Dialogue de Khartoum : « Nous serons de communion avec le Gouvernement malgré tout », Dominique Yandoka

Kangbi-ndara.info/ Jour-j moins deux ce 22 janvier 2019 pour que s’ouvre à Khartoum les négociations entre le Gouvernement centrafricain et les groupes terroristes actifs dans le pays. Le Mouvement Initiative pour une Transformation par l’Action (ITA) qui doute de la sincérité de ce dialogue « parti du mauvais pied », dans ce bref entretien sur l’actualité récente en République Centrafricaine, souhaite « bonne chance » à l’Exécutif centrafricain.

Kangbi-ndara (KN): L’actualité nationale a été marquée ce mois de janvier, entre autres, par l’annulation de la JMA en raison de l’insécurité dans la ville de Bambari, l’assassinat de deux policiers en mission et les barricades de routes par certains ex-militaires en colère. Quel regard le Mouvement-ITA porte-t-il à ces faits ?

 Dominique Yandoka (DY): Je m’incline devant la mémoire de nos deux vaillants soldats morts et d’autres blessés dans l’accomplissement de leur mission. Je me penche également pour les populations civiles qui ont payé au prix de leur vie les conséquences des erreurs des uns et des autres. J’adresse mes sincères condoléances et ma profonde compassion à leurs familles respectives.
On aurait pu éviter ces tragédies si nos autorités prenaient au sérieux les informations en leur possession et menaces proférées par ces criminels armés pullulant dans le territoire, ces derniers ne cessent de monter en puissance dans la barbarie. Ils osent défier l’Autorité de l’Etat, cela est inacceptable et grave. La République a été humiliée devant le monde entier, cela m’attriste. Nos autorités doivent tirer les enseignements de ce fiasco au cours duquel nos forces de défense et sécurité ont été piégés. J’adresse mes félicitations aux forces de défense et sécurité intérieure qui ont défendu avec bravoure les populations à Bambari. L’ouverture d’une enquête parlementaire s’impose. Outre, c’est compréhensible si les 800 valeureux FACA retraités manifestent leurs mécontentements dans la rue. Ils ont travaillé pour réclamer leur dû. Je comprends qu’ils ont choisi de barricader les routes pour se faire entendre. Vous n’allez pas interdire à ces braves ex-militaires qui vivent désormais dans la précarité de manifester pacifiquement pour ce qui leur revient de droit même si ces barricades constituent un délit au vu de la loi. Dans un Etat en faillite comme le nôtre, il est important de tenir compte des revendications sociales. En temps normal, ces revendications sociales devraient faire partie des charges prioritaires du budget de l’Etat. Nous constatons que ce gouvernement ne privilégie que l’organisation des festivités au détriment des choses sérieuses. Le Gouvernement manque de rigueur en matière de dépenses et des priorités. C’est en cela certaines causes des cas de dilapidation des maigres ressources de l’Etat. Le problème des FACA retraités aurait pu être réglé en douceur sans demander un appui extérieur. Voyez-vous par exemple les 1.200.000.000 de FCFA qui ont servi à l’organisation des festivités du 1er Décembre 2018 et les 500.000.000 de FCFA de marathon à Bambari, au cours duquel nous avons découvert la performance athlétique hors pair chez certains cadres de l’équipe du Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji qui à mon avis pourront représenter valablement la RCA aux prochains jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

KN: Pensez-vous aussi que le Président Faustin Archange Touadera n’est pas à la hauteur des défis à relever pour remettre le pays en selle ?

DY: Écoutez, cela n’a aucune importance pour le moment. Le Mouvement ITA ne rentre pas dans ces considérations. D’ailleurs, c’est un peu prétentieux de nourrir de telle pensée. Nous dirons plutôt que le Président Faustin Archange Touadera est fatigué de vouloir tout faire seul. Il est fatigué de travailler avec des gens qui ne partagent pas totalement sa vision et qui ne font pas grand-chose pour combler les vides apparents. Il est fatigué des pressions diverses. Fatigué parce que son autorité souffre le martyr à tous les niveaux. Toutefois, il n’est pas fatigué de s’écouter, s’enfermer, protéger certains de ses proches aux moralités douteuses et incompétents, d’entretenir l’exclusion par une passivité insultante. L’équipe qui entoure le Président Touadera a réussi à lui inculquer un sentiment de méfiance chronique et suspicions permanentes à l’endroit de certains de ses compatriotes simplement parce qu’ils ne partagent pas les mêmes orientations politiques. Le rassemblement en faveur du relèvement c’est aujourd’hui et non plus tard comme nous le constatons avec regret.

KN: Pensez-vous que Touadera doit aller au bout de son mandat ou qu’il faille opter pour une transition politique comme pensent certains ?

DY: Le Président Touadera a été élu pour un quinquennat. Il a déjà fait presque trois ans. Son mandat sera remis en compétition d’ici fin 2020, c’est-à-dire dans un an et dix mois, sauf cas de force majeure. Je dis bien cas de force majeure… Est-ce vraiment utile et intelligent d’écourter un mandat en fin de cycle ? Le Mouvement ITA est jaloux des acquis institutionnels retrouvés. Nous sommes jaloux des quelques rares avancés sociopolitiques enregistrées, mêmes s’il y aura à faire bien de choses après la fin du mandat du régime politique actuel. En ce qui concerne le Mouvement ITA, nous nous organisons méthodiquement à la conquête du pouvoir conformément à la Constitution du 25 Mars 2016. Nous travaillons sur nos objectifs afin de proposer une alternative cohérente aux Centrafricains. Vous pouvez en être rassuré que cela deviendra possible, le peuple a déjà une idée de ce qu’il fera le moment venu.

KN : Le dialogue de Khartoum aura lieu dans quelques jours. Croyez-vous en la sincérité de ce dialogue ?

DY: Le Mouvement ITA a publié une déclaration en date du 15 janvier 2019, demandant un glissement de date et davantage implication des entités républicaines dans les discussions à Khartoum au regard des récentes agressions des groupes armés. Nos préoccupations consistaient à éviter le double langage du Gouvernement et de ces criminels..
Après la publication de la liste des participants aux débats de Khartoum par le panel de l’union Africaine, nous avons remarqué avec inquiétude l’absence des principaux chefs de ces groupes armés, mais aussi l’absence des deux anciens chefs d’État qui ont joué un rôle majeur dans cette crise politico-militaires que traverse notre pays, je voudrais ici citer les ex Présidents François Bozizé et Michel Djotodia. En toute honnêteté, j’ai des doutes sur la sincérité de ce dialogue, autrement dit c’est une supercherie. Nous prenons acte.Le choix de ceux qui représenteront le Gouvernement est l’émanation des pouvoirs discrétionnaires de l’Exécutif. L’Exécutif a décidé de faire cavalier seul tout en introduisant quelques boulangers en connaissance de cause face aux groupes armés. Je pense que ce dialogue est parti du mauvais pied pour que la paix véritable puisse revenir dans tout le pays et que la République Centrafricaine recouvra sa souveraineté nationale. Il se peut que je me trompe.
Comprenez que l’heure n’est plus à la division ni aux calculs politiciens, mais à l’unité nationale, à l’amour de notre patrie, à l’arrêt définitif des violences sur les populations civiles. La paix n’a pas de prix. C’est une période décisive pour le Peuple centrafricain.
Nous sommes aux arrêts temporaires de nos activités afin d’apporter tout notre soutien patriotique à l’équipe gouvernementale dans le cadre de cette négociation. Nous serions de communion avec le Gouvernement malgré tout, la République d’abord.
Au nom du Mouvement ITA, je souhaite bonne chance à ce dialogue dont les principaux acteurs battent en retrait pour ne laisser que de simples représentants au-devant de la toile.

KN : Que dit le Mouvement ITA de la présence russe en Centrafrique ?

DY: C’est un mystère dans ce pays mon très cher Johnny Yannick Nalimo, nous n’avons rien contre la présence de la grande Russie qui vient au chevet de la Nation centrafricaine.
Il y a un flou. Le peuple s’interroge sur la présence de Sewa sécurity, qui est une société de sécurité privée, filiale du groupe Wagner qui s’agrippe et se camoufle dans l’équipe des instructeurs civils et militaires envoyés par l’administration russes conformément aux recommandations du Conseil de Sécurité de l’ONU. On nous signale la présence de plus 400 agents russes armés en Centrafrique. D’accord, mais qui les rémunère ? Qui les équipes en armes et minutions car les 5000 armes offertes par la Russie sont gardées par la Minusca. Sont-ils venus pour combattre directement en première ligne les groupes armés ? Ou leur mission se limite strictement à la formation et au déploiement de nos FACA ?
Le peuple sera ravi de savoir exactement la nature des prestations de Wagner chez nous.
En tout cas, nous ne sommes pas hostiles à leur présence chez nous si cela se fait dans la nitescence.
En évidence, nous exigeons simplement qu’ils ne viennent pas profiter de notre faiblesse pour amplifier le désordre afin de garantir leurs propres intérêts au détriment des nôtres.
En ce qui concerne le Mouvement ITA, seules nos FACA et FSI sont et seront toujours les meilleures et fidèles alliées du peuple Centrafricain, soutenons lès.

Je vous remercie !

Propos recueillis par Johnny Yannick Nalimo

 




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