Concertations à Bangui : « la cheffe de l’État a organisé une duperie en occultant les sujets qui fâchent « ,Eddy Symphorien Kparekouti

NS : M. Eddy Symphorien KPAREKOUTI BONJOUR,

2015-10-17 23.35.23ESK : Bonjour

NS : Monsieur Eddy Symphorien Kparekouti vous êtes candidat à l’élection présidentielle, quelle analyse faites-vous de la situation actuelle de la République Centrafricaine que vous comptez diriger demain ?

ESK : Merci pour l'opportunité que vous m’offrez afin que le m’exprime sur la situation en République Centrafricaine, mon pays qui, je le rappelle est en crise depuis aujourd’hui trois années. Depuis le coup d’Etat de mars 2013 qui est le déclic de la crise, la situation du pays n’a pas évolué, ce qui est regrettable. Il est certes vrai qu’on a changé de président en janvier 2014 ainsi que plusieurs gouvernements mais, la recette ne semble pas encore être trouvée par ceux là de qui dépend la destinée de plus de quatre millions de Centrafricains.

Depuis le début, la mission des autorités de la transition est de trois ordres, selon les termes de la charte ainsi que de tous les documents qui ont posé les bases de cette période exceptionnelle. Il était question que la sécurité soit rétablie sur l’ensemble du territoire, que les conditions soient réunies pour faciliter le retour de ceux qui ont fui leur maisons et que les élections soient organisées afin que le pays retrouve l’ordre constitutionnel. Mais, l’analyse qui s’impose à la connaissance collective aujourd’hui, est que cette mission n’a pas été accomplie. C’est ce qui justifie, la persistance de la violence sur l’ensemble du territoire. Je tiens à rappeler que les autorités ne contrôlent difficilement que 10% du territoire. Aussi, l’organisation des élections pose problème. Vous et moi, comprenons que le navire n’avance pas dans le sens voulu par le peuple centrafricain qui, depuis le début jusqu’aujourd’hui, est la principale victime alors que les uns et  les autres profitent de cette souffrance pour se hisser.

L’essoufflement des autorités parait plus qu’évident car elles n’arrivent pas à poser les actes qu’il faut afin d’obtenir les résultats qui peuvent changer la réalité sur le terrain.

2-NS : Vous semblez être dur avec les autorités de la transition, mais que pensez vous de la concertation des forces vives de la Nation initiée par la cheffe de l’Etat, n’est pas une bonne réponse ?

ESK : Il ne s'agit pas pour moi d'être dur ou tendre avec les autorités de la transition. En ma qualité de leader politique, mon rôle est de recadrer le gouvernement quand les choses ne vont pas dans le bon sens. Quand les actes posés sont positifs, je  n’hésite pas toujours à le reconnaitre.  

Je voudrais rappeler que la concertation annoncée le 07 octobre, dans la foulée du regain de violence à Bangui, est une exigence déjà formulée  par plusieurs entités politiques dont ma formation, le PUR. Vu, l’échec du forum national de Bangui, le PUR avait en son temps appelé la cheffe de l'état à organiser de manière régulière des échanges, afin poser et résoudre les questions factuelles qui minent la transition. Notre appel n'a pas été suivi d'effets, la Présidente semble faire preuve d'une atonie, elle et ne réagit qu'aux seuls crépitements des armes. Si nous avions été entendus dès le départ, nous n'aurions pas à déplorer aujourd'hui la perte de nombreuses vies humaines.

Malgré tout, nous avons constaté qu’à la place de véritables concertations, la cheffe de l’État a organisé une duperie en occultant les sujets qui fâchent. Elle a écarté  ceux qui sont capables de lui dire la vérité au profit des opportunistes.
L’échec de la transition est la conséquence de ces systèmes anti-démocratiques de la cheffe de l'état.   

3-NS : Le président de l’ANE Dieudonné Kombo Yaya a démissionné de son poste. Cette démission va-t-elle, selon vous avoir des  répercussions sur le processus électoral ?

ESK : Le processus électoral a du plomb dans l’aile bien avant même la démission du président de l’Autorité Nationale des Élections. Tout ce qui a été imposé au peuple, n'a pas fonctionné depuis le début de la seconde transition.

Aujourd’hui, tout le monde est rattrapé par la réalité du terrain. En prêtant  serment, le président de l’ANE a pris dès le départ un engagement ferme devant le peuple. Dans son discours, il avait promis organiser des élections de sortie de crise qui permettront à la RCA de retrouver la paix. N’étant pas mis dans les conditions de tenir cet engagement, M. Dieudonné Kombo Yaya  à préféré se retirer, preuve d'une certaine sagesse. En fait, cette démission n'est qu'un élément de plus qui s'ajoute à la crise en Centrafrique.

Comme on l'a fait pour le compatriote Mokamanede, le président M. Dieudonné Kombo Yaya sera remplacé. Les problèmes fondamentaux demeurent sur la table, ce qui hypothèque le dénouement heureux du processus électoral. Notre plus grande crainte du moment est la situation post-électorale qui risque de déboucher sur une nouvelle crise encore plus profonde et complexe. Nous avons vu cela en 1981, 1992 et plus récemment en 2011. Le peuple de la RCA n'accepte  plus de revivre une nouvelle fois ces tristes expériences qu'on lui impose, d'où son exigence d'élections propres, que je nommerai « élections-solutions ».    

4-NS : Est-ce que pour vous, les conditions sécuritaires et financières sont réunies pour que ces élections se tiennent aux bonnes dates ?

ESK : Il n’y aura pas d’élections-solutions dans ce pays sans le retour de la sécurité et le rétablissement préalable de l'autorité de l'état sur l'ensemble du territoire.  Le G-8 affirme que les élections seront sécurisées, nous souhaitons qu'il ne se trompe pas. Cependant, la sécurité ne se décrète pas d'un coup de baguette magique, c'est avant tout un processus mûrement préparé.
Quant aux finances, elles ne sont pas encore au rendez-vous.

 

4-NS : Depuis Paris où il était en visite d’Etat la semaine dernière, le Président Tchadien a lancé cette phrase, « il faut des mauvaises élections qu’une transition chancelante». Comment appréciez-vous ces propos ?

ESK : Sans remettre en cause les propos du Président Tchadien M. Idriss Déby, je dirai pour ma part, qu'il est quasi-impossible d'organiser des élections crédibles sans en avoir préalablement posé le socle. Doit-on condamner les Centrafricains à revivre constamment le feuilleton d'élections bancales depuis l'indépendance ? D'autre part, il est inacceptable que le peuple de Boganda soit toujours considéré comme immature, au point de confier le sort de son pays à une tierce partie extérieure.  Convenez avec moi, que notre pays mérite mieux que cela!  

5-NS : Comment entrevoyez-vous l’après 30 décembre ?

Il y a des nuages bien sombres qui planent sur le futur de la RCA. Le PUR qui fait partie de la Coordination Générale des Partis, Associations Politique (CGPA), a eu la clairvoyance d'anticiper ce problème. Nous pensons à juste titre, que si les élections ne sont pas tenues avant le 30 décembre, se posera aux institutions actuelles un problème de légitimité puis que la transition ne peut plus être prorogée. L'objectif est de trouver le schéma idéal, qui permettra d’éviter toute surprise désagréable. Mais, une fois de plus, la présidence fait le jeu de l’esquive  et de la roublardise sur cette question.
La solution pour eux, c’est de précipiter les élections afin d’éviter cette réalité politique incontournable. Les autorités doivent avoir le courage de se pencher sur cette question de l’après 30 décembre, c'est impératif.

6.NS : Président, je vous remercie.

ESK : c’est à moi de vous remercier.

 

Propos recueillis par Emery Elvis PABANDJI

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