Centrafrique : portrait de M. Babacar Gaye

Par Ergy Rodrigue MALIKPO

De la Résolution 2121 (2013) à la Résolution 2149 (2014) en passant par les Résolutions 2127 (2013) et 2134 (2014), le Conseil de Sécurité des Nations Unies a su évaluer l’ampleur de la grave crise sécuritaire que traverse la Centrafrique et décider, malgré des contraintes budgétaires importantes, de déployer une opération de maintien de la paix dans ce pays ravagé par la prédation de ses dirigeants et des milices qui achèvent un processus de désagrégation de l’Etat.

Babacar GayeCette prestigieuse et ultime mission internationale dont l’annonce médiatique fut saluée par tout un peuple à l’agonie, confiée au sénégalais Babacar Gaye, Représentant spécial du Secrétaire Général pour la République centrafricaine et chef de la MINUSCA, consiste entre autres tâches prioritaires en les rôles suivants (cf. S/RES/2149 (2014)):

  • Protection des civils
  • Appui à la mise en œuvre de la transition, y compris action en faveur de 1′extension de l’autorité de l’Etat et du maintien de 1′intégrité territoriale
  • Désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement

Le développement des récents événements qui dénotent d’une dégradation brutale de la situation sécuritaire à Bangui et dans l’arrière pays, n’empêche personne de poser les questions suivantes :

  • Quel est le profil du patron de la MINUSCA, M. Babacar GAYE ?
  • Quelle lecture fait-il de l’article 30 de la Résolution 2149 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ?

Général de corps d’armée, Babacar Gaye, né le 31 janvier 1951 à Saint Louis au Sénégal, ressortissant de l’Ecole spéciale militaire de Saint Cyr, a eu un parcours atypique. Il a occupé les fonctions de Chef d’Etat-major général des armées de la République du Sénégal, Ambassadeur à Berlin et Commandant de la force de la Monuc.

Sa longue carrière militaire d’environ 30 ans au service de l’armée sénégalaise fut brusquement interrompue en janvier 2004 lorsque le Président Abdoulaye WADE, un juriste peu épris de justice, de démocratie et d’alternance, l’avait promu Ambassadeur du Sénégal en République Fédéral d’Allemagne.

Pour qui suivait en filagramme l’actualité en terre de la Terranga, on comprendrait facilement les motivations de Gorgui (Le vieux en Wolof). Le despote Me Abdoulaye WADE voulait tirer d’affaire le très controversé général, impliqué dans le naufrage du Joola, survenu en septembre 2002 aux larges des côtes gambiennes, à environ 170 km de Dakar et qui a causé la mort d’environ 2000 hommes, femmes et enfants.

A ce sujet, le juge français Jean Wilfried Noël a même délivré en 2008 neuf mandats d’arrêts internationaux contre de hauts dignitaires sénégalais dont l’actuel Représentant Spécial du Secrétaire Général pour la République Centrafricaine et chef de la MINUSCA, M. Babacar Gaye. Ce dernier était le Chef d’Etat Major à l’époque des faits qui avaient plongé le Sénégal tout entier dans l’émoi et dont les sinistres statistiques, dépassant de loin ceux du titanique, marqueront durablement l’histoire du transport naval. Le Représentant Spécial est donc une personnalité hantée par la mémoire des victimes de la catastrophe du ferry.

Il est à rappeler que l’enquête concernant le naufrage du Joola, menée par le Colonel Abdoulaye Aziz Ndaw, avait dans son viseur l’ancien (Cemga), Babacar Gaye, aujourd’hui élevé aux rangs de Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations unies en République Centrafricaine. Ce dossier était presque fini lorsque subitement tout a été bloqué à la surprise générale. Le Colonel Ndaw, en charge cette tâche courageuse, a même exprimé dans L’Observateur du 16 juillet 2014 sa grande surprise concernant la disparition étonnante des ordinateurs contenant des fichiers compromettants de l’enquête.

L’article 101, alinéa 3, de la charte des nations unies, stipule que la considération dominante dans le recrutement et la fixation des conditions d’emploi du personnel doit être la nécessité d’assurer à l’organisation les services de personnes possédant les plus hautes qualités de travail, de compétences et d’intégrité. Sera dûment pris en considération l’importance d’un recrutement effectué sur une base géographique aussi large que possible.

Alors, comment un individu avec un si lourd passif moral peut il successivement être promu jusqu’aux fonctions de Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies ?

Sur quel critère sieur Babacar Gaye est il désigné pour occuper des fonctions si importantes qui engage la sécurité de tout un peuple ?

Il est important de souligner que c’est pendant son commandement que la Monuc a subi des critiques les plus négatives pour n’avoir pas réagi aux massacres des civils par des factions armées. Son départ a favorisé un redéploiement des forces onusiennes, conduisant à de nouvelles stratégies, qui ont permis de réduire efficacement l’influence des groupes armés en RDC.

A vrai dire la nomination de M. Babacar Gaye comme Chef du Binuca puis celui de la Minusca n’a pas obéi à l’article 101, alinéa 3, de la charte des nations unies. Cela ne serait il pas un pur lobbying de ses amis ?

Durant nos investigations nous avons pu constater une probable implication d’un de ses amis dans le processus de sa nomination. Ce dernier qui serait à la fin de sa mission aux Nations Unies à New-York ne cessait de présenter celui qui paraissait en RDC plus businessman qu’un diplomate comme le Messie des Centrafricains.

S’il est encore tôt de procéder à une évaluation préliminaire de l’opération de maintien de la paix en Centrafrique, le portrait ainsi dépeint du Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef de laMinusca, résumé dans le tableau synoptique ci après, peut il augurer des résultats conformes aux attentes du Conseil de Sécurité exprimée par la Résolution 2149 ?

tableau_recap_babacar_gueye

Dossier à suivre.

N.B : A paraître très prochainement : Portrait de M. Martin Chomu TUMENTA, Comforce de la Minusca.

Ergy Rodrigue MALIKPO

Analyste politique indépendant

Bangui, République Centrafricaine

E-mail : ergy.malikpo@gmail.com

Publié par Les Plumes de RCA

 

Comments

comments




Laisser un commentaire