Interview exclusive: le « plan Marshal » d’Eddy Symphorien Kparekouti

Kangbi-ndara.net / Redonner une nouvelle vision à la République centrafricaine par la reconstruction du centrafricain et de son environnement est le combat politique qu’entend mener Eddy Symphorien Kparekouti, président du Parti de l’Unité et de la Reconstruction(PUR). Dans cet entretien, le président du PUR aborde également les questions de la jeunesse et des forces armées centrafricaines.

Monsieur, présentez-vous pour nos lecteurs !

DSC01178Je suis Eddy Symphorien Kparekouti, Ingénieur en Génie Civil et présentement fondateur du PUR.

 Pourriez-vous nous parler du plan de reconstruction de la RCA que vous concevez à travers votre parti ?

Le plan de reconstruction de la RCA que je  conçois  à travers mon parti, le PUR est un véritable plan Marshall dont les principaux fondements sont présentés dans mon programme qui est en même temps un nouveau programme de société pour mon pays. Il s’agira surtout de redonner une nouvelle vision : à l’unité du pays, socle d’un développement durable ; à la démocratie, régime politique dans lequel le peuple exercera désormais sa souveraineté lui-même sans l’intermédiaire d’un organe représentatif ou par représentant interposés ; à la justice, qui exigera dans tous les domaines, le respect du droit et de l’équité ; à nos forces armées et de défenses, désormais chargées d’une tâche de protection, de défense ou d’attaque ; à nos activités économiques, notamment dans les domaines de l’agriculture, des transports, des ressources énergétiques et minières ainsi que du commerce où nous allons désormais développer un nouvel entreprenariat orienté vers des capitaux privés multiformes ; à notre jeunesse qui est l’avenir de notre pays, nous développerons de multiples projets-pilotes pour promouvoir des activités génératrices de revenus importants afin de résoudre les problèmes de chômage et de désœuvrement des jeunes. Leurs formations ne seront plus orientées massivement vers la fonction publique, comme c’est le cas aujourd’hui, mais vers l’auto-emploi. Bref, notre plan de reconstruction est très ambitieux, et nous disposerons de tous les moyens financiers, matériels et humains pour sa réalisation.

 L’indice de développement humain atteste que la RCA est un pays très pauvre. Mais vous semblez soutenir le contraire. Comment justifiez-vous votre affirmation ?

Non, la RCA n’est nullement pauvre : comme je l’ai déjà affirmé dans ma récente conférence de presse, notre pauvreté est d’abord mentale. Et c’est là qu’il faut faire un travail de désenclavement profond. Il faut inculquer dans l’esprit du centrafricain qu’il n’est pas pauvre, qu’il suffit tout simplement d’activer le 3ème mot de notre devise : le travail, pour mettre en valeur l’immensité de nos innombrables ressources, de la forêt, de l’agriculture, du sous-sol, du sol que la nature nous a gracieusement offertes. Il suffit enfin de développer l’esprit d’entreprenariat pour que nous fassions de notre pays, un pays émergent.

La jeunesse centrafricaine représente environ 80% de la population de notre pays. Son principal problème, c’est l’absence d’une éducation de qualité adoubée d’une précarité de l’emploi. Pourquoi ne pas créer des entreprises pour résorber le chômage des jeunes que de créer un parti politique ?

Il ne suffit pas de créer des entreprises ; dynamiques soient-elles, pour résorber le chômage des jeunes, comme vous le pensez. Ce pays, pendant et après l’indépendance, a vu croître de nombreuses entreprises de pointe. Toutes ont disparu, faute d’une bonne gouvernance et d’un climat politique propice. Notre pays a besoin de créer un climat de sécurité et de confiance, facteur d’un développement durable. Et le PUR a les clés de ce climat. Une fois la paix, la sécurité, la confiance et les investissements revenus, nous pouvons drainer d’importants investissements, facteurs de création de nombreuses entreprises créatrices d’emplois pour nos jeunes. Nous nous battons justement pour cela.

 Pourquoi considérez-vous que la réhabilitation de nos forces de défenses et de sécurité n’est pas négociable ?

La souveraineté d’un Etat ne se décrète pas. Elle dépend de la défense de son territoire terrestre, aérien et maritime ; sinon fluvial. Et ce rôle revient de droit à son armée qui doit être puissante, efficace et dissuasive. Notre armée n’a plus ces qualités, car elle a été longtemps tribalisée, sectorisée, meurtrie et désœuvrée. On doit impérativement et sans condition lui redonner la place qu’elle a perdue. Ainsi la réhabilitation ne doit plus être négociée. Son réarmement et son rééquipement doivent être inscrits dans le plan d’urgence du gouvernement de transition, car c’est le gage d’un retour durable de la paix.  De facto, sa représentativité au plan national est vivement recommandée par notre parti.

 Peut-on aujourd’hui parler de souveraineté de la RCA quand l’Etat centrafricain n’arrive pas à contrôler l’étendue de son territoire ?

Je pense qu’il faudrait nuancer vos propos : La souveraineté de la RCA, même menacée ou perturbée par les différentes crises militaro-politiques que nous connaissons depuis quelques années, demeure toujours. Son territoire demeure même si elle est menacée de partition. Ses institutions régaliennes survivent encore, son armée n’a pas disparu, même si elle est fissurée, son emblème et son hymne national restent protégés. Ce qui reste à mettre en œuvre, c’est la protection durable de cette souveraineté, et c’est le travail de nos forces de défense et de sécurité que le gouvernement de transition doit renforcer, soutenir et améliorer.

Quand vous parlez de moyens incitatifs à mettre à la disposition des personnes déplacées internes aux fins de leur retour dans leurs foyers respectifs, vous pensez à quoi ?

Les moyens incitatifs que le gouvernement doit mettre à la disposition des personnes déplacées internes aux fins d’un retour dans leurs foyers respectifs doivent porter naturellement sur : quelques matériaux de construction comme : les tôles ondulées ; les briques adobe, les terrains de relogement dans le cadre des procédures de réinstallation involontaire (votées par l’Assemblée National en 1996) ; des aides financières pour les démunis et les populations véritablement vulnérables, dont les sorts peuvent être évalués au cas par cas. Des projets-pilotes de constructions à grande échelle, financés par des ONG et L’Etat, et destinés aux faibles revenus etc.

 Quelle est l’image que l’ingénieur en génie civil que vous êtes se fait des infrastructures publiques de son pays ?

L’image que l’ingénieur en génie civil que je suis se fait des infrastructures publiques de son pays  est une image mitigée. D’abord, il faut reconnaitre que le centrafricain, depuis le coup d’Etat de DACKO 2, a adopté ab irato, la culture de destruction des infrastructures publiques, qu’on ne retrouve dans aucun pays d’Afrique subsaharienne. C’est ainsi que rares sont les infrastructures publiques qui ont souvent résisté aux multiples soubresauts militaro-politiques. Ensuite, une fois construites et remises aux usagers, ces infrastructures ne bénéficient d’aucune mesure de suivi et d’entretien. Tous ces comportements de vandalisme et de destruction augurent certainement de la pauvreté mentale contre laquelle le PUR s’engage à lutter efficacement. L’Etat a certainement une part de responsabilité dans le délabrement de nos infrastructures publiques :  le manque d’entretien, l’absence de réhabilitation ; le détournement des fonds, la complaisance dans les marchés publics et les tricheries dans l’exécution des travaux sont autant de facteurs qui ternissent souvent l’image de l’Etat.

 Et si possibilité-vous est donnée pour changer quelque chose en Centrafrique, ce serait laquelle ?

Si le PUR à l’opportunité pour changer quelque chose en Centrafrique, beaucoup de choses changeraient radicalement dans ce pays : nous lutterons d’abord contre la pauvreté mentale, facteur de blocage de l’évolution de notre société ; ensuite, nous drainerons notre lutte contre la précarité de l’emploi, par des formations adaptées au contexte socio-économique du pays ; enfin, nous prônerons l’autopromotion dans tous les secteurs d’activités générateurs de ressources dynamiques.

 

Fleury Koursany pour Kangbi-ndara.net

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