Interview : Eddy Symphorien Kparékouti, l’exemple d’un vrai self-made-man

Né à Bangui, capitale de la République Centrafricaine, au printemps des années 70, Eddy-Symphorien Kparékouti, marié et père de trois enfants, est de ceux qui ont suivi un cursus scolaire normal. Dans son cas, d'abord à l’école maternelle des Castors, à l’Ecole Ngouciment à Bangui, au Lycée de Mbaïki, chef-lieu de la Préfecture de la Lobaye, dans le sud de la République Centrafricaine et au Lycée des Martyrs à Bangui. Loin de la survivance du plus apte de la théorie darwinienne de la sélection naturelle, toute personne qui naît dans ce monde est appelée à se frayer un chemin dans la vie. Et Eddy Symphorien Kparékouti est de ceux qui ne doivent leur réussite sociale qu’à eux-mêmes. De vrais self-made-men ! Au regard de son parcours, Eddy Symphorien Kparékouti est devenu un polyglotte. Il parle, lit et écrit couramment le Sango, le Français, l’Anglais, l’Arabe et le Kiswahili. Comme cerise sur le gâteau, l'homme, Eddy Symphorien Kparékouti, a créé le Parti de l’Unité et de la Reconstruction (PUR), histoire d’aspirer à la magistrature suprême de son pays, la République Centrafricaine, longtemps rongée par les crises politico-militaires. Il a accepté de répondre à nos questions.

M. Eddy-Symphorien Kparékouti, vous semblez être un vrai self-made-man. Y a-t-il un secret ?

DSC01182J’aime toujours raconter cette anecdote dans mon entourage. Dans la forêt, un arbre qui est abattu ne tombe jamais à terre. Il s'accroche à un autre. Je voudrais dire que Dieu a fait les choses de sorte que le destin des uns peut être entre les mains des autres. C’est ainsi qu’en 1986, lors de mes vacances chez mon grand-père Gatikoui à Yaloké, une des sous-préfectures de la préfecture de l’Ombella M’Poko, un pasteur venu de la République Démocratique du Congo a déniché en moi mon penchant pour le secours aux personnes âgées. Il a entamé les démarches de mon adoption, et de ce pas, il m’a amené en République Démocratique du Congo, où j’ai poursuivi mes études à Kinshasa.

A Kinshasa, après mes études secondaires, je me suis inscrit à l’Institut Scientifique et Pédagogique de Bambu. Là, un homme d’affaires soudanais a prématurément détecté en moi des valeurs. Il m'a octroyé, en 1990, une bourse d’études pour l’Université Internationale de l’Afrique (UIA) à Khartoum au Soudan, une institution qui ouvre tous les ans ses portes aux étudiants du monde entier. Au bout de sept (7) années d'études, j'ai obtenu le diplôme d’ingénieur en génie civil.

Les études finies, vous êtes retourné dans votre pays la Centrafrique pour dérouler, professionnellement, ce que vous avez appris ?

Non, je suis resté sur place à Khartoum au Soudan, où j'ai travaillé, entre 1996 et 1998, au sein de la Société Soudanaise de Fabrication de Fer et Acier en qualité d’ingénieur supérieur. Fin 1998, mes collègues de l’Université Internationale de l’Afrique à Khartoum m'ont proposé d’aller travailler avec eux en Tanzanie. J'ai acquiescé alors que j'étais sollicité par une autre société saoudienne de fabrication de fer et acier.

Vous avez donc choisi la Tanzanie plutôt que l'Arabie Saoudite ?

Oui ! Il n’y a pas de hasard dans la vie et chacun à des opportunités qui se présentent à lui et c’est à lui de les exploiter à son avantage. A Dar Es Salaam, où je vis presque, j'ai d'abord été recruté par la société des travaux publics dénommée ‘Matimila Investment Limited’. Mes compétences et mon esprit créatif m’ont permis d’être promu en 2005, coactionnaire dans le capital de la société Matimila Investment Limited’.

Profitant de mon séjour en Tanzanie, j'ai créé la société « Bangui International Limited », dont je suis le Président directeur général (PDG). Bangui International Limited est une société des travaux publics et des transports.

C'est tout ?

Non ! De temps en temps, je représente, dans le cadre du développement social en République Démocratique du Congo et en République Centrafricaine mon pays, la société américaine ‘Cohen and Wood’.

Vous êtes Centrafricain, vous avez choisi de vivre en Tanzanie. Quels sont vos rapports avec les Centrafricains qui sont dans cette partie de l'Afrique ?

Ce volet fait partie de mes préoccupations. Raison pour laquelle j'ai créé, en 2010, l’Association des Centrafricains Résidant en Tanzanie et en Afrique de l’Est, dont le sigle est ACARCT. Justement parce qu’une représentation diplomatique fait défaut dans cette région d’Afrique. Il fallait bien que les ressortissants centrafricains dans la région parviennent à s’entraider, à défendre leurs droits et également à brandir l’étendard national, en cas de besoin.

Visiblement, vous faites plus pour l'extérieur que pour la Centrafrique qui vous a vu naître ?

Je ne crois pas. Je ne voudrais pas non plus dire que je suis un nostalgique. Toutefois, je me soucie perpétuellement de la Centrafrique, en proie aux crises politico-militaires. Ces crises récurrentes sont à l'origine du recul de la République Centrafricaine alors que de nombreux pays africains rament vers le statut de pays émergents. C'est dans cet esprit que j'ai une fois de plus, créé en 2010 en République Centrafricaine la coopérative minière ‘Namsona De Boferan’ dans les villes minières de Boda, Bangandou et autres. Devenue prospère à ce jour, cette coopérative offre de l’emploi à plus de 60 personnes par chantier.

Quand bien même vous ne vivez pas en Centrafrique mais vous avez une connaissance poussée de ce pays ?

Bien entendu. Ayant l’esprit patriotique j’ai conservé ma nationalité centrafricaine jusqu’aujourd’hui ! Le problème majeur de la Centrafrique demeure l'extrême pauvreté, qui est à la fois mentale et matérielle. Les jeunes particulièrement, n’ont aucune occupation positive, à cause du sous-emploi. La plupart d’entre eux vivent dans le dénuement total. Pourtant, ces jeunes sont la proie facile des manipulateurs, auteurs des différentes rébellions, qui mettent à mal la situation socioéconomique du pays.

Par rapport à cette extrême pauvreté, avez-vous un remède, des solutions ou alternatives ?

J'ai fondé en 2012 ‘l’Association des Jeunes Centrafricains pour la Lutte contre la Pauvreté’. Il s’agit, à travers cette organisation, de persuader les jeunes que leur pays, la République Centrafricaine, n’est pas pauvre, comme le démontre le cliché que tout le monde connaît. Il suffit de rassembler ces jeunes, de désenclaver leurs esprits et les organiser pour en faire de véritables agents de développement, à travers l’amour du travail.

Est-ce pour cela que vous aspirez à la magistrature suprême de l'État ?

Les Sociologues l'ont perçu. Dans la vie, chaque être humain est guidé par ses ambitions. A la différence de ceux qui m'ont précédé à la magistrature suprême de l’Etat, j'ai à cœur le décollage de la République Centrafricaine. Grâce à mon cursus professionnel et mon expérience de la vie, j’ai pour ambitions de grandes réformes pour la nation. Mon vœu ardant est que, le pays de Barthélemy Boganda parvienne au même degré de développement que les autres, au statut de pays émergents, caractérisés par de grands chantiers infrastructurels.

Est-ce pour traduire dans les faits votre vision que vous avez créé le parti politique dénommé « PUR » ou Parti de l'Unité et de la Reconstruction ?

Oui, je dirais même que le Parti de l'Unité et de la Reconstruction, créé en 2014 en collaboration avec le Professeur Lambert Mossoa, reste un cadre devant offrir à la République Centrafricaine une nouvelle vision d'une politique axée sur l’entreprenariat. L’adhésion à cette vision permettra aux Centrafricains d’être de vrais acteurs du développement, tant de leur pays que de leur bien-être.

La République Centrafricaine a longtemps été dévastée par des crises politico-militaires récurrentes. Seriez-vous en mesure de redresser la barre au cas où les Centrafricains vous accordent leur confiance ?

Regardez seulement dans les attributs du parti, auquel il suffit simplement d'adhérer. La devise du parti est : Unité – Transparence – Travail. Son emblème, au-delà des bandeaux vert, jaune et rouge, montre une femme et un homme en train d’édifier un mur. Il s’agit-là d’un symbole de la reconstruction de la République Centrafricaine.

Depuis le premier congrès du parti, le samedi 30 août 2014 à Bangui, j'ai pris sur moi, à travers le parti, de m'impliquer dans la politique de la Centrafrique, par la formulation des réponses idoines à l’ébranlement de l’unité et de la cohésion sociale, fruit de l’échec d'une classe politique qui a tourné le dos à toutes les catégories socioprofessionnelles et à la jeunesse.

Vous êtes encore dans le générique, Président. Pourriez-vous être un peu plus clair ?

Je voudrais dire que l’unité en République Centrafricaine est une réponse aux fissures sociales nées de la grande crise qui secoue encore le pays. La reconstruction est une réponse aux effets dévastateurs, tant des structures et infrastructures publiques et privées, des différentes mutineries, des tentatives de coups d’Etat et coups d’Etat réussis ainsi que des rébellions qui ont émaillé l’histoire du pays jusqu’à l’heure actuelle.

En termes clairs, l’objectif du Parti de l’Unité et de la Reconstruction est de redonner confiance aux filles et aux fils de la Centrafrique, à la suite des décennies de destruction et de gabegie. Le PUR s’attend à rompre avec les anciens systèmes de gouvernance. C’est pourquoi, pour moi, ce parti se présente comme l’Arche de Noé, l’engin qui a sauvé, en son temps, les espèces actuelles.

Monsieur le président, je vous remercie.

Merci à vous aussi monsieur Mamadou.

Propos recueillis par Alain-Patrick MAMADOU

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