Interview : le Conseiller national Florent Sokambi pour un audit des gouvernements Nzapayéké et Kamoun

Kangbi-ndara.com / Doté d’une liberté d’expression partiulière, Florent Joël Yatibingui Sokambi, Conseiller national rapporteur général de la commission des affaires étrangères, proche parent du ministre d’Etat Aristide Sokambi et neveu de la Présidente de la Transition Catherine Samba-Panza touche du doigt la plaie du régime transitoire dirigé par sa tante. Pour cette élite centrafricaine prônant « l’exemplarité » et la « méritocratie », le Conseil National de la Transition (CNT) doit le plus tôt procéder à l’audit des gouvernements André Nzapayéké et Mahamat Kamoun afin d’apporter au peuple des éclaircissements sur la gestion du don angolais. 

Kangbi-ndara.com : Bonjour Mr Sokambi, l’actualité centrafricaine est fortement marquée ces derniers temps par l’histoire d’un détournement de fonds publics au niveau de l’instance dirigeante de la Transition.  Quel est votre ressenti en apprenant cette nouvelle ?

sokambiFlorent Joël Yatibingui Sokambi : Bonjour, ce sont les médias qui  m’ont mis au parfum de Cette catastrophe financière. Il est vrai que, de prime abord, on  pourrait parler de la présomption d’innocence  à partir du moment où il n’y a pas de jugement, seulement, c’est une situation de flagrance, et, ceux qui maitrisent le droit mieux que moi diront, sans me tromper, qu’il y a de la présomption de culpabilité à partir du moment où les faits sont réels et que les éléments qui sont mis à la disposition de l’opinion nationale et internationale par les médias sont clairs et probants. Donc, j’ai un sentiment partagé d’abord en tant que centrafricain, je suis très peiné de voir que dans mon pays, dans cette situation de crise profonde, dans cette situation de souffrance du peuple, que certaines personnes se permettent de d’abuser de la confiance du peuple. En tant que comptable de la transition puisque la transition, je suis doublement peiné. Jusqu’à maintenant, le Gouvernement depuis le début de la crise n’est pas capable les moyens de payer ne fut ce qu‘un mois de salaire, tout nous vient de l’extérieur. Nous avons cette chance de bénéficier de l’attention de la communauté internationale et pourtant il y a d’autres foyers de tensions dans le monde : en Syrie, en Irak, en Ukraine et bien d’autres pays. C’est dans ces moments difficiles que nous devrions avoir une gestion claire tenant compte de l’orthodoxie financière. Pour moi, cette affaire de détournement est tellement grave, qu’elle ne peut pas passer inaperçue. Il va falloir que le peuple centrafricain s’en saisie, que le peuple centrafricain se sente concerné par cette histoire, que la Cheffe de l’Etat et les personnalités citées dans cette histoire puissent fournir des éléments clairs pour que l’affaire soit réglée. C’est vrai, on pourrait dire que tous les régimes qui se sont succédé ont connu des cas de détournement mais celui-ci est très précoce. A seulement neuf mois d’exercice de pouvoir dans une situation où l’on parle de la Centrafrique d’un non Etat, puisque nous ne sommes pas capables de répondre à nos besoins les plus élémentaires. On ne peut pas se permettre de passer l’éponge sur cette histoire.

Des dispositions sont-elles déjà prises au niveau du CNT ?

A ce que je sache, le CNT s’est déjà saisi du dossier, je suis certain que vous aviez pris connaissance comme moi du discours du président du CNT qui au nom de l’institution s’est saisi du dossier, donc c’est devant la table du parlement que nous allions apporter des éléments nécessaires qui seront mis à la disposition du peuple centrafricain.

Vous avez un lien étroit avec le ministre Aristide Sokambi et la Présidente Samba-Panza, qu’est ce qui explique votre recul vis-à-vis du régime censé être le votre ?

Vous avez raison de le souligner, je suis trahi par mon nom puisque je suis effectivement neveu du ministre Sokambi et par ricochet le neveu de la Cheffe de l’Etat Catherine Samba-Panza. Permettez que je vous  rappel ce que le Président François Bozizé avait dit à tort dans le passé : « le fils du roi est roi » c’est totalement faux. Je ne suis pas roi ! Il s’agit de la gestion de la République, la famille c’est à la maison, la République est au dessus de la famille. De mon jeune âge et de ma jeune carrière politique  j’ai combattu beaucoup de régimes, j’ai combattu l’injustice des autres familles, donc je ne peux pas me permettre de voir l’injustice de ma famille s’installer. Je pense que c’est une question d’éthique. Je formule le vœu de voir ma génération faire la politique autrement. Il faut savoir faire le distinguo entre la famille et ce qui transcende, c’est-à-dire ce qui est au dessus de la famille, la République chère à Boganda, chère  à nous tous, cette République est au dessus de la famille. Nous, la Cheffe de l’Etat, le ministre Sokambi que et moi, avons aujourd’hui chacun des briques de responsabilités. Il faut prévaloir l’exemplarité et la méritocratie. En dehors du sang et du nom qui me lient avec ma famille, je ne suis pas obligé d’aller dans le sens de ma celle-ci, surtout lorsque la raison n’habite pas dans la case familiale !

Seriez-vous au CNT si vous n’étiez pas proche de Mme Samba-Panza ou du ministre Sokambi ?

Je sais pertinemment que vous savez comment je suis arrivé au CNT, c’est antérieur à l’arrivée de Catherine Samba-Panza. Permettez, je ne veux pas m’appesantir sur le terme parent et autres parce que ça fait mélange de genre. Même si le ministre Sokambi était déjà dans le Gouvernement de Me Nicolas Tiangaye cela n’a influencé en rien ma désignation comme conseiller national. Je suis au CNT au nom d’une entité politique qui fait partie de l’ancienne opposition au régime de Bozizé, l’ADP mon parti politique. Je suis au CNT au nom d’une famille politique et non d’une famille biologique. C’est ça qui explique le fait que je sois très à l’aise d’apporter ma contribution quand il le faut, de critiquer et de faire des propositions.

Vous êtes pour ou contre le gouvernement coiffé par le Premier ministre Mahamat Kamoun ?

L’entame de votre question me fait sourire à double titre. Ce n’est pas au CNT, même si je ne valide pas la thèse de l’exécutif qui consiste à brandir les pouvoirs discrétionnaires dans ces moments difficiles parce que je l’ai souligné au départ que la Transition au départ se voulait consensuelle et apaisée. Tout ce qui est en dehors du consensus et de l’apaisement n’est pas de nature à nous avancer. Ce n’est pas la personne du Premier ministre Mahamat Kamoun qui pose problème mais la méthode utilisée par la Cheffe de l’Etat…La nomination de Mahamat Kamoun a souffert en amont de quelques erreurs. Nous sommes dans une période exceptionnelle. Une période de transition qui se veut consensuelle et apaisée. Or, la Cheffe de l’Etat a rompu après Brazzaville avec le consensus et le caractère apaisé de la Transition. Je dirais même qu’elle a trop innovée depuis qu’on est revenu de Brazzaville en oubliant qu’elle n’a pas été investit au suffrage universel. Elle a oublié qu’elle tire sa légitimité du CNT. C’est ça qui est au cœur de la nouvelle crise qui a été crée de toutes pièces par l’exécutif, cette crise à la fois politique et institutionnelle. Heureusement qu’au niveau du CNT on a gardé le cap parce qu’on ne peut pas nous permettre certaines choses : l’enfantillage, l’amateurisme, la médiocrité etc. Mais maintenant, si vous me le permettez, je vais paraphraser le président Nguendet dans son discours relatif au Gouvernement du Premier ministre Kamoun : « Nous prenons acte et aujourd’hui nous n’avons pas intérêt à entretenir des tensions inutiles parce que ça ne sert pas le pays ». Cette nomination a suscité des réactions compte tenu de ce qu’avait fait l’exécutif. Comme un maçon au pied du mur on attend de voir de quoi ce Gouvernement et son Premier ministre en sont capables même si j’ai ma petite idée que je ne vous livre pas !

A en croire les médias, le torchon brûle entre le président du CNT Alexandre Ferdinand Nguendet et le Premier ministre Kamoun. En savez-vous quelque chose ?

Je ne suis pas à l’aise de répondre à cette question parce que je ne suis pas autorisé de parler en lieux et place du président Nguendet ni du Premier ministre Mahamat Kamoun. Il nous faut éviter de tomber dans les querelles de clochers car elles sont de nature à freiner le progrès. Il nous faut par contre raisonner en termes d’idées, de propositions et en termes de cohésion nationale. L’exemple doit venir d’abord d’en haut, il faut qu’il y ait une harmonie au niveau des institutions et entre des différentes actions. Le gouvernement et le CNT sont appelés à redresser les choses pour offrir un avenir meilleur après la transition. Le travail que nous sommes entrain de faire, que ce soit au niveau de l’exécutif ou du CNT, est primordial et très important pour la suite des évènements. Si nous réussissons la Transition, demain nous aurons un pays apaisé et placé sur le rail du développement. C’est pour cela que je suis de ceux qui demandent à ce que ces querelles d’hommes soient reléguées au dernier plan. 

Considérant toutes les histoires qui gravitent autour du pouvoir en place, pensez-vous que le CNT ferait recours à la motion de censure ?

La fameuse motion de censure cette question récurrente qui coure sur toutes les lèvres. Je voudrais rappeler deux choses. Primo, lorsque le CNT a été mis en place, nous nous sommes dotés au départ de la motion de censure dans notre règlement intérieur. Seulement, avec l’aide de nos amis de la communauté internationale qui pensaient que, en ce moment difficile, laisser le CNT se doter de la motion de censure pourrait constituer un élément d’instabilité du fait que les gens penseraient à tout moment que le CNT s’arrogerait de ce pouvoir pour faire partir le Gouvernement Tiangaye et le reste. Mais, je fais partie de ceux qui ont réclamé et qui se sont toujours battu pour avoir la motion de censure même si nous ne l’avons pas pour une simple raison. La motion de censure, c’est vraie, on peut la considérée à une bombe atomique, quelle soit une bombe atomique ou pas elle reste une arme de dissuasion parce que nous savons qu’il n’y pas une majorité mécanique au CNT puisqu’il est constitué de toutes les entités issues de différentes couches. On ne va pas s’amuser à utiliser la motion de censure même si on en était doté. Et la question de motion de censure n’est pas liée à la Cheffe de l’Etat mais au gouvernement. Ceci étant y a un élément important même s’il n’est pas gravé dans le marbre constitutionnel mais il y a un précédent, il y a une jurisprudence qui s’est installée au cours de la Transition. Le CNT a participé à la destitution de Michel Djotodia à N’Djamena. Il y a cette possibilité mais aujourd’hui l’intelligence voudrait que nous arrivions tous à un niveau de convergence pour que la méritocratique et l’exemplarité prennent le dessus.

Le CNT doit aussi se culpabiliser des erreurs de la transition en cours, il avait le pouvoir de faire  le bon choix ?

Je dirais en toute honnêteté OUI, du moment où la Cheffe de l’Etat tire sa légitimité du CNT. Il ne sert à rien d’avoir la langue de bois, de toutes les façons, je n’en ai pas. En ce moment le pays va très mal ! Ne parlons pas de soupçons mais des faits avérés de détournements, de l’absence de la gestion humanitaire, la sécurité, les élections à venir etc. Je ne suis pas entrain de casser les murs mais tout le monde sait que le pays a du mal à décoller.

Quelle est l’urgence du parlement en vue de remettre la pendule à l’heure ?

J’avoue que cette question est un peu difficile. Le prendre sous l’angle législatif, je dirais que le CNT qui a rempli son cahier de charge, qui a fini sa feuille de route à l’exception de l’avant projet de la constitution et nous sommes entrain de nous y atteler. Pendant cette session nous allons finir ce travail constitutionnel de l’avant projet de notre texte de base, après ça nous allons tomber dans la routine parlementaire c’est-à-dire mais…je comprends bien que votre question sous entend autre chose, je vais vous répondre. Aujourd’hui le CNT s’est saisi de la question du don angolais, il va falloir que nous ayons le courage d’aller au bout de cette affaire. Le président du CNT a montré la voie parlementaire à suivre, nous allons commencer par des auditions de tous ceux qui de près ou de loin ont été cités dans cette situation. Même le gouvernement sortant doit être interrogé pour faire l’éclairage sur ce qui s’est passé en fin le CNT soumettra devant le peuple tous les éléments concoctés. Seul le peuple décidera de la suite.

La Minusca installée depuis près d’un mois en Centrafrique vous inspire confiance ?

Je me réjouis et je remerciement la communauté internationale qui a le regard braqué sur nous. C’est une bonne chose, malgré nos enfantillages, malgré notre prédation, nous arrivons encore à mobiliser la communauté internationale. Commençons par nos frères de la sous région CEMAC et CEEAC qui était les premiers à être à nos chevets. Tout ce que je souhaite c’est de voir cette mission des Nations Unies appliquée strictement les résolutions du Conseil de Sécurité à savoir les résolutions  2121, 2127, 2149 etc. C’est un défis pour la communauté internationale et en même temps un défis pour nous autres, l’heure est arrivée, parce qu’il y a un temps pour toute chose et, il est temps de cesser avec les armes pour préparer le retour de la paix et de la sécurité.

Propos recueillis par Johnny Yannick Nalimo

Comments

comments




Laisser un commentaire