Insécurité alimentaire : Malnutrition en baisse, éducation en hausse au site des déplacés de l’Adamaoua

Kangbi-ndara.com / Il y a plus d’un an, la situation humanitaire dans les 6 sites de l’Adamaoua et de l’Est était au rouge. Avec la synergie des partenaires au développement du Cameroun, la misère semble déjà derrière ceux qui se disent heureux.

Malnutrition1Des réfugiés interrogés sur les 6 camps des réfugiés que compte la région de l’Est (Lolo, Kété, Timangolo et Gado-Badzéré) et celle de l’Adamoua (Ngam et Borgop), la plupart ne souhaite plus rentrer en République centrafricaine (Rca) si le choix leur était donné. L’action humanitaire ayant eu raison d’eux. Surtout que cette dernière les a aidé à oublier leur passé douloureux, parfois tumultueux. L’action conjuguée des partenaires au développement du Cameroun dont le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) les a aidé à voir la vie autrement, celle qui place l’enfant au centre de toute préoccupation.

Bonne éducation

Selon les informations glanées à bonnes sources, 80% des enfants réfugiés de Rca ont récité pour la première fois, l’alphabet français dans les camps. "Ces enfants n’étaient jamais allés à l’école" confie un éducateur. Pour ce dernier, "on s’imagine que l’ignorance était pour quelque chose" justifie-t-il. De manière générale, le taux de scolarisation reste spectaculaire comparé même aux villages qui abritent ces sites de réfugiés. "La population riveraine se plaint qu’on n’aménage pas aussi des pareilles conditions pour elle" confie sous cape un travailleur humanitaire.

A titre illustratif, sur une population d’environ 40 000 réfugiés au 07 juin 2015 que comptent les 2 sites de l’Adamaoua et les 4 de l’Est, Ngam dans la région château d’eau du Cameroun détient la palme d’or avec plus de 80% du taux de scolarisation dans les Espaces temporaires d’apprentissage et de protection des enfants (Etapes), équivalent de la maternel et du primaire. Suivi de Borgop soit 60% dans la même région. Gado-Badzéré dans le soleil levant avec sa population de réfugiés de plus de 24 000 ne vient qu’avec 36%. Le constat fait ici est que dans la première région citée, ces réfugiés viennent des zones rurales de la Centrafrique avec une faculté d’adaptation plus poussée et la seconde des zones urbaines du pays de Bozizé avec un faible engouement pour l’école, même si tous, sinon l’écrasante majorité est peulh. La faute aux parents qui font encore prévaloir la culture alors que pour le premier cas, un doigt un pointé sur le dynamisme des parents à qui incombe d’ailleurs la gestion de ces Etapes fustige-t-on ici.

Outre les élèves issus des Etapes de Gado qui seront inscrits en 6ème au Lycée de la même localité à la prochaine rentrée scolaire, les éducateurs attendent un nombre plus important l’an prochain.

Une santé montante

Pour un habitué des différents sites de réfugiés dont Gado le plus important d’un point de vue numérique, à l’arrivée des réfugiés il y a plus d’un an, les ¾ d’enfants enregistrés étaient malnutris. Les parents interrogés accusaient notamment la distance et le temps mis entre leur pays et celui d’accueil. Force est de remarquer que dans ces camps, la mine est plus joyeuse. "Il y a moins d’enfant malnutris en ce moment depuis avril 2015" confie un des responsables de l’Ong Action contre la Faim (Acf) dans le camp de Gado.

Si l’on note des arrivées à des fréquences irrégulières, la prise en charge aussi reste l’un des défis majeurs des humanitaires. Dès l’arrivée des réfugiés, tous les enfants sont débusqués et passés au peigne fin. En langue technique, c’est le "councilling" selon Nemm Jacques, responsable des animateurs de la croix rouge Camerounaise (Crc). Une fois le malnutris détectés, "il est suivi tous les jours jusqu’à sa guérison complète". C’est le cas du petit Moustapha qui, suivi entre le 30 avril et le 14 juillet 2015, a été remonté et atteint déjà les 6,50 Kg "alors qu’il y a quelques temps était malnutris". Pour sa maman Amina Garoua, "c’était un problème de famine, nous n’avions pas de quoi manger en route". Après le suivi des humanitaires, la maman se réjouit que "l’enfant soit entrain de retrouver sa santé".

L’on peut aussi noté que la vaccination de routine dans ces zones connaissent une fréquence plus importante que dans le reste du pays. C’est le cas du Centre de santé de Timangolo par Batouri où le chef de Centre, Awé Alexandre veille au grain par des vaccinations de routine et en poste fixe. "Depuis l’arrivée des réfugiés, nous les comptons parmi la population et ils ont droit aux mêmes soins que les autres" indique-t-il. C’est aussi le cas dans le district de santé de Djohong par Meiganga. Ici, "en 2014 nous avons procédé à une campagne de vaccination contre la polio tous les mois" fulmine pour sa part le Dr Ngondji Francois, chef de Centre. Ici, avec la sensibilisation des riverains et des réfugiés, "les cas de refus sont dus plutôt à la peur des parents", poursuit le médecin. Surtout que comme ailleurs, "l’Unicef prend en charge les mobilisateurs sociaux et grâce à eux, la communauté reçoit les informations en temps réel" confirme le chef de district.

Cependant…

Si l’on peut se rendre par soit même compte, qu’une fois dans le site l’action humanitaire porte des fruits, force est de reconnaitre qu’il reste encore à faire. A ce titre, la maintenance des infrastructures telles que les forages d’eau potable reste un vrai challenge. Le revêtement des abris, outre les toilettes ne sont pas en reste. L’électrification des sites pour faire rentrer définitivement les réfugiés dans la modernité qui est un concept universel reste de mise, même si ceux-ci sont appelés à regagner leur pays d’origine. Ces infrastructures profiteraient aussi aux riverains. A titre d’exemple, Djohong qui est un arrondissement n’est pas connecté au réseau national d’électricité. Grace aux groupes électrogènes des partenaires, la ville n’est alimentée qu’entre 18h et 22h, puis de 08h à 13h.

Avec le retour de la paix en Rca dont la date des prochaines élections est connue, l’opinion songe déjà à l’organisation du retour "volontaire des réfugiés". Catherine Samba-Panza, la présidente de Transition ayant déjà tendu la main à ses compatriotes dans ce sens. Mais l’Etat du Cameroun par son hospitalité légendaire n’exige qu’"un vivre en paix" de ses réfugiés.

Paul- Joël Kamtchang de retour de l’Est du Cameroun