Discours intégral du Mouvement BTK lancé par l’ancien Premier ministre Mahamat Kamoun

Distinguées personnalités en vos qualités, grades et rangs,

Chers compatriotes,

Mesdames, Messieurs.

L’honneur m’échoit, ce jour, de prononcer le discours inaugural du lancement officiel du Mouvement, qui va désormais occuper sa place dans notre espace politique, en vertu des Lois et Règlements de notre cher et beau pays, la République centrafricaine.

Je voudrais, tout d’abord, m’acquitter d’un devoir, celui de remercier toutes ces sommités, qui ont daigné répondre à notre invitation, malgré leurs occupations diverses.

Comme vous le savez, notre pays a traversé,  ces 30 dernières années, une période d’instabilité politique chronique, marquée par les coups d’Etat, les crises militaro-politiques et les rebellions armées, qui ont, tous, la particularité de brouiller et de raturer la cohésion sociale, le vivre ensemble et la réconciliation nationale.

 La violence armée et ses conséquences meurtrières, ont achevé de déstabiliser durablement un pays, jadis considéré comme une terre bénie de Dieu, une terre d’amour, de pardon et d’hospitalité, qui aspirait à un avenir prospère.

Hélas, les démons de la division, du tribalisme, du clanisme, du népotisme, de la corruption et de l’affairisme politique, sont passés par là, semant ainsi la graine de la mal gouvernance, qui a fait le lit de l’injustice sociale et de la pauvreté endémique.

Chacun porte, naturellement, la responsabilité historique de cette descente inexorable aux enfers.

Aujourd’hui, encore, nous  devons nous en prendre à nous-mêmes, avant de diaboliser l’extérieur, qui a certes sa part de responsabilité consécutive à une politique hégémonique, qui n’a que faire de la Souveraineté des peuples et des ÉTATS.

C’est bien parce que « Le LEADERSHIP POLITIQUE » conséquent, nous a toujours fait défaut, depuis l’Indépendance nationale acquise le 13 août 1960, bientôt 60 ans de gâchis historique monumental !…

Il y a lieu, également, de  souligner, qu’en dépit de l’immensité et de l’abondance des ressources du sol et du sous- sol qu’elle regorge, la République Centrafricaine, figure parmi les pays les plus pauvres de la planète, avec un niveau de PIB par tête d’habitant de 440 dollars Américain, et le Centrafricain moyen vit avec moins d’un dollar Américain par jour, soit en dessous du seuil de pauvreté ; l’accès aux services sociaux de base (éducation, santé, eau, électricité et  voire internet), est un luxe.

Les travailleurs, tant du secteur public que privé, qui perçoivent le salaire, n’arrivent pas à joindre les deux bouts, à cause de la cherté du coût de la vie. La majorité des Centrafricains ne peuvent manger à leur faim.

En termes de climat des affaires, la RCA est classée au 184ème rang sur 185 pays.

La situation lamentable, de notre pays, interpelle notre patriotisme et notre attachement aux valeurs de notre société, que sont la FRATERNITÉ, la TOLÉRANCE, la SOLIDARITÉ, le DIALOGUE PERMANENT, la COMPRÉHENSION MUTUELLE et la COHÉSION SOCIALE, aujourd’hui sacrifiées sur l’autel de nos ambitions extravagantes et de notre égoïsme.

On ne saurait bâtir un pays prospère et réconcilié avec lui-même sur un socle de contre-valeurs.

Aujourd’hui, la RCA a plus que besoin de Leaders visionnaires, capables et porteurs d’espoirs, maintes fois, déçus du peuple Centrafricain, devenu une véritable chair à canon dans un pays, désormais, habitué à la spirale de la violence en dépit de la multitude des Accords politiques et des Accords de Paix et de Réconciliation nationale signés à tour de bras depuis 1996.

Tant il est vrai que la RCA est considérée, à juste titre, comme un cimetière d’Accords de paix.

Une chose est sûre, les Centrafricains, toutes catégories confondues,  aspirent ardemment à la Paix civile car, sans la Paix, il ne saurait y avoir de développement économique et social.

Cette paix est, la condition SINÉ QUA NON de tout développement équitable, profitable à l’Homme et au citoyen.

Tout projet politique, qui ne place pas l’Homme au cœur de sa préoccupation, est un projet aveugle et sans vision, donc voué à l’échec.

Nous avons, tous presque, trahi les idéaux de la lutte incarnés par KARNOU, BARAM BAKIÉ et Barthélémy BOGANDA, le Père fondateur de cette nation, aujourd’hui, malmenée par les « Seigneurs de guerre », engagés dans une politique de terre brûlée, une économie de Prédation et de guerre, et aussi une volonté farouche de créer les conditions d’une  PARTITION fatale à l’Unité nationale.

La République Centrafricaine est toujours en danger de mort, il faut le reconnaître !…

Il faut non seulement le reconnaître, mais s’employer à démystifier cette « Politique de Rupture », qui reproduit les avatars du passé, qui ont cloué notre pays au pilori de la mal gouvernance, de la corruption, du clanisme, du népotisme, du favoritisme, qui sont les véritables tombeaux ouverts de l’Unité nationale, de la Paix, de la Sécurité, de la Cohésion sociale et du vivre ensemble.

La Transition consensuelle, a tenté de corriger cette trajectoire négative, en posant les jalons de la Réconciliation nationale, à travers le Pacte Républicain, les Résolutions des Consultations à la base et le FORUM NATIONAL de Bangui, ayant consacré le principe de « L’IMPUNITE ZÉRO », aujourd’hui bafoué.

Dans le même temps, les consultations populaires comme, le FORUM NATIONAL DE BANGUI et la Constitution, adoptée en 2015, offraient aux nouvelles autorités  de notre pays, le socle d’une nouvelle Gouvernance, basé sur le mérite, la compétence, le respect des différences et l’attachement indéfectibles aux valeurs cardinales, qui ont fondé la République Centrafricaine, qui est, avant tout, une IDÉE, un IDÉAL, un MODE DE GOUVERNEMENT, ancrés sur les aspirations du peuple Centrafricain, uni et fier.

Distingués Invités,

Chers compatriotes

Mesdames et Messieurs,

Vous m’avez compris, la RCA a besoin d’une nouvelle race d’hommes et de femmes, avec des idées et des méthodes de gouvernement, novatrices qui puisent dans les richesses de nos valeurs communautaires.

Vous m’avez compris, des Centrafricaines et Centrafricains ont décidé de mettre un terme à la mascarade politique, et à cette démocratie balbutiante, pour créer, les conditions idoines, pour une alternance crédible dans notre pays.

Vous m’avez compris, des Centrafricaines et Centrafricains sont en train de se réunir, dans une dynamique qui proscrit la division, l’exclusion et la discrimination, qui sont les tombeaux de l’Unité, de la Démocratie et du Progrès économique et social.

Nous avons la ferme conviction que notre planche de salut, c’est l’INCLUSION de toutes les compétences, de toutes les bonnes volontés et de tous les talents, selon les mérites de chacun.

Sur la base de cette conviction cardinale, des Filles et des Fils de Centrafrique, jouissant de leurs libertés, conformément à la Loi, ont décidé de créer le Mouvement politique de masse, ouverte à toutes les sollicitations, dénommé significativement,

« Bêafrika Ti é Kwè », autrement dit, « Centrafrique pour nous tous ».

Vous auriez, enfin, compris, qu’il s’agit d’une Plate- forme d’action citoyenne, ayant vocation à conquérir et à gérer le pouvoir, dans l’intérêt supérieur de la Nation et de chaque citoyen.

En tant que Mouvement de masse, Bêafrika Ti é Kwè, se place au-dessus des considérations idéologiques qui divisent, pour ne compter que sur l’engagement citoyen total, la détermination à servir son pays et la capacité à transformer la Société Centrafricaine qui vit encore son Moyen-Âge.

Le Mouvement Bêafrika Ti é Kwé , reste ouvert à tous les talents, à toutes bonnes volontés, fatigués des crises à répétition et décidés, véritablement, à changer le cours de l’histoire de notre pays, pour en faire un pays réconcilié avec ses valeurs, un pays stable, sécurisé et prospère.

Il s’agit, au fond, d’œuvrer, non seulement, pour redonner aux Centrafricains un minimum de fierté et de dignité perdues, mais, aussi, d’engager notre pays dans la Modernité et sur la voie de l’émergence.

Notre credo est faire la politique autrement, c’est à dire, suivre le chemin tracé par nos héros nationaux, tel Barthélémy BOGANDA, adhérer à la volonté populaire, qui s’est exprimée, à travers, le PACTE REPUBLICAIN et les Recommandations du FORUM de BANGUI, privilégier la coexistence pacifique, les relations de bon voisinage, la coopération multilatérale avec des partenaires crédibles et sérieux, défendre, en tout lieu et en tout les temps, le Centrafricain et ses intérêts dans la paix et la concorde nationale, tel est aussi le sens de notre être et de notre existence.

Je ne saurais terminer, mon propos, sans exprimer notre profonde gratitude à tous nos  partenaires, tant bilatéraux, notamment  la France, les Etats unis d’Amérique, la Chine et  l’Allemagne,  que multilatéraux, à savoir, les Nations- unis, les Institutions de Brettons Wood (FMI/Banque Mondiale, l’Union Européenne, l’Union Africaine, la CEEAC, qui ne ménagent aucun effort pour voler au chevet de notre pays, dans ces moments difficiles que nous traversons.

Notre expression de reconnaissance  va, également, á l’endroit de la Mission Multidimensionnelle de Stabilisation en Centrafrique (MINUSACA) et de l’EUFOR, non seulement, pour leurs efforts en vue du rétablissement de la paix et la sécurité dans notre pays, mais aussi, pour leurs actions soutenues du côté du Gouvernement, ayant permis le retour à l’ordre constitutionnel en République Centrafricaine.

Enfin, je saisis l’opportunité, qui m’est offerte, pour rendre un vibrant hommage aux Chefs d’Etat de la Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC), pour leurs accompagnements à une Transition réussie chez nous.

Une fois, de plus, nos vifs remerciements à toutes les personnalités dans cette salle représentant les Institutions Républicaines, le monde diplomatique, les Organisations Internationales, la Plate religieuse, les Partis politiques, le Corps enseignant, la Société civile, les Organisations syndicales, la Presse, les Parents, les Amis et Connaissances, qui ont pris leur temps pour nous écouter.

Vous êtes les témoins d’une histoire, qui vient de commencer, et nous espérons pouvoir compter sur votre disponibilité les prochaines fois.

La RCA doit, enfin, sortir de la servitude et de la misère (na gbè ti yèrè).

Bêafrika Ti é Kwè a lingbi ti löndö.

Ensemble, redressons notre pays ; oui nous pouvons changer les choses !….

Je vous remercie.

Mahamat Kmoun




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