Centrafrique pays dangereux pour journalistes

Johnny Yannick NALIMO / L’avalanche des violences déclenchées en décembre 2012 par la Séléka fait aujourd’hui de la République Centrafricaine un pays difficile pour l’exercice des médias. Les journalistes sont perçus comme des sujets gênants et pris pour cibles. En moins de quatre mois trois journalistes  ont été assassinés notamment Désiré Padou Sayenga, René Padou (tous deux centrafricains) et Camille Lepage (française).

Ce début 2014, Reporters sans frontières (RSF) classe la République Centrafricaine au 109e  au lieu de 65e  rang dans le passé. Récemment, deux éditorialistes centrafricains notamment Stéphane Akibata du journal Le Peuple et Régis Zouiri du quotidien Le Palmarès ont été arrêté et traduits en justice pour outrage au Chef de l’Etat avant d’être relâchés suite aux pressions dues au grand bruit des médias locaux et internationaux sur cette affaire. Plusieurs journalistes centrafricains ont été soumis à des persécutions exagérées et menacés de mort par certaines personnes sans foi ni loi en 2013 tandis que d’autres ont du quitté le pays pour leur sécurité. Le Bureau intégré des  nations unies en Centrafrique (BINUCA) et les Reporters sans frontières ont plusieurs fois en fin 2013 été alertés pour harcèlements ou menaces proférées à l’endroit  des journalistes.

L’un des principaux inconvénients du métier du journaliste c’est le temps. Les journalistes n’ont souvent pas le temps nécessaire pour enquêter, vérifier une information comme il se doit, de finir dans le temps un papier ou de soigner un titre par ce qu’un sujet fait mourir un autre. Ce problème explique en partie les imperfections que présentent certaines productions de l’information médiatique

Inconnaissance

L’obscurantisme exprimé à l’égard du travail qu’accomplissent les journalistes en Centrafrique est l’un des plus grands dangers des femmes et hommes voués à rendre compte des faits marquants le quotidien social, culturel, politique et économique de la Centrafrique au péril de leur vie. En Centrafrique, les journalistes sont sujets à des préconceptions négatives les classant dans les loges des « espions » et « dangereux affabulateurs ». Cette conception désavantageuse impacte parfois sur certaines productions journalistiques. Les a priori qui gravitent tout autour du métier des journalistes sont des faits connus de tous. Des présomptions qui expliquent en partie le comportement hostile de certains individus à la vue d’un journaliste dans  ses parages. La présence de Camille Lepage serait mal appréciée par ceux qui l’avaient abattu.

Si à l’issu des enquêtes il ressort que l’assassinat de Camille Lepage était prémédité ? La justice locale saura-t-elle élucider les motifs, afin d’arrêter et juger les auteurs, des actes agressifs ayant couté la vie aux confrères Désiré Sayenga et René Padou ? Pourquoi Ferdinand Samba, du journal Le Démocrate, est-il toujours en cavale ?

L’histoire est loin d’oublier la date du  9 octobre 2013, date de laquelle Noureddine Adam, n°2 de l’ex Séléka a soumis Ulrich Landry Ngopkele, directeur du Quotidien de Bangui a de brutales interrogatoires avant de le déporter vers un lieu inconnu où il a été détenu plusieurs heures en cellule pour n’être relâcher qu’à des heures tardives. Avait-il mal agit en dévoilant dans un article l’existence du Comité extraordinaire de la défense des acquis démocratiques (CEDAD) qui en réalité était un centre secret de détentions et de tortures sous la responsabilité de Noureddine Adam ?  En 2013, la majorité des rédactions de plusieurs organes de la presse écrite locale et de la Radio Ndeke Luka ont vu piller et vandaliser leurs matériels de travail par la Séléka encore au pouvoir. Cette même année, le Groupe des éditeurs de la presse privée (GEPIC) et l’Union des journalistes de Centrafrique (UJCA) sont, plusieurs fois  montées au créneau pour dénoncer les menaces de mort proférées à l’endroit de plusieurs journalistes notamment : Davy Kpenouwen, directeur de publication du quotidien Le pays, Julien Bella directeur de publication du quotidien Centrafric Matin, Maka Gbossokotto directeur du quotidien Le Citoyen.  Jean Lui Gondamoyen, journaliste free-lance et ex rédacteur en chef du quotidien Médias Plus, Johnny Vianney Bissakounou ex animateur à Radio Ndeke Luka et bien d’autres journalistes locaux engagés par des médias occidentaux comme fixeurs ou guides interprète.

Connaitre et protéger

Les acquis humains et intellectuels du peuple centrafricain doivent lui permettre de réaliser que la présence des journalistes est indispensable dans tous pays et de surcroit dans un pays en conflit tel la République Centrafricaine. Les journalistes locaux et étrangers risquent leur vie pour rendre compte des réalités du terrain conflictuel qu’est la Centrafrique, de la conduite des autorités locales, de la conduite des forces étrangères de maintien de la paix, de la conduite des acteurs humanitaires intervenants dans le pays, du comportement des belligérants, du nombre des victimes de la crise, des dommages causés sur des civils et militaires ainsi  de l’impacte de la crise sur le plan politique, économique, culturel et social. Le métier des journalistes scandalise également le vécu d’un individu objet d’un article traité hors l’éthique et la déontologie des médias.

Pour faire face au problème des violences à l’endroit des journalistes en République Centrafricaine, une vaste compagne de sensibilisation sur l’importance du travail des journalistes et de la non agressivité à l’encontre des en cette période de crise est plus que nécessaire. Les journalistes ne doivent plus être considérés comme des sujets gênants et pris pour cibles pour tous les risques qu’ils prennent afin de ranger dans la bibliothèque de l’histoire les faits produits à un lieu donné. Le mécanisme de renforcement de la protection des journalistes doit être renforcé et par les autorités centrafricaines et par les médias employeurs des journalistes sur le terrain.

Les journalistes locaux et free-lance (indépendant) sont les plus vulnérables.

 

 

 

 


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