Centrafrique : La République vit-elle en ce moment les conséquences de l’irresponsabilité politique ?

Par Yvonne Kpemsèrè

C'est une question qu'il faut avoir le courage de se la poser. Non pas pour gêner qui que ce soit mais pour attirer l'attention de nos dirigeants sur les conséquences des choix politiques qui sont actuellement faits et qui peuvent – si on n'y prend garde, ouvrir la brèche à une aventure à plusieurs inconnues.

D'autant plus qu'à l'allure où vont les choses, le régime du tout nouveau locataire du Palais de la Renaissance risque de foncer droit dans le mur. Et ce n'est un secret de polichinelle quand on sait que même dans l'entourage présidentiel, on commence sérieusement à se poser mille et une question sur la stratégie de Faustin Archange Touadera qui pense qu'il peut résoudre la crise sécuritaire que par le dialogue.

Dès l'entame de son mandat, il avait cru bon ouvrir des discussions avec les groupes rebelles dans le cadre du processus de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) des ex-combattants.  Le président de la République avait alors invité les groupes armés à déposer les armes comme s'ils étaient des enfants de cœur.

On le sait et personne ne pourra le contredire, la République Centrafricaine n'a pas inventé la rébellion. Les groupes rebelles qui sévissent en ce moment dans notre pays ont toujours existé et leurs activités nuisibles se sont accentuées quand l'actuel chef suprême des armées a décidé de réveiller le lion qui dormait en eux tant ils n'attendaient que le DDRR.

Qu'à fait Faustin Archange Touadera du cabinet mis en place sur le DDRR par le Chef de l’État de la transition, Catherine Samba-Panza ? Doit-on ainsi comprendre que pour le nouveau régime, tout ce qui a été fait avant dans le cadre du DDRR n'a aucune importance ?

Les experts en stratégie militaire firont volontiers que face aux groupes armés, il n'y a visiblement que 2 options : les écraser où trouver avec eux, un compromis. Si en l'état actuel des choses, les FACA ne sont pas en mesure d’assurer leur mission de défense de l'intégrité du territoire en raison de ce fameux embargo de l'ONU, le régime Touadera a, naturellement préféré la seconde option.

Question : Comment peut-on demander aux groupes rebelles qui ont pris les armes pour revendiquer le ciel et la terre de déposer les armes quand on est en position de faiblesse ?
Dans cette posture qui est la leur, les responsables des groupes armés, sachant que le régime Touadera est ce qu'il est, ils ne vont pas si facilement déposer les armes qui restent pour eux, le seul moyen pouvant leur permettre de plier l'actuel locataire du Palais de la Renaissance.

C'est donc une première erreur de vision pour Faustin Archange Touadera, plus plongé dans un triomphalisme ambiant suite à son accession à la magistrature suprême de l’État et qui fait face en ce moment aux dures réalités du pouvoir. Les mauvaises langues diront que l'homme n'est pas du tout préparé à assumer une telle responsabilité. Les analystes politiques pourront bien en débattre.

Bref, le laxisme aidant, les déclarations de bonne volonté se multipliaient mais sans actions concrètes. Dès lors, la patience ayant ses limites, de l'autre côté, c'est-à-dire du côté des groupes rebelles, on monte les enchères en se mettant en ordre de bataille.  La prise en otage de 6 policiers dans la Capitale pourtant siège de la Présidence de la République et du gouvernement n'était qu'un avertissement banal dont nos autorités n'ont pas su en tirer les enseignements.

A cela, il faut ajouter la démonstration de force de la bande d'ex-seleka avec à leurs têtes Abdoulaye Hissène dans la nuit du 12 au 13 août. Ce qui permet si besoin en était qu'il y a manque de vision pour ne pas dire d'une certaine  capacité d'anticipation sur des éentualités comme on le connaît aujourd'hui avec cette nouvelle saga des ex-Seleka.

Et dire que le Président de la République les a reçus au Palais de la Renaissance quelques jours avant qu'ils ne montrent leur vrai visage. Si une trentaine de personnes peuvent défier des forces de l'ordre et quitter la Capitale avec seulement 7 véhicules armés, cela en dit long n'est-ce pas ?

Cela permet aussi de comprendre qui a réellement le leadership en matière de sécurisation du pays. S'il y avait leadership et un sens élevé de responsabilité, on aurait pu faire comme le grand voisin qu'est la République Démocratique du Congo.

 

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