Faudrait-il encore attendre combien de temps pour redéployer l’administration à l’intérieur du pays ?

Dans quelques jours seulement, la RCA aura totalisé quatre (4) mois de fonctionnement sans aucun service administratif dans les seize (16) Préfectures que compte le pays et ce, à cause du changement politique qui est intervenu le 24 mars dernier par le renversement de l’ancien régime du Président déchu François Bozizé par la coalition rebelle Séléka.

carDepuis la date de ce changement politique, tous les services administratifs de l’intérieur du pays ont été non seulement pillés mais sont complètement paralysés jusqu’à ce jour en dépit de la formation d’un Gouvernement d’union nationale dont siègent tous les principaux leaders de la coalition Séléka qui s’est emparé du pouvoir de l’Etat.

Cet état des choses commence à susciter des interrogations au sein de l’opinion nationale qui se demande si l’intérieur du pays qui compte les trois quart (3/4) de la population centrafricaine est elle abandonné à la merci des éléments Séléka qui gèrent à leur manière depuis plusieurs mois, la quasi-totalité du territoire ?

Il est a rappelé que, les éléments Séléka qui ont élu domicile dans les villes de l’intérieur du pays, se sont substitués aux fonctionnaires et agents de l’Etat en d’autres termes, ces derniers sont à la fois Préfets, Sous-préfets, Maires, Gendarmes, Policiers, Douaniers, Agents des impôts, des Eaux et forêts…

Pis encore, ces nouveaux prétendus fonctionnaires de l’Etat qui contrôlent les villes des provinces encaissent quotidiennement et indument pour leur propre compte, l’argent qui est destiné aux finances publiques. Ce qui n’est pas du tout normal dans un pays qui se dit Etat de droit et qui dispose d’un Gouvernement reconnu par la Communauté internationale.

Ce qui est surprenant dans tout ça, c’est le mutisme du Gouvernement qui ne semble pas se préoccuper de la question du redéploiement des services administratifs dans les provinces ce qui fait croire que la fin de la transition dont la période est de dix huit (18) mois n’est pas pour demain. Il ne fait aucun doute que plus le redéploiement de l’administration civile et militaire accuse du retard, plus la période de transition sera prolongée car la finalité de cette transition consiste à la mise en place des institutions démocratiques à travers les élections présidentielle et législative.

Or, l’on ne peut s’aventurier de parler en ce moment de la tenue d’une quelconque élection en RCA du moment où le Gouvernement de transition ne contrôle que la seule capitale Bangui alors que le reste du pays se trouve entre les mains des éléments Séléka.

Certes, le Chef de l’Etat a procédé il y’a de cela une dizaine de jours, à la nomination et à la dotation en véhicules des nouveaux Préfets. Mais jusqu’à ce jour, aucun Préfet a pris service même la Préfète de l’Ombella M’Poko dont le bureau se trouve à Bimbo ville voisine de la capitale n’a pas encore pris fonction.

La réticence des nouveaux Préfets de rejoindre leurs différents postes se comprend plus aisément et s’expliquerait d’une part par l’insécurité qui sévit à l’intérieur du pays par une absence des forces de défense et de sécurité régulière. D’autre part, de l’occupation de leurs bureaux et logements par les éléments Séléka. Et c’est là se trouve le paradoxe qui amène le citoyen lambda à s’interroger sur ce que dit concrètement le Président de la République sur cette situation de paralysie des villes de l’intérieur.

Certains compatriotes admettent aujourd’hui que la RCA est devenue depuis le 24 mars un pays fédéral où les villes de l’intérieur sont gérées par les Gouverneurs qui ne sont autres que les colonels Séléka. Mais à la différence des Etats fédéraux normaux, le cas de la RCA frise la partition du pays car en essayant de regarder de plus près ce qui se passe, l’on se rend compte très tôt que les Gouverneurs des régions sont autoproclamés et jouissent d’une autonomie totale, en d’autres termes, ils ne rendent pas compte aux autorités de Bangui.

L’on a plusieurs fois écouté le Chef de l’Etat comparer la situation actuelle de sortie de crise que connaît le pays à celle du Tchad et du Congo où selon ses propres dires, il a fallu huit (8) mois pour le Tchad et plus de douze (12) mois pour le Congo de rétablir la sécurité et l’ordre suite au changement politique par les armes que ces pays ont connu. Or, rien est comparable entre la situation de la RCA et celle du Tchad et du Congo pour le simple fait que pour ces deux pays voisins, il s’agissait d’une guerre civile qui avait durée plusieurs années pour le Tchad et environs sept (7) mois pour le Congo. Aussi, pour le cas congolais, il faudrait souligner le fait qu’avant la guerre civile, les armes étaient disséminées sur l’ensemble du territoire avec l’autorisation officielle qui était donnée à chaque parti politique de disposer d’une milice privée. Alors que pour le cas centrafricain, il s’agit d’une coalition des groupes rebelles qui a pris le pouvoir par les armes après quatre (4) mois du déclenchement des hostilités avec une période de cessez-le feu de deux mois et demi.

La difficulté dont les responsables de Séléka se sont confrontés après leur prise de pouvoir réside dans l’absence d’une coordination en leur sein ce qui a laissé la porte ouverte aux éléments de chaque groupe rebelle de faire à leur tête. Pour preuve, le Chef de l’Etat qui hier était le N°1 de la coalition, n’a pas réussi jusqu’à ce jour, à mettre aux pas tous les éléments de l’ancienne coalition rebelle Séléka.  

Il est donc temps que le Gouvernement de transition prenne ses responsabilités pour rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire car le fait de laisser perdurer l’occupation et la gestion illégale des villes de l’intérieur du pays par de gens inconnus dans l’appareil administratif de l’Etat, cela risque de conduire à la disparition pure et simple de la nation centrafricaine. L’on ne peut pas prétendre être un Gouvernement de la République et ne pas avoir le pouvoir sur les villes de l’intérieur du pays.

Plusieurs voix s’élèvent déjà pour dénoncer le laxisme du Gouvernement face aux défis de la transition dont les priorités attendues se résument par le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du pays, l’instauration de l’autorité de l’Etat par le redéploiement de l’administration civile et militaire sur l’étendue du territoire et la relance de l’économie nationale.

C’est le cas du compatriote Nicaise Karnou Samedi, Représentant de la jeunesse au Conseil National de Transition qui est monté au créneau samedi dernier pour démontrer les faiblesses du gouvernement Tiangaye II face aux véritables problèmes de l’heure. Selon ce dernier, le bilan du précédent Gouvernement est un échec car rien de concret n’a été fait dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route établie par les Chefs d’Etats de la CEEAC. Le Conseiller Samedi, s’est même indigné de constater que le Gouvernement sortant n’a même pas pu engager des procédures nécessaires pouvant lui permettre de rentrer en possession des vingt cinq milliards CFA (25.000.000.000 CFA) accordés à la RCA par les pays de la CEEAC alors que les fonctionnaires et agents de l’Etat attendent toujours leurs salaires qui ne sont pas payés depuis plusieurs mois. Le Représentant de la jeunesse au CNT n’a pas manqué de donner rendez-vous pour une évaluation à mis parcours du nouveau Gouvernement dans les trois (3) prochains mois.

Il revient également à l’ensemble des Conseillers nationaux de veiller désormais sur les actions du Gouvernement comme leur mandat l’exige en interpellant au besoin les responsables des départements où les failles se font constater pour qu’ils s’expliquent sur leur gestion. Cet exercice s’avère indispensable car ceci permettra de pousser le Gouvernement à fournir des résultats escomptés. Et au pire des cas, le CNT ne pourra que prendre ses responsabilités en faisant recours à la motion de censure contre le Gouvernement pour éviter qu’il soit demain tenu coupable de l’échec du Gouvernement. L’on ne souhaiterait pas arriver à ce stade mais cela ne saura être évité si le pays continu à vivre dans une partition totale qui ne dit pas son nom comme cela est cas de nos jours.

J.Motondi

       

 

 

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