Déclaration : réaction du KNK relative à l’échec du Forum de Bangui

logo-knk1Du 04 au 11 Mai 2015, se sont tenues les assises dites de réconciliation de Bangui. Ce rendez-vous centrafricain était censé revêtir un caractère inclusif c'est-à-dire, ouvert aux acteurs majeurs de la crise centrafricaine comme l’ont réclamé les Chefs d’Etat et de Gouvernements de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), la classe politique centrafricaine, la société civile et les acteurs religieux et l’ensemble du Peuple Centrafricain.

Dans le double souci de la manifestation de la vérité et de la recherche de solutions durables de sortie de crise, le Bureau Politique du KNK avait conditionné sa participation à ce Forum de Bangui par la présence de l’Ancien Président François BOZIZE YANGOUVONDA et de l’Ancien Chef d’Etat de Transition Michel DJOTODIA.

Face au refus de l’Exécutif de la Transition de faire participer ces deux personnalités à ce Forum, en dépit de leur engagement à contribuer au retour de la paix en Centrafrique, tel qu’exprimé à travers leur Déclaration d’Engagement de Nairobi (KENYA), le Bureau Politique du KNK a mis en exécution sa décision de boycotter ces assises.

De son coté, Michel DJOTODIA a récusé ceux qui prétendaient participer à celles – ci au nom de l’entité Ex – SELEKA et appelé au boycott.

Pour des raisons liées à la question de leur faible quota de participation, certains groupes armés, pas des moindres, ont quitté l’hémicycle dès l’ouverture des travaux. Il s’agit des groupes ci – après : FDPC, MLCJ, UFR, URFF et RJ.

Il convient de rappeler que la préparation de ce Forum a été marquée par la polémique née du fait de la nomination de l’Ancien Ministre Jean – Jacques DEMAFOUTH à la tête du Comité Technique chargé de la préparation de ces assises. C’est sous la pression des acteurs politiques et du Conseil National de Transition (CNT) que Mme Catherine SAMBA – PANZA a annulé les décrets querellés.

S’agissant de l’organisation du Forum, de nombreux dysfonctionnements ont été enregistrés et ont impacté le bon déroulement des assises.

Dans un style typiquement stalinien, l’Exécutif de Transition a mis en place des stratégies de manipulation, de verrouillage et de contrôle des structures d’organisation du Forum. Lors des travaux en plénière, l’équipe du présidium s’est illustrée dans une distribution sélective de prise de parole. Ce qui a provoqué de vifs mécontentements et des frustrations ayant obligé certains délégués à quitter l’hémicycle en signe de protestation.

A peine l’accord signé entre les groupes armés, d’autres combattants mécontents ont déclenché une fusillade et érigé des barricades dans certains quartiers de la capitale. Dans la matinée du 11 Mai 2015 consacrée à la clôture du Forum, des manifestations se sont produites devant le siège du Conseil National de Transition (CNT) appelant à la démission de Mme Catherine SAMBA – PANZA, Chef d’Etat de Transition.

Outre l’absence remarquée du Médiateur International dans la crise centrafricaine, Son Excellence Denis SASSOU N’GUESSO, représenté à la cérémonie de clôture par son Directeur de Cabinet, l’on a constaté l’absence de nombreuses personnalités des pays amis pourtant présentes à l’ouverture. Ce qui atteste l’isolement diplomatique des Autorités de la Transition.

Grâce à la complicité et à l’activisme de certaines personnalités de la classe politique et de la société civile, une recommandation relative à la prorogation du mandat des Autorités de la Transition jusqu’aux prochaines élections a été prise en violation de l’article 102 alinéa 2 de la Charte Constitutionnelle de Transition et ce en dépit de l’exaspération généralisée qui s’explique par l’incapacité notoire de Mme Catherine SAMBA – PANZA et du Gouvernement à rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire national, restaurer l’autorité de l’Etat et organiser les élections.

Sur ce dernier point, Mme le Chef d’Etat de Transition a été prise en flagrant délit de mensonge grossier face à la démonstration faite par le Président de l’Autorité Nationale des Elections (ANE) devant la Commission Bonne Gouvernance quant à l’impossibilité d’organiser les scrutins en Juin et Juillet 2015.

Pour masquer l’échec cuisant du Forum de Bangui, l’Exécutif de Transition a choisi la stratégie du bouc – émissaire. C'est ainsi qu’on assiste, à l’heure actuelle, à une campagne éhontée dans les médias consistant à faire porter la responsabilité de cet échec et des manifestations mentionnées ci-dessus à certaines personnalités politiques.

D’où leur constante irascibilité et leur attitude paranoïaque qui se manifestent par des mesures liberticides dont le Ministre d’Etat Karim MECKASSOUA et l’ancien Ministre Joachim KOKATE viennent de faire les frais le mardi dernier. Tous deux ont été empêchés  d’embarquer sur le vol régulier d’Air France à destination de Paris et ont vu leurs passeports confisqués par le Parquet de Bangui.

Selon des informations dignes de foi, des actions de représailles seraient en cours de préparation et viseraient les dirigeants du KNK et certains acteurs politiques jugés hostiles à Mme Catherine SAMBA – PANZA et au Gouvernement du Premier Ministre Mahamat KAMOUN.

C’est en cela que Mme le Chef d’Etat de Transition est devenue une partie du problème centrafricain dès lors qu’elle a choisi de se mêler au jeu politique au lieu d’en être l’arbitre impartial. Le manque d’impartialité et l’absence de dialogue et de consensus contribueront à enliser davantage la crise actuelle.

A cela, viennent s’ajouter de nombreux scandales financiers qui ne cessent de décrédibiliser Mme Catherine SAMBA – PANZA et son Gouvernement. En effet, après le scandale du don angolais d’un montant de dix millions de dollars, l’hebdomadaire Jeune Afrique, dans sa livraison n°2835 du 10 au 16 Mai, vient de publier une autre affaire compromettante pour les Autorités Centrafricaines sous le titre : "Centrafrique : CSP, son Ministre et les grandes oreilles". Cette révélation met en lumière la signature d’un "accord – cadre conclu le 04 février entre Nicaise Samedi KARNOU, Ministre de la Sécurité Publique et la Société française COFREXPORT spécialisée dans les matériels d’écoute, de surveillance, de détection et d’interception".

Selon les termes de cet accord entre le Gouvernement centrafricain et COFREXPORT (Groupe SOFEMA) dont le Président n’est autre que Guillaume Giscard D’Estaing, petit neveu de l’Ancien Chef de l’Etat français, cette société s’engage à "fournir au Ministère centrafricain de la Sécurité Publique toute série de produits et de services" relevant des «grandes oreilles » et destinée à "faire échec aux menaces, de toute nature susceptibles de porter atteinte à la stabilité de l’Etat". A l’article 2 de cet accord, il est prévu le versement des 40% du montant global qui s’élève à 20 millions d’euros soit environ 14 milliards de francs CFA. Par ailleurs, "l’accord – cadre est conclu pour une durée de trente – six mois à compter de sa date de signature par les deux parties".

L’hebdomadaire conclut son article par ce commentaire, je cite : " Et donc, si l'on compte bien, jusqu'en février 2018.  Soit très au-delà de la période de transition pendant laquelle le gouvernement intérimaire, dont les fonctions prendront fin avec l'élection présidentielle prévue pour le dernier trimestre de 2015 au plus tard, est autorisé à engager l'État. Sauf à croire que CSP a décidé de s'éterniser au pouvoir, en dépit des injonctions de la communauté internationale, il y a de quoi être perplexe" fin de citation.

Un autre journal, La Lettre du Continent, a publié en Avril dernier une affaire relative à l’achat, à Bangui, par Mme Catherine SAMBA – PANZA de deux villas luxueuses appartenant au défunt pharmacien MOKOFIO. Le montant de cette transaction immobilière est estimé à plusieurs centaines de millions de Franc CFA.

Toutes ces affaires ont le mérite d’éclairer les opinions nationale et internationale sur les véritables préoccupations de Mme le Chef d’Etat de Transition : entretenir davantage le pourrissement de la situation et faire perdurer la Transition au mépris des souffrances indescriptibles du Peuple centrafricain.

Devant la gravité de la situation et de potentiels risques d’éclatement d’une nouvelle crise en République Centrafricaine, le Bureau Politique du KNK :

  1. Invite les communautés nationale et internationale à constater l’échec du Forum de Bangui et celui de la Transition en cours ;
  2. Demande au Conseil National de Transition d’interpeller, sans délai,  le Gouvernement afin de faire la lumière sur l’affaire du contrat signé entre le Ministre de la Sécurité Publique et la Société COFREXPORT ;
  3. Condamne les mesures liberticides prises à l’encontre des personnalités citées ci – haut;
  4. Réitère sa demande relative à la démission de Mme Catherine SAMBA – PANZA Chef d’Etat de Transition pour forfaiture et incapacité notoire à trouver des solutions idoines de sortie de crise en République Centrafricaine

 

Fait à Bangui, le

                                   Bertin BEA

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