernement peine à convaincre dans l’apport de solution concrète, car malhabile de demander l’application des Résolutions 2121 et 2127 relatives au désarmement forcé des groupes armés et les milices pour un retour à la paix.

Il est temps pour chacun de ceux qui sont épris de paix et de bonne volonté, de faire entendre leurs voix.

Que ceux qui ont trouvé le courage de prendre les armes, soit pour venger un proche, soit pour se défendre, trouvent en eux (musulmans, chrétiens ou animistes), les ressources nécessaires pour faire la paix et sauver ce qui reste de notre unité, de notre dignité pour un retour à une vie normale jadis vécue.

En essayant de prendre un peu de hauteur pour observer les conséquences de cette crise, je ne vois pas juste des communautés apeurées et en larme, je ne vois ni un petit enfant chrétien ou musulman  pleurer son père ou sa mère arraché brutalement de son affection, mais un(e) Centrafricain(e)en détresse ou mieux, un être humain en péril.

Si ensemble, nous ne pouvons plus ramener à la vie les proches que nous avons perdus à travers nos actes criminels de part et d’autre, nous pouvons ici et maintenant éviter d’en perdre d’autres si nous savons que c’est Dieu qui donne la vie, et c’est lui qui peut la ôter.

Nous pouvons ensemble, nous soustraire aux manipulations de tous bords pour accoucher un modèle de réconciliation véritablement Centrafricain, par un sursaut patriotique, ardemment attendu par notre mère patrie, la RCA.

Aussi, la question aujourd’hui n’est pas de savoir qui est responsable de tout ce qui nous arrive, même si cette question a du sens, mais d’accepter au préalable de faire un compromis utile, susceptible de créer les conditions de dialogue entre tous et ce compromis c’est avant tout de sursoir aux actes de violence en rendant les armes, avec comme gage à définir, que la sécurité de chacun soit garantie. 

Si cette crise sert quelques intérêts obscurs, elle ne sert pas la cause des Centrafricains et de tous ceux qui aiment cette patrie, mais celle des criminels en tout genre qui, par peur de justice, se cachent derrière de faux alibis pour l’alimenter, de ceux qui usent de ces groupes armés comme strapontins qui leur sert de tremplin politique, ou sert bien d’autres intérêts encore qu’il ne sied de développer ici car, ce n’est point notre objectif.

Cessons de rester dans cette logique de vengeance personnelle, arcboutés à des intérêts catégoriels voire communautaires, forgée pour nous détourner de la réalité, car nous avons toujours vécu ensemble.

Pensons aux victimes innocentes de ces crimes qui ont laissé involontairement derrière elles : des orphelins, veuves, veufs… abandonnés à leur triste sort en ces temps aussi difficiles.

Que ferons-nous de ces pertes en vie humaine ? A qui cela profiterait  même si chaque groupe armé ou milice pense avoir tué plus que l’autre ? Qui s’estimera vainqueur ? Car il n’y aura ni perdant ni gagnant.

Nous avons assez fait couler du sang centrafricain, nous avons assez fait pleurer, endeuiller beaucoup de familles centrafricaines, nous avons assez pillé nos ressources naturelles, assez saccagé les modestes infrastructures du pays dont certaines ont été laissées par les colons datant des temps immémoriaux.

Que nous reste-t-il à faire maintenant ? La PAIX, oui la PAIX qui n’a pas de prix.

Pensons à nos proches Frères et Sœurs (Centrafricains et Centrafricaines, Chrétiens et Musulmans) car, si nous n’arrêtons pas  ce cycle infernal de  violence qui n’honore personne, nous continuerons toujours de pleurer et d’enterrer nos proches et par-delà, détruire notre très cher et beau pays la République Centrafricaine jadis appelée « Suisse Africaine, Havre de Paix ».

 

Je ne m’exprime pas ici comme un individu appartenant à telle ou telle communauté, mais comme un Centrafricain convaincu que tout n’est pas perdu, et lance un vibrant appel à l’endroit de toutes mes sœurs et tous mes frères Centrafricains, soient-ils Musulmans ou Chrétiens, Ex-Séléka ou Anti-Balaka, de contribuer au retour de la paix dans ce pays, héritage du Père Fondateur Barthélemy BOGANDA.

Je suis prêt et souhaite rencontrer tous les responsables des différents groupes belligérants pour en parler de vives voix si ceux-ci le souhaiteraient.

Dans l’espoir que cet Appel à la cessation des hostilités, à la paix et à la réconciliation soit entendu, et me tenant à votre disposition pour toute fin utile, je formule les vœux de paix et le meilleur pour chacun de nous et pour notre très cher et beau pays, la République Centrafricaine.

 

 

Jean Serge Bokassa

Ampliation :

  • Ex- Séléka ;
  • Responsables des Eglises Catholiques, Protestantes et Apostoliques
  • Responsable de la communauté musulmane du km5 ;
  • Responsable Anti-balaka ;
  • MINURCA (P.I.) ;
  • UA (P.I.) ;
  • UE (P.I.) ;
  • MISCA (P.I) ;
  • Sangaris (P.I.) ;
  • Large diffusion ;

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