Centrafrique : la SODIAM prise en flagrant délit d’exportation illégale du diamant

Kangbi-ndara.com / Un important lot de diamants bruts avec un poids avoisinant les 152 kg et une somme d’environs 40 millions de Fcfa cash ont été saisis ce 1er novembre 2014 par les éléments de la brigade minière installée à l’Aéroport Bangui M’Poko.

gros diamants99 jours pour le voleur, un jour pour le propriétaire, dit l’adage. Depuis combien de temps cette pratique mafieuse a été mise en œuvre ? A l’index, la SODIAM, l’un des plus anciens bureaux d’achats de diamants installés en Centrafrique. Les responsables de cette société qui se croyaient plus malins, ont finalement été pris en flagrant délit. Les juristes diront certainement qu’il s’agit là d’une flagrance irréfutable avec des preuves toutes aussi irréfutables. Bref, le pot aux roses vient finalement d’être découvert et elle fait suite au retentissant feuilleton de détournement d’une partie du don angolais par des personnes peu scrupuleuses à qui nous avions malheureusement, confié notre destinée. Scandale sur scandale, en voici un qui vient alimenter, une fois de plus, le débat s’il en est.

Nous sommes le 1er novembre 2014 et rien ne laissait présager une aussi grosse prise. Dans ses contrôles de routine, la brigade minière de l’Aéroport international Bangui M’Poko, allait mettre la main sur un gros paquet et une importante somme d’argent. Le principe voudrait que la SODIAM fasse certifier son diamant par le BECDOR, un bureau d’étude et contrôle mis en place par l’Etat centrafricain pour certifier les diamants à l’exportation. Le BECDOR, a aussi cet avantage de tailler le diamant à la demande des bureaux d’achats contre paiement d’une taxe ou à contrario, si le client ne veut pas tailler son diamant en Centrafrique, c’est toujours au BECDOR d’émettre aux entreprises œuvrant dans le secteur des diamants et or, les certificats de processus de Kimberley leur permettant d’exporter sans problèmes son diamant.

Or, il se trouve que la SODIAM, cette entreprise sulfureuse, pourrait-on dire, a passé outre les règles établies et a voulu exporter sans s’acquitter des taxes que requièrent son activité. Les diamants ont été bien emballés et enfouies dans des valises comme de simples effets afin de tromper la vigilance de la Brigade minière installée au sein de l’Aéroport International Bangui M’Poko. En plus de cela, une somme de 40 millions de Fcfa cash a été retrouvé dans les effets des responsables de la société SODIAM qui voulaient en faire quoi on ne sait. En tout, un lot de 152 kg diamants et une somme de 40 millions de francs CFA  saisis, sont remis à la commission de saisi du ministère des Mines. Une action à encourager même s’il faut reconnaître qu’au sein du Département des Mines, il y a des personnes à la moralité douteuse qui ont voulu faire taire cette affaire afin de lever tranquillement et dans la douceur – des mains des responsables grincheux de la SODIAM, leurs pots de vin.

Et quand on sait qu’il est interdit – du moins – au courant de cette transition et même au niveau international de voyager avec autant de billets de banque, histoire d’avoir une traçabilité dans les mouvements de fonds des entreprises et autres personnalités politico-économiques, cette saisie interpelle à plus d’un titre. Tant et si bien qu’il est clairement établi que la lutte acharnée contre le blanchiment des capitaux et le financement de terrorisme, est une question mondiale qui interpelle tous ceux qui œuvrent dans le secteur financier. A plus d’un titre, une bonne partie du territoire centrafricain échappe au contrôle du gouvernement central avec comme effet induit, l’exploitation et l’exportation du diamant par les milices rebelles que les forces de l’ONU – la MINUSCA, n’arrive pas à déloger malgré les Résolutions du Conseil de Sécurité. Questions : La SODIAM est-elle une entreprise citoyenne ? Non, à notre humble avis, elle ne l’est pas et cela témoigne à suffisance qu’elle ne l’a jamais été car si elle l’était, elle aurait pu aider l’Etat centrafricain qui tire le diable par la queue à faire face à certaines de ses obligations de souveraineté. La SODIAM est-elle de connivence avec les milices rebelles qui contrôlent les sites d’exploitation du diamant et or de l’Ouest centrafricain ? Oui, sans aucun doute car  cela se sait que malgré la suspension de la RCA du processus de Kimberley avec en toile de fonds, l’interdiction pour le pays de vendre ses pierres précieuses, le diamant centrafricain – via des circuits (Cameroun, Tchad, Soudan, Nigéria…) arrivent quand même sur le marché mondial. Ce n’est pas un hasard si la SODIAM concentre l’essentiel de ses activités vers l’Ouest centrafricain.

Et donc, fort de ces deux questionnements et des réponses qui s’en suivent, il est clair de conclure que la crise centrafricaine, malgré le nombre de morts et destructions qu’elle continue d’occasionner, profite à des sulfureux et autres grincheux qui n’ont que faire de la souffrance du peuple. Leur credo, profiter de la crise pour s’enrichir au détriment de l’Etat centrafricain dont les fondements même sont aujourd’hui discutables.

Chantal Kpemsèrè

 

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