Crise au sommet du Geppic : « On est devenu ridicule… les DP sont humiliés», Mathurin Momet

Kangbi-ndara.com / Plus de six mois passés, le Groupe des éditeurs de presse privée de Centrafrique (Geppic) reste divisé. Un conflit de poste, reliquat de la dernière assemblée générale élective, oppose Mathurin Momet du Quotidien Le Confident et Cyrus Emmanuel Sandy du Journal indépendant Médias Plus. Cette pratique tendant à se relativiser dans les institutions centrafricaines cette année discrédite allègrement l’image de la presse locale, dite en voie de « clochardisation ». Mathurin Momet,  un des deux protagonistes, accepte de nous en parler.

Monsieur Mathurin Momet, comment est-on arrivé au bicéphalisme à la tête du Geppic ?

MometDire qu’il y a deux présidents à la tête du Geppic c’est un peu trop dire, dans la mesure où vous savez le statut du confrère Sandy. On ne peut pas siéger au CNT et continuer à diriger un organe d’information. La loi relative à  liberté de publication est claire et Cyrus Emmanuel Sandy a été sanctionné par le HCC. Depuis lors il a continué à paraitre, il refuse de se plier à cette sanction. Si j’avais accepté d’être élu par les confrères, c’est parce qu’il se trouvait dans cette situation-là. Les confrères sont venus me convaincre  sur la nécessité de me positionner parce qu’il agit en toute illégalité. Et j’ajouterai qu’il y avait crise au sein du bureau, c’est les démissionnaires qui sont venus me voir. Je n’ai jamais accepté diriger le Geppic que j’ai déjà dirigé à l’époque, je préfèrerai me contenter de mes activités. C’est les confrères qui m’ont expliqué le bien fondé d’aller me présenter comme candidat à la présidence. A l’issue d’une assemblée générale j’ai été élu. Voilà succinctement ce qui s’est passé.

L’on raconte à Bangui que M. Sandy est élu par une forte majorité de médias tandis que ceux qui vous soutiennent sont minoritaires. Que dites-vous de cette réalité démocratique détrônant ?

Minoritaires ou majoritaires c’est des arguments avancés. Je crois que l’affaire est pendante en justice. C’est trop beau pour dire que nous sommes majoritaires, est ce que c’est suffisant ? C’est vraiment un argument qui peut militer en faveur d’une corporation ? Non, l’affaire est pendante devant la justice, moi-même je ne voulais pas faire allusion à cela.  Parce que je me dis, si aujourd’hui, la justice de mon pays décide que je dépose le tablier je le ferai automatiquement. Si aujourd’hui ceux qui m’ont apporté leur suffrage me disent que je suis incompétent je ne m’accrocherai pas à cela et c’est ça la démocratie.

Vos prises de position respectives laissent déduire que la médiation faite par le ministre de la Communication Victor Waké, en janvier dernier, semble louper son objectif. De son côté, M. Sandy, clamant toujours sa légitimité, n’entend pas lâcher prise, renonceriez-vous à ce bras-de fer lassant pour sauver l’image de la presse ?

La médiation a été faite dans le sens de rappeler à Cyrus Emmanuel Sandy qu’il évolue  dans l’illégalité, qu’il lui faut arrêter la publication de son organe, qu’il ne se mêle plus de l’affaire Geppic. Parce que dès l’instant que tu ne sois plus directeur de publication est ce que tu as le droit de présider cette corporation ou ce patronna ? Non ! C’est la démonstration faite par le ministre, les rapports sont là ! Donc, je suis tranquille, je dis avec ou sans le Geppic je vivrai toujours. Donc, je n’entends pas à m’accrocher. Que ceux qui pensent que Momet s’accroche à ça change de position parce que, sans le Geppic je vais continuer à évoluer dans le secteur média. Avec le Geppic  je vais apporter seulement ma modeste contribution et je n’entends pas m’éterniser là. Dès l’instant que les activités vont reprendre je me retirerai parce que là, je suis en train d’encadrer des jeunes, il faut former la relève ! Nous ne sommes pas là pour l’éternité ! Nous devons d’un moment à l’autre passer la main à ces jeunes-là, c’est le travail que je suis en train de faire.

Faut-il une nouvelle médiation ?

Non, Cyrus Sandy a déjà saisi la justice, quelle médiation encore ? La justice va trancher ! On n’a pas besoin de médiation puisque la médiation a fait son travail, il y a un rapport mais, les gens persistent et signent qu’ils doivent publier et siéger en même temps au CNT.

Des sous ont été décaissés aux médias privés cette année, à Sandy l’UNDP d’Amine Michel a remis 25 millions ensuite, le ministre de la Communication Victor Waké vous a donné une modeste somme pour les journalistes. Tantôt à Sandy, tantôt à vous, à qui profite ce désordre ?          

Ecoutez, je pouvais bien faire les démarches nécessaires pour décaisser ses sous mais, je me suis dit que je ne dois pas tomber dans des pièges. Il existe une commission, les décrets sont valables, ça n’a pas été rapportés. La commission d’attribution des subventions de l’Etat existe. Vous dites le ministre, ce n’est pas le ministre c’est la commission d’attribution, le ministre n’est que le président de cette commission, il n’a qu’une seule voix. Et, si on nous a attribué ces sous c’est parce qu’on en a fait la demande. J’ai écrit pour dire qu’on en avait besoin parce qu’il faut assoir la lisibilité dans les activités du Geppic, que le Geppic ait un siège, que le Geppic ait un siège opérationnel, c’est-à-dire qu’il faut équiper ce siège pour que les directeurs de publications qui n’ont pas de rédactions puissent s’y installer et faire leur travail. C’est ça la démarche, c’est la demande qu’on a pu faire. Et, même à ce niveau-là, puisque le montant n’était pas costaud, on a eu que 2 millions et, ce sont ces sous qui nous ont permis de faire toutes les démarches pour avoir ce siège. Et là ça va crédibiliser les directeurs de publication ce n’est pas un bien de Momet ! Vous voyez ! J’étais vraiment réticent de m’ouvrir à vous parce que les gens penseront que ma conscience me perturbe alors que ce n’est pas le cas. C’est une affaire pendante en  justice,.

Certaines productions journalistiques locales laissent encore à désirer en raison de leur contenu mais surtout à cause d’un problème de niveau greffé aux techniques d’écritures non requises. Comment le Geppic envisage-t-il de pallier ces problèmes basiques ?

Mais il est question de mettre un plan de travail qui est là. Vous savez, avec ce désordre entretenu à dessein, parce que longtemps le Geppic a évolué dans la facilité et les solutions de facilité. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, si on a 20 millions il faut les repartir et, la destination de cet argent n’est pas dans le travail qu’on fait, c’est à d’autre fins. Ce qui fait qu’on est devenu ridicule et, que les directeurs de publication sont humiliés un peu partout. On les appelle tantôt des raseurs de murs, tantôt des clochards. Vous voyez  l’image qu’on colle à des gens sensés moralisés la société. Donc le travail qu’il faut faire maintenant c’est de commencer à soigner l’image de la corporation à travers le changement de mentalité et à travers le renforcement de capacité pour rehausser le niveau des confrères, c’est le travail qu’il faut faire on doit s’atteler à cela. Parce qu’un peu partout les critiques fusent, que le niveau à baisser. Il y a des journaux que les gens ne veulent pas lire et il y a des journaux que les gens veulent lire parce que ces journaux se démarquent, ils font des efforts, ils font des progrès.

Que faut-il aux journalistes pour devenir membres du Geppic ?

Oui, il y a des critères et conditions d’adhésion. Il y a des textes de base qui sont là, ces textes réglementent  l’organisation et le fonctionnement du Geppic, les statuts et règlement qui sont bien.

Les membres du Geppic sont-ils munis de cartes d’identification ?

Jusqu’ici y a une commission d’attribution des cartes mais la commission n’a pas commencé à travailler comme il se doit pour remettre les cartes à ceux qui la méritent. Ce n’est pas n’importe qui accède à ça, il y a des critères.

Pourquoi le Geppic ne prend-t-il pas en compte les éditeurs centrafricains de presse en ligne ?

Récemment j’ai demandé qu’on me donne la liste les contacts de tous nos confrères qui animent la presse électronique. C’était nécessaire parce que j’avais cette vision-là de la chose. C’est vrai que la loi relative à liberté de communication ne vous prend pas en compte mais cette loi est en train d’être relue. Lors de la célébration mondiale de la liberté de presse, en différée bien sûr, nous étions tous d’accord on a fait une recommandation dans ce sens, que la presse en ligne soit prise en compte. Dès l’instant qu’ils seront pris en compte ils aussi auraient besoin de ces subventions et s’il y a des formations ils seront dans le bateau. Voilà la démarche que l’UJCA (Union des journalistes centrafricains)est en train de faire Le président du HCC (Haut conseil de communication) a confirmé qu’il y a des carences qu’il faut combler dans la loi relative à la liberté de communication. D’un moment à l’autre on va nous soumettre le projet que nous professionnels allons amender.

Monsieur Mathurin Momet je vous remercie.

C’est à moi de vous remercier car vous êtes venus recueillir mon impression par rapport à tous ce désordre qui ne nous honore pas d’ailleurs.

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo

 

 

 

 

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