Charles Armel Doubane : « il y aura des décisions importantes sur l’avenir immédiat de cette transition… »

Kangbi-ndara.com / Il n’a pas été agréablement surpris par l’organisation et par le contenu du récent forum national, qui n’a pas fait l’unanimité en Centrafrique et dans la diaspora centrafricaine. Dans sa peau de diplomate, Charles Armel Doubane, ancien représentant du Centrafrique auprès de l’ONU, ne cache pas sa déception sur ce rendez-vous national, qui loin de penser les plaies n’a « créé que de sérieuses frustrations et laissé une amertume chez nombre de participants ». Dans cet entretien exclusif, le candidat à la présidentielle future aborde différentes questions liées à l’actualité centrafricaine dont l’épineuse question de viols de mineurs causés par « des délinquants » de l’armée française.

Monsieur Charles Armel Doubane vous aviez pris part au dialogue inter centrafricain du 04 au 11 mai 2015. Etiez-vous agréablement surpris par son organisation et par son contenu ?

DoubaneMr Nalimo bonjour, agréablement surpris ? Donc selon vous cela a été un parfait succès ? Recadrons simplement les choses. Ce forum figurait d’abord au rang des priorités  sur le chronogramme de la Transition et du gouvernement Kamoun ensuite. Au sortir de la conférence de Brazzaville de juillet 2014, il était convenu de l’organiser au mois de septembre de la même année. De report en report, avec les péripéties traversées par cette initiative, ledit forum a pu se tenir in fine du 04 au 11 juillet 2015 (après le dernier report d’une semaine ndlr). Si vous le prenez comme certaines personnes le pensent pour un point marqué sur l’agenda avec tableau appelé chronogramme, sous la mention « activité », on cochera « réalisée ». Quant au contenu et à l’organisation strictement parlés, disons que c’est discutable.

De l’avis de certains participants, ce forum est un échec, êtes-vous du même avis ?

Le forum s’est tenu et chacun a son opinion sur cet évènement. Il a rassemblé la grande partie des représentants de notre nation et ou de notre société dans sa diversité. Des victimes et certains bourreaux y ont pris part. Les provinces et la diaspora ont été représentées. Une partie des belligérants y était également  et a signé un document. Pour le décor c’est une bonne chose. Chaque fois que des centrafricaines et des centrafricains en dépit de leurs divergences s’asseyent pour parler des voies de sortie de crise afin d’épargner des souffrances à nos compatriotes et à notre pays, je ne puis qu’encourager de pareille démarche. Cependant le verrouillage du processus de ce forum par les autorités de la Transition, par une partie des accompagnateurs de ladite transition, voire du bureau du présidium a créé de sérieuses frustrations et a laissé une amertume chez nombre de participants : temps de parole extrêmement limité (1 à 3minutes) tant en plénière qu’en commissions, choix souvent sélectif d’intervenants et cela a été spécialité du rapporteur, le consensus comme mode de décision n’a pas été bien compris encore moins respecté, laissant trop de flous quant à la valeur des décisions des organes chargés de leur application, de leur respect, et de mécanismes clairs de sanction en cas d’inapplication ou d’inobservation.

Quelle est votre impression en ce concerne la signature des accords de paix par les groupes armés ?

C’est un bon texte, une bonne disposition d’esprit constatée chez les belligérants, c’est une avancée vers la paix. Cependant, beaucoup de textes ont été signés dans la passé, à la suite de Saint Thomas, je serai satisfait comme mes compatriotes lorsque cet accord sera pleinement respecté et appliqué.

L’exclusion des anciens Chefs d’Etat François Bozizé et Michel Djotodia n’a-t-elle pas joué en défaveur de la thématique principale du forum à savoir « Vérité » et « Réconciliation » ?

Oui cela n’a pas permis d’aller au fond des choses. Mais déjà a-t-on laissé le choix à certains de leurs lieutenants de prendre part aux travaux ? Les victimes se sont-elles librement exprimées sans qu’on ne leur retire la parole comme cela a été constaté ?  Il est clair que lorsque l’on ne sait véritablement le pourquoi ou les causes profondes de ce qui s’est passé, la réconciliation va être certainement  très lente tout au moins laborieuse.

Etiez-vous pour ou contre l’exclusion de Bozizé et Djotodia ?

Sur cette question je reste constant. Les deux anciens chefs d’Etats sont en partie responsables de ce qui s’est passé et que vit encore notre patrie en partage. Leurs paroles et actes comptent pour le retour de la paix. En même temps, faut-il le rappeler, quand bien même bénéficiant de la présomption d’innocence ils sont sous le coup des procédures internationales. Ainsi il fallait trancher. Les faire venir au forum pour qu’ils aident au retour de la paix (voie politique). En même temps, éviter que le forum ne leur accorde une amnistie qui les blanchirait sans passer la case justice (voie judiciaire). Les deux leviers étaient et demeurent complémentaires voire compatibles. Et si l’on se réfère à ce qui avait été dit par les organisateurs et/ou une partie des payeurs, ce forum devait être le plus inclusif possible. Or la réalité a enseigné autre chose.

Pensez-vous que la tenue de ce forum pourrait séduire la communauté internationale à s’engager davantage en Centrafrique ?

Le 25 mai prochain à N’Djamena, la CEEAC  se réunira pour renouveler son bureau et discuter probablement de la crise centrafricaine. Le lendemain 26 mai à Bruxelles, se tiendra une table ronde des bailleurs de fonds de notre pays. Il y aura des décisions importantes sur l’avenir immédiat de cette transition qui va de prolongation en prolongation. Une certitude : le non confinement dans un délai clair et précis de la prolongation de la durée de la Transition et la non fixation d’une date précise des élections générales à venir, impactera sur le cours évènements à venir et les décisions qui seront prises. Donc prudence, Wait and see.

Abordons le sujet d’au moins 6 mineures abusées sexuellement par plus d’une douzaine de soldats français de la mission Sangaris à Bangui, évènement étouffé par la tenue du dialogue national. Quel peut-être l’impact diplomatique de cet acte grave ?

Je me suis clairement prononcé sur ce sujet à travers un communiqué de presse le 30 avril 2015dès l’éclatement du scandale. A ma connaissance je reste le seul à l’avoir fait sous ma propre signature. Quant aux conséquences diplomatiques cela dépendra de la manière dont ce dossier sera géré. Il faut bien faire la part des choses. Des délinquants, pour parler comme les militaires, des salopards ont mal agi. Il faut simplement les rechercher, les juger et respecter les conséquences juridiques qui en découlent. Il ne s’agit pas ici de faire le procès du contingent Sangaris, ou d’un Etat. Donc, pas d’amalgame.

Le ministre centrafricain de la justice s’est plaint du fait que la France mène seule les enquêtes sans y associer la Centrafrique. Aussi, la France a fait signer au régime de Djotodia en 2013 un texte qui renvoie exclusivement à la compétence de la justice française le cas des soldats français passibles de poursuites judiciaires pour des fautes commises durant leur mission en Centrafrique. Avec les précautions prises par la France, selon vous, quelle sera l’issue de cette affaire ?

Il ne m’appartient pas de parler de l’issue d’une affaire en cours. Quant au texte dont vous faites mention, la plupart des contingents se trouvant en  mission en territoire étranger s’arrangent généralement pour signer des accords avec des clauses qui protègent mieux leurs hommes, c’est classique. Je ne commente pas les propos du Ministre de la justice, cependant il appartient  aux Etats, lors de l’établissement des relations de bien négocier le contenu de chaque accord, convention, contrat etc. Ce, en fonction des intérêts réciproques des parties en présence.

M. Doubane vos ambitions politiques portent des fruits en Centrafrique et dans la diaspora centrafricaine, entre autres au Ghana où certains jeunes centrafricains ont récemment mené des actions en faveur de vos desseins politiques.  Est-ce pour les mêmes raisons liées au bref vide d’hommes politiques responsables, constaté aux premières heures de la crise, que vous vous êtes décidés comme beaucoup d’autres candidats de vous lancer dans la course à la chaise présidentielle en Centrafrique ?

Si les ambitions politiques de M. Doubane portent des fruits comme vous le dites  au Ghana et partout dans le monde c’est tant mieux. En responsabilité, avec mes limites, je me bats toujours pour servir au mieux nos compatriotes et notre pays. Et chacun le fait avec ses propres talents. Quant au vide dont vous parlez, il appartient à chacun de se faire une opinion et d’agir en conséquence.

Que diriez-vous à ceux qui voient en vous un excellent ministre qu’un Chef d’Etat ?

Si je suis déjà excellent ministre, j’en suis flatté car personnellement j’ai toujours été exigeant avec moi-même pour être techniquement compétent et intègre. Au regard des appels de nombreux compatriotes et amis, après avoir suffisamment observé le chaos installé dans notre pays,  qui tire ses racines dans plusieurs causes entre autres l’incompétence, le déficit de vision, l’absence d’organisation et de méthode, en un mot la mal gouvernance, je ne pouvais rester insensible face à cette sollicitation. Ainsi, ai-je décidé après de mûres réflexions de proposer un autre logiciel politique à nos compatriotes pour la renaissance de notre pays. J’en ai les capacités intellectuelles et les moyens. Mon caractère – à tort – de timide ou d’  « extrême « gentillesse » et d’humilité rassurez-vous cache souvent les qualités d’un homme courageux et prudent. En politique en Afrique j’ai trois  modèles dont je tais les noms, sous-estimés au départ,  ils ont prouvé par leurs résultats qu’ils ont été ou sont de grands hommes d’Etat. Donc, pas d’inquiétude,  M. Doubane peut devenir si ses compatriotes lui font confiance bon président de la République centrafricaine pour le plus grand bien de tous, le rayonnement et la dignité à reconquérir de ce Centrafrique cher à B. Boganda.

Pourquoi les centrafricains devraient voter pour vous aux prochaines élections ?

Les centrafricains voteront certainement et j’en suis convaincu pour M. Carles Armel Doubane lors de la prochaine élection présidentielle pour la simple raison qu’il leur présente un contrat et une vision politiques structurées reposant sur 4 piliers à savoir :

  • la Construction d’un Etat de droit qui protège tous ses enfants et les étrangers qui ont choisi d’y vivre.
  • Une Education adaptée à notre temps ainsi qu’une politique de formation qui permette à nos jeunes de s’insérer facilement dans la vie professionnelle. Une politique culturelle qui promeut notre pays et une politique de santé publique répondant aux besoins de nos compatriotes.
  • Une économie basée sur l’agriculture et l’élevage adaptés à notre temps afin de sortir de la culture rentière. Une politique minière et de grands travaux qui reconstruisent la RCA.
  • Une nouvelle place de la RCA à reconquérir dans notre sous-région, région et dans le concert des nations via une diplomatie de développement.

En clair, M. Doubane, ayant une parfaite connaissance de notre pays et des défis qui le ruinent, connaissant mieux comment fonctionne aujourd’hui notre monde, ainsi que les outils modernes de gouvernance usités, ayant la chance d’avoir une expérience qui correspond au profil recherché par ces temps de grande crise, le tout reposant sur de solides formations et acquis professionnels et universitaires, avec modestie est et demeure le meilleur instrument à utiliser par les centrafricains pour s’offrir un autre destin individuel et collectif et ramener enfin notre pays en partage en 2015 sur la bonne voie de la paix ; la réconciliation et le développement.

 

Propos recueillis par Johnny Yannick Nalimo

 

 

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