Enquête suite et fin : Jean-Jacques Demafouth a-t-il fabriqué Abakar Sabone ?

Par Jean-Luc Nzènè (Kangbi-ndara.net) /  Dans la publication précédente, la lecture des évènements passés en Centrafrique révèle que le régime du Mouvement du peuple centrafricain(MLPC) dirigé par l’ex Président Ange Félix Patassé et celui du parti travailliste KNK de l’ancien Chef d’Etat François Bozizé sont les seuls à faire appel à des forces non conventionnelles étrangères dont de nombreux maquisards tchadiens et soudanis pour intervenir militairement en République centrafricaine.

Aujourd’hui nous vous proposons la suite finale de nos recherches

Le cas Abakar Sabone :

BoommmLe matraquage a longtemps présenté Abakar Sabone comme un desperados Tchadien entré en Centrafrique dans les convois des Libérateurs en 2003. La réalité est d’une autre nature. Ce sujet Tchadien est arrivé à Bangui en 1996 avec la première vague des Codos venus à la rescousse du régime MLPC que Jean Jacques Demafouth alors Conseiller Juridique du Président Patassé, Patron du CNRI (Police Politique du MLPC) et Président du Conseil d'Administration de la Socatel est allé négocier au Tchad. De ces Kodos arrivés en Centrafrique à la rescousse du MLPC en 1996, Jean Jacques Demafouth débauchera un certain Abakar Sabone pour en faire son garde-corps.

Devenu garde-corps de Mr Demafouth, Sabone le suivra de la cellule juridique de la présidence à Telecom Plus devenu Moov RCA et au ministère de la défense en passant par la police politique de l'époque, la fameux CNRI. Leurs chemins se séparèrent au moment de la disgrâce de Mr Demafouth accusé comme coauteur du coup d'état manqué du 28 mai 2001. Fuyant pour se mettre à l'abri dans son Tchad natal, le chemin d'Abakar Sabone croisa celui d'un certain François Bozizé-Yangouvonda, beau-frère (cousin de Lucienne Patassé Lemotomo, première épouse de Patassé) et chef d'état-major d'Ange Félix Patassé tombé lui aussi en disgrâce et exilé au Tchad. Cette rencontre est le point de départ de la 2ème entrée d'Abakar Sabone en Centrafrique.

 Demafouth SaboneLe 06 juin 2001, les hommes de Demafouth prennent le contrôle total du quartier Ouango dans le 7ème arrondissement de Bangui. Une semaine plus tôt, l'ancien président Kolingba qui y réside, avait reconnu la paternité du coup d'état manqué de la nuit du 27 au 28 mai. Paradant devant les caméras de la presse internationale, Jean Jacques Demafouth, ministre de la défense fait la visite des lieux, exposant à la presse, les armes retrouvées au domicile d'André Kolingba. Dans son dos, AK47 à la main, son garde-corps, son ombre, un certain Abakar(voir captures d'écran) ou les deux séquences de la vidéo de  4mn50 à 4mn56(2ème homme à gauche de Demafouth dont le canon de l'arme est apparent) et de 5mn11 à 5mn 48 (homme à gauche de Demafouth).  

Centrafricain autoproclamé à la faveur de son introduction en RCA par le canal du militant MLPC Jean Jacques Demafouth en 1996, Abakar Sabone est aujourd'hui de ceux qui veulent diviser la RCA en deux, réalisant ainsi un vieux fantasme cher à certains Mlpcistes dont le président Ange-Félix Patassé au début des années 80, la fameuse République du Logone.

Ce que nous disent les accords de Brazzaville

A la faveur des accords du forum de Brazzaville, un tour d'horizon des groupes armés en Centrafrique fut établi par nos confrères de Jeune Afrique. Il ressort de cette monographie une évidence : 50% des mouvements armés de Centrafrique ont un lien direct avec le MLPC, 40% avec DJOTODIA(SELEKA) et 10% avec BOZIZE :

Chef rebelles en lien avec le MLPC

  1. Abakar Sabone (MLCJ) : Sujet Tchadien arrivé en 1996 à la faveur des mutineries comme supplétifs dans le cadre des fameux Codos. Garde-corps personnel de Jean Jacques Demafouth de 1996 jusqu'en 2001 ;
  2. Jean Jacques Demafouth (APRD) : Militant du MLPC depuis 1980. Coauteur du coup d'état manqué du 03 mars 1982, Conseiller Juridique de Patassé dès la victoire malgré son implication dans l'affaire du crédit mutuel d'Angoulême et le braquage de l'agence de la Socada de Bossangoa en mars 1980. DG du CNRI(Centre National de Recherches et d'Informations – Police politique du régime MLPC), PDG de Telecom-Plus(ancêtre de MOOV RCA), Président du Conseil d'Administration de la Socatel, Ministre de la Défense, accusé d'être le commanditaire de l'assassinat de Parfait Bida Siombo et des expéditions assassines de Kembe et Grimari (Gbodo, Hondet…)….Président de l'APRD depuis 2008 ;
  3. Armel Sayo (RJ) : Fils de la 3ème et dernière épouse d'Ange Félix Patassé, Responsable de sa sécurité entre 2010 et 2011.
  4. Abdoulaye Miskine (Ringui André le GAILLARD) (FDPC) : Sujet Tchadien centrafricanisé en 2000 au moment où Anicet Georges Dologuélé était Premier Ministre et Jean Jacques Demafouth, ministre de la Défense, Koumta Madji alias Miskine devient général et dirigea une force d'environ 300 personnes au service du régime MLPC. En prison au Cameroun depuis un an, il fut représenté à Brazzaville par RINGUI André le Gaillard. Professeur d'Histoire-Géographie au moment du changement d'octobre 1993, il fut nommé Directeur des Examens et Concours de 1995 à 2001 puis Ministre Délégué à l'éducation chargé du primaire et secondaire de 2001 à 2003 . Membre du Bureau Politique du MLPC dans les années 90 et 2000, il fut aussi membre de l'OSLP, la centrale syndicale dirigée par Jacquesson MAZETTE, actuel 2ème Vice-Président du MLPC et ministre de l'intérieur au moment de l'arrivée des forces non-conventionnelles de 2001, 2002 et 2003. RINGUI André le Gaillard fut surtout Président du Bureau National du MLJC, le mouvement national de la jeunesse du MLPC, aujourd'hui présidé par Laure Dalemet, nièce de Martin Ziguele, Président du Parti.
  5. Florian Ndjadder (UFR) : Fils du général de gendarmerie François Ndjadder, bras droit d'Ange Félix Patassé, Président Fondateur du MLPC décédé au moment du coup d'état manqué du 28 mai 2001

Chefs rebelles en lien direct avec DJOTODIA(SELEKA)

  1. Noureddine Adam (CPJP FONDAMENTALE-SELEKA)
  2. Abdoulaye Hissene (CPJP- SELEKA)
  3. Damane Zakaria (UFDR – SELEKA)
  4. Mohamed Moussa Dhaffane (CPSK -SELEKA)

Chef rebelle en lien direct avec BOZIZE

  1. Patrice Edouard Ngaïssona (ANTI BALAKA)

Comme nous venons d'en faire le constat, parmi les dix chefs rebelles qui pourrissent la vie aux Centrafricains, deux sont des militants du MLPC et tous deux furent ministres du dernier gouvernement MLPC dirigé à l'époque par Martin Ziguélé. Deux anciens ministres Chefs rebelles, cela fait plus qu'un hasard.

A ce stade de notre enquête, il est aisé de répondre à l’interrogation initiale : OUI, le MLPC a fait entrer les Tchadiens et les forces non-conventionnelles en Centrafrique.

Ils ont de ce fait crée les conditions pour l'avènement des Libérateurs en 2003 et par extension de la Séléka.

Gabriel Koyambonou, actuel Premier Vice-président du MLPC mais Premier Ministre en 1996 au moment de l'arrivée des premiers supplétifs Tchadiens parmi lesquels un certain Abakar Sabone doit s'expliquer au peuple. Martin Ziguélé, actuel Président du MLPC et Premier Ministre au moment de l'épopée sanglante des Banyamulenge fin 2002 et de l'exil de près de 80.000 Yakomas fin mai et début juin 2001 doit aussi expliquer au peuple comment il a pu laisser pareille abomination se produire sans qu'on l'ai entendu protester ou même condamner ces graves atteintes aux droits de l'homme ? Qui au MLPC a réellement fait venir les Kodos dont Sabone l'homme qui veut diviser la RCA ? Qui au MLPC a fait venir les Banyamulenges ? Six personnes sont concernées par cette question : Patassé, Mette-Yapendé, Koyambonou, Ziguele, Demafouth, Bozizé. Les deux premières n'étant plus de ce monde, le peuple centrafricain exige aujourd'hui réponse car son malheur est né de l'introduction des Tchadiens comme forces supplétives et les forces non-conventionnelles.

  1. Extrait du rapport spécial du Small Arms Survey, Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales, Génève, Suisse, juin 2006.
  2. reportage vidéo au domicile du général Kolingba à Ouango avec Demafouth et son garde-corps Abakar Sabone https://www.youtube.com/watch?v=awWs6Z4icFE

Comments

comments




Laisser un commentaire