Centrafrique : les Antibalaka tournent la page de leur histoire

Kangbi-ndara.com / La milice Antibalaka, groupe d’auto-défense hétéroclite qui s’est révoltée en décembre 2012 contre les anciens rebelles de la Seleka alors au pouvoir, s’est érigée samedi en parti politique.

ngaissonaLe Parti Centrafricain pour l’Unité et le Développement (PCUD), est la nouvelle dénomination de l’ancien mouvement dit des patriotes Antibalaka. La déclaration officielle de ce parti politique a été faite par Patrice Edouard Ngaïssona, coordonnateur national de ce mouvement, au cours d’une assemblée générale constitutive à Bangui. « Je vous annonce solennellement au nom des patriotes Antibalaka et en mon nom propre, qu’à compter de ce jour, le mouvement des patriotes Antibalaka prend l’étiquette d’un parti politique : Parti centrafricain pour l’unité et le développement (PCUD) », déclare Patrice Edouard Ngaïssona.

La milice armée Antibalaka a solennellement décidé de tourner la page de l’histoire. Selon le coordonateur général du mouvement, Patrice Edouard Ngaïssona, l’initiative marque la volonté des miliciens Antibalaka à œuvrer au retour de la paix et de la stabilité en Centrafrique, longtemps meurtri par des violences inter communautaires. « Je puis vous assurer que les combattants sont décidés à tourner la page sombre de l’histoire que nous avons tous vécus dans ce pays. Désormais, nous nous engageons à regarder droit devant nous en homme responsable et soucieux d’un développement meilleur pour la RCA et son peuple », rassure Ngaïssona.

Les Antibalaka qui décident d’abandonner la lutte armée, promettent par la même occasion de traquer les auteurs des braquages et autres exactions commises en leur nom. « Aucun Antibalaka ne doit utiliser ses armes. Quels que soient les motifs, les armes doivent être rangées définitivement. Si par ailleurs, un certain mauvais grain infiltré dans notre groupe venait enfreindre à ses règles, à compter de ce jour, eh bien, il répondra de ses actes devant la loi », a-t-il martelé.

Le Parti centrafricain pour l’unité et le développement annonce toute fois maintenir ses revendications résumées essentiellement en quatre points : la libération de ses membres détenus à la prison centrale de Bangui, la cessation de diabolisation des Antibalaka par les autorités de la transition, la reconduction des salaires coupés aux miliciens régulièrement intégrés dans le rang des Forces armées centrafricaines (FACA), enfin l’arrêt de l’inimitié entre les éléments FACA-Antibalaka et leurs frères d’armes civils impliqués dans le mouvement.

Le PCUD a demandé pardon à tous les Centrafricains qui ont été victimes directes ou indirectes des exactions commises par ses miliciens.

Composés de villageois, de militaires et de jeunes désœuvrés, les anti-balaka sont bien davantage une mouvance qu'un groupe uni. Sur le terrain les commandants sont livrés à eux-mêmes et se transforment souvent en rançonneurs de la population.

Depuis leur avènement sur le terrain, les miliciens Anti-Balaka ont complètement changé le visage du conflit centrafricain. S’étant donné pour mission initiale de lutter contre les ex-rebelles Séléka, à majorité musulmans, ils ont rapidement étendu leurs attaques à l’ensemble de la communauté musulmane du pays.

Généralement très jeunes, la machette en bandoulière,  ils multiplient des barrières illégales et font du racket sur presque tous ceux qui veulent franchir leurs barrages tant dans les quartiers de la capitale que sur les routes des provinces.

Les miliciens se proclament libérateurs de la Centrafrique et dénoncent l’attitude des forces internationales (Misca et Sangaris) qui les considèrent comme l’ennemi à abattre.

Le 05 octobre dernier, ces miliciens ont lancé un ultimatum de 48 à la Présidente de transition en Centrafrique Catherine Samba-Panza pour démissionner de son poste, l'accusant notamment de faire perdurer la transition et d’avoir détourné des fonds accordés par l'Angola à la République Centrafricaine.

Tim Barès

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