Centrafrique : La BEAC généreuse et l’aéroport de Bangui sur la ligne de sa modernisation

Malgré la situation difficile que traverse la République Centrafricaine, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) est disposée à donner un coup de pouce aux entreprises opérant sur le territoire national. Le pas leur est emboîté par l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale (BDEAC), qui se sont mobilisées en faveur de la modernisation de l’aéroport internationale Bangui M’Poko, véritable vitrine du pays. Seulement, ces efforts sont entachés par des nominations qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat.

aeroport bgPour offrir une bouffée d’oxygène à l’économie de la République Centrafricaine, le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), l’Équato-guinéen Lucas Abagak Nchama, a accepté d’effectuer le déplacement de Bangui en vue de prendre part à la première réunion du comité monétaire et financier de la République Centrafricaine et à la réunion du conseil national de crédit.

Les engagements pris concernent la relance des activités économiques, à travers l’octroi des crédits aux entreprises opérationnelles sur le territoire national. Le plafond de refinancement qui était de 8 milliards a été porté à 10 milliards de francs CFA. Pourvu que les entreprises intéressées par ce projet présentent à la banque centrale des dossiers bancables. Il a été promis que compte tenu du contexte économique difficile en République Centrafricaine, la BEAC s’est, une fois de plus, engagée à assouplir les procédures.

Le Ministre des Finances et du Budget, M. Bounandélé Koumba a exhorté les Centrafricains au travail, quand bien même les difficultés économiques subsistent. Cependant, il a évoqué « une sensible amélioration des résultats économiques à Bangui ». Il a assuré que, « le gouvernement mettra tout en œuvre en vue de remettre sur pied les administrations et favoriser la reprise véritable des activités économiques ».

La modernisation de l’aéroport international Bangui M’Poko

En vue de la modernisation de l’aéroport international Bangui-M’Poko, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale (BDEAC) ont accordé au gouvernement centrafricain des subventions cumulées d’environ 5 milliards de francs CFA. Ces financements sont destinés aux travaux d’extension, de réaménagement de l’aérogare ainsi que sa dotation en équipement de sécurité et de sûreté ; au renforcement des chaussées aéronautiques et à la construction de la clôture autour de l’aéroport.

Pour réaliser ces grands travaux, il est prévu le déguerpissement des populations qui vivent dans les alentours, l’aménagement du site, des clôtures en béton ou en construction métallique tout autour de l’enceinte de l’aéroport ; la construction d’une centrale électrique et la réhabilitation du balisage lumineux des chaussées aéronautiques.

Il est à noter que l’aéroport international Bangui M’Poko, construite depuis 1967, n’a jamais subi de travaux de grandes envergures, conformément aux normes de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) et l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Au bout du compte, l’aéroport, censé être de dimension internationale, est un environnement gagné par les dépôts d’ordures d’origine ménagère et maraîchères, les fosses résultant de la fabrication des briques par les jeunes des environs, les actes de vandalisme sur les équipements de l’aéroport, etc.

Ces faiblesses ont été à l’origine du faible niveau du trafic, de la faiblesse des ressources en vue de la modernisation de l’aéroport, et la non-maîtrise de l’utilisation des produits de la sûreté. Durant les différentes crises que le pays a connue, les habitants ont pris d’assaut ce cadre pour en faire un site de déplacés internes, avec tous les corollaires qui ont été dénoncés, à savoir : promiscuité sous des abris de fortune, pollution et risque d’épidémie.

Des nominations qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat

Il est à parier qu’avec les travaux, qui démarreront en 2015, l’aéroport international Bangui M’Poko soit réellement un cadre qui rassure les investisseurs, propulse le tourisme et stimule le développement de la République Centrafricaine.

Si des efforts sont enregistrés, comme pour le coup de pouce aux entreprises en République Centrafricaine et la modernisation de l’aéroport, quelques failles subsistent dans le domaine des nominations, qui grèvent le budget de l’Etat.

En effet, durant leur progression vers la conquête du pouvoir de Bangui, les rebelles de l’ex-coalition Séléka ont tout saccagé sur leur passage. Les administrations notamment ont été leurs principales cibles. Craignant pour leur vie, de nombreux fonctionnaires et agents de l’Etat ont mis le cap sur Bangui. Et depuis, il n’existe plus d’administration dans les villes intérieures, les populations étant abandonnées à leurs tristes sorts. En dépit de ce décor, l’administration procède à des affectations, pour pourvoir des postes, même dans les provinces. Le Trésor public centrafricain est obligé d’assurer la prise en charge de ces fonctionnaires qui ne sont jamais à leur poste.

En son temps, Michel Djotodia Am Nondroko, le chef de l’ex-coalition Séléka, voulait donner l’impression qu’il avait le contrôle des fonctionnaires et agents de l’Etat, qu’il existait l’autorité de l’Etat et que l’administration pouvait se déployer, même dans les villes intérieures de la République Centrafricaine.

Pour joindre l’acte à la vision, Djotodia avait procédé à l’affectation des préfets et des sous préfets. Sur les 16 préfectures que compte la République Centrafricaine, seulement une poignée de préfets et de sous-préfets avaient regagné leur poste. Les autres avaient été chassés par les innombrables colonels et généraux de l’ex-coalition Séléka, qui avaient la mainmise sur des régions. Il faut rappeler que la République Centrafricaine avait été placée sous une coupe réglée, pour permettre de récompenser ceux qui avaient conduit Djotodia au pouvoir.

Comme si cet exemple ne suffisait pas, le Ministère des Transports a emboîté le pas à l’ex-coalition Séléka. Par décret n°13.386 du 28 septembre 2013, des directeurs régionaux et des chefs de services préfectoraux des Transports ont été affectés dans les provinces. Ne sachant donc pas comment regagner leur poste et comment se rendre utile pour leur pays, tous ces responsables ont choisi tout simplement de rester à Bangui. En vue de se faire délivrer des attestations de prises de service, la plupart de ces cadres ont fait des commissions aux autorités locales, si elles existent, ou des arrangements s’opérent sur-place à Bangui.

Par ailleurs, la plupart des personnes nommées dans ces conditions sont hors statut, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas reconnus par le Ministère de la Fonction publique comme étant des fonctionnaires ou agents de l’Etat. Il semblerait aussi que parmi ces gens, d’autres perçoivent doublement le salaire. Le premier salaire est celui versé par le Trésor public centrafricain, le second est celui pris en charge par l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC). Dès lors que les autorités de la transition ne veillent pas sur ces salaires indûment perçus, c’est le trésor centrafricain qui en pâtit.

Source africaweekly.com

 

 

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