Interview exclusive : « …nous avons commis des erreurs », Gaston N’Guerekata

Kangbi-ndara.info/ Au regard de l’actualité centrafricaine et d’un relatif manque de consensus politique sur les questions de l’heure, entre autres, la sécurité, l’économie et le mode de gestion de nouvelles Autorités, le président du Parti pour la Renaissance Centrafricain (PARC),  Pr Gaston Mandata N’Guerekata, livre ses impressions chaudes à certains médias nationaux. Se reconnaissant un des alliés du Président Centrafricain Faustin Archange Touadera, Gaston Mandata N’Guerekata reconnait que des erreurs ont été commises par l’ensemble de la classe politique centrafricaine face à l’insécurité persistante dans le pays. Préparant un Congrès extraordinaire de son parti à la traversée des eaux troubles, Gaston Madata N’Guerekata estime qu’il faut une équipe plus « aguerrie » pour défendre la Centrafrique lors de la prochaine Conférence des Bailleurs à Bruxelles en Belgique.

ob_7b0ca9_cf-gastonMonsieur Gaston Mandata N’guérékata bonjour ! Vous êtes président du PARC. En votre absence, il y a une frange de vos militants qui a annoncé votre destitution en tant que président de ce parti. Aujourd’hui vous revenez en République centrafricaine, est-ce pour résoudre ce problème?

Bonjour, oui, certainement. J’ai donc appris en ma grande surprise, la mise en place d’un Bureau de Parti pour la Renaissance Centrafricaine (PARC) dans des conditions qui ne respectent pas le statut et le règlement intérieur de notre parti. Les militants en nombre important m’ont appelé, eux aussi surpris de ne pas être associés, pas même informés de cette décision, du moins de la réunion qui a conduit à la mise en place de ce bureau. Et donc ils m’ont demandé de revenir à Bangui et d’organiser un congrès extraordinaire où tout le monde va se retrouver pour pourvoir s’expliquer. Et bien sûr, le congrès en tant qu’instance de souveraineté du parti, prendra des décisions qui s’imposeront à tous.

Monsieur le président vous annoncez aujourd’hui la tenue d’un congrès du PARC. Est-ce qu’on peut savoir quand est ce que ce congrès aura lieu?

Le congrès extraordinaire aura lieu le samedi 24 septembre 2016 à l’hôtel Azimut. Ce congrès est obligatoire dès l’instant où les militants l’ont demandé. Il y a une question qui impacte la vie du parti. C’est une question vitale. Ce congrès ne va parler que de cela.

Monsieur le président vous parlez de résoudre le problème qui se pose au sein du PARC. Est-ce pour résoudre ce problème vous allez convoquer aussi ceux qui l’ont créé?

GMN: Tout le monde est invité. Des invitations écrites ont été adressées à ceux qui ont initié cette décision y compris Monsieur FOUKPIO, lui-même Secrétaire Général du PARC et l’ancien Vice-Président du parti, démissionnaire qui se trouve en Martinique ont été invités. Tout le monde sera là et comme on le dit souvent « le linge sale se lave en famille ». Il ne s’agit pas d’aller polémiquer mais ces gens ont certainement des raisons qui les ont poussés à s’insurger contre les textes du parti et peut-être à s’insurger contre moi. Donc, ce sera le lieu où ils pourront venir et exprimer publiquement à l’ensemble des militants, leurs griefs et bien sûr moi je serai là pour répondre à des questions, s’il y en a.

Monsieur le président est ce que vous espérez à la fin de ce congrès extraordinaire remobiliser à nouveau ces cadres autour de vous?

Absolument ! Il y en a qui sont sur cette liste-là, qui ne sont pas d’accord sur ce qui s’est passé et qui sont avec moi et travaillent pour préparer ce congrès. Et donc nous allons sortir unis et plus forts après ce congrès.

Le PARC, votre parti et vous-même aviez soutenu Faustin Archange Touadéra lors du second tour de la présidentielle qu’il a remporté. Aujourd’hui, il a passé plus de six mois au pouvoir. Dites-nous, est ce que la direction que Faustin Archange Touadéra donne à la République Centrafricaine vous rassure en tant qu’allié?

Nous sommes alliés. Je suis un homme de conviction. Je ne change pas facilement d’avis. Je suis aussi un enseignant et en tant qu’enseignant, je suis une personne qui insiste, qui insiste dans le temps pour que des leçons soient bien apprises. Les six mois comme vous dites, ne sont peut-être pas suffisants pour comprendre la ligne que nous sommes en train de suivre, du moins la ligne que le Président veut imposer à ce pays; la vision du président. Mais six mois, c’est déjà aussi beaucoup parce que, comme on le dit « ce sont les premiers jalons qui permettent donc d’avoir une idée sur ce qui se passe ». Ce que je peux reconnaitre au Chef de l’Etat en ce moment, c’est sa grande passion pour la paix. J’y crois énormément et peut-être parfois, de manière un peu controversée par certaines personnes. Il s’investit énormément pour que toutes les parties prenantes de la crise centrafricaine soient rassurées et puissent travailler ensemble pour la paix.

Mais il s’investit pour la paix malheureusement cette paix n’arrive pas n’arrive toujours pas et dans ces derniers temps il y a regain de violence un peu partout dans l’arrière-pays. Les séléka ont repris les hostilités à Kaga-Bandoro, à Kouango, on parle d’une éventuelle attaque à Bangassou etc. Cela n’est-il pas inquiétant, Monsieur le président?

C’est très inquiétant et si cela se passe, cela veut dire que nous avons commis des erreurs.

Vous, avec Faustin Archange Touadéra vous avez commis des erreurs !

Je suis son allié. Donc, ce qu’il fait m’engage aussi. Je pense que nous avons commis des erreurs et il faudra que nous puissions réfléchir en cela et voir comment faire et que faire pour redresser la situation.

Vous rejoignez  Dologuele le challenger de Touadéra au second tour de la présidentielle qui, hier au micro de RJDH disait « Faustin Archange Touadéra est en train de mettre la République Centrafricaine en danger par ses improvisations »?

Je ne suis pas d’accord avec Monsieur Dologuélé sur cette position. Je ne vois pas l’improvisation dont il est question. Je crois que le Président Touadéra a un plan bien déterminé pour arriver donc à la paix. C’est ce qu’il est en train d’appliquer.

Qu’est ce qui bloque?

Ce qui bloque, je crois que, peut-être nous n’avons pas su parler aux uns et aux autres de la manière qu’il faut. Peut-être que nous n’avons pas utilisé tous les moyens pour qu’il y ait la paix. Dialoguer seulement? Quand on n’a même pas la force d’imposer la paix, cela peut être un handicap. Il y a des personnes qui sont têtues et il faut leur donner aussi un langage de têtus. Peut-être nous sommes un peu faibles de ce côté mais pas parce que nous le voulons.

Vous parlez de l’armée?

Bien sûr. C’est difficile de combattre des gens qui ne comprennent que le langage des armes, si nous-mêmes, nous n’avons pas les armes.

Le Président de la République a opté pour le DDRR. Pour lui, c’est le préalable de la paix. Est-ce que le rythme actuel du DDRR est promettant?

Ce rythme-là dépend aussi de la communauté internationale. Ce n’est pas que notre volonté. Donc, il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire pour changer les choses. Nous dépendons de la communauté internationale pour pouvoir faire avancer ce projet du DDRR. Mais je vais quand même aussi dire une chose. Personnellement ; cela n’engage que moi. Le DDRR n’a jamais réussi nulle-part. Et donc, il faudra absolument que nous puissions avoir une mesure complémentaire pour pouvoir faire avancer cette question de recherche de la paix. Je trouve inquiétant de voir que dans nos villes et nos villages, des jeunes qui ont des armes et gardent ces armes dans l’espoir de se faire payer. Cela est un problème. Si on ne joue uniquement que la carte du DDRR. Je pense qu’on n’aura pas la paix parce que ces jeunes qui reçoivent aujourd’hui de l’argent dans ce cadre-là peuvent, une fois l’argent complètement dépensé, se remettre dans la même situation encore pour essayer de retrouver de l’argent. Et ce sera un cycle infernal. Et je trouve que c’est grave. C’est dire qu’on devrait trouver une voie complémentaire au DDRR.

Monsieur le président, il y de cela quelques mois, le Président de la République a reçu au palais de la Renaissance, les Forces Vives de la Nation qu’il a consultées sur un possible remaniement gouvernemental. Jusque-là, les choses ne semblent pas bouger. Que s’est-il passé ?

Moi je l’apprends, je ne savais pas que les Forces Vives de la nation avaient été reçues pour la formation du Gouvernement. La formation du Gouvernement, c’est la décision discrétionnaire du Chef de l’Etat. Il y a des impératifs auxquels obéit ce remaniement ministériel. Personnellement, je crois que c’aurait été intéressant, utile d’aller à la rencontre de Bruxelles avec une équipe un peu plus aguerri.

Celle-là n’est pas aguerrie selon vous ?

Il faut réussir la rencontre de Bruxelles en vue d’obtenir de nos partenaires, un appui conséquent. Et dès cet instant-là, la préparation pas seulement technique mais la préparation en termes d’équipe qui devra aller défendre ce dossier-là, est importante.

Avec quels investisseurs pensez-vous que la délégation centrafricaine pourrait se présenter à la rencontre de Bruxelles ?

En tout cas, moi je ne connais pas beaucoup d’investisseurs nationaux. Mais je crois que la chambre des représentants, je parle de la Chambre du Commerce et du Conseil Economique et Social, ces représentants devraient être au moins eux à Bruxelles et savoir les dossiers qui sont en préparation. On ne va pas prendre les gens au hasard parce qu’ils sont importants. Quels sont les dossiers que le Gouvernement a préparés pour Bruxelles. S’il n’y a pas ce dossier, alors le choix de ces investisseurs s’imposerait.

Nous avons renoué avec la légalité constitutionnelle. Malheureusement, il y a encore des institutions de la Transition qui existent. Je veux parler de la Cour Constitutionnelle de Transition et le Haut Conseil de Communication de Transition. Il y a certaines institutions dont la mise en place a été imposée par la Constitution qui tarde à venir. Ce n’est pas tout cela qui constitue le blocage ?

Non, moi je pense que cela ne constitue pas un frein à la vie nationale. Mais je sais que le Gouvernement est en train de travailler en ce moment sur la mise en place des Institutions constitutionnellement garanties. Les textes sont en train d’être rédigés conformément à la Constitution. Je crois que de ce côté, il y a déjà une réponse. Peut-être qu’il y aura plusieurs projets de loi qu’ils vont présenter à l’Assemblée et les débats prendront du temps. Mais en tout cas, 12 mois c’est le délai qui avait été prescrit par la Constitution pour la mise en place de toutes ces institutions. Sauf le Sénat qui pourrait être mis en place un peu plus tard parce qu’il y a un préalable. Il faut d’abord les élections au niveau local avant de passer à cela. Donc, le Sénat pourrait prendre un peu plus de temps que les 12 mois de la Constitution. Mais les autres, je suis à peu près sûr que ces institutions vont être mises en place dans les délais prévus par la Constitution.

Votre avis sur les deux ans fêtés par la Minusca en République Centrafricaine.

Ecoutez, nous avons connu 2012-2013 des moments extrêmement difficiles. Il nous était difficile de nous en sortir tout seul. Nous avons eu le soutien de quelques partenaires et quelques amis de Centrafrique. A commencer d’abord par nos frères de l’Afrique Centrale ; la zone CEMAC et les partenaires traditionnels comme la France, les Etats Unis et l’Union Européenne. Malheureusement je crois que la Minusca n’a pas rempli son devoir de manière satisfaisante dans la mesure où le constat est encore là. Nous avons des tueries, nous n’avons pas la paix. La mission principale de la Minusca, c’est de ramener la paix, aider les autorités à l’époque de la Transition et aider les autorités légales, légitimes de la nation à restaurer la paix. De ce côté-là, je crois que le constat n’est pas positif. Par contre des efforts ont été faits pour que, n’est-ce pas les élections ont eu lieu et si n’est-ce pas au soutien entre autres de la Minusca. On peut aussi dire que des efforts ont été faits par la Minusca pour la restauration de l’autorité de l’Etat. Donc pour me résumer, beaucoup restent à faire, en ce qui concerne la paix et la réconciliation nationale et je crois que la Minusca devra revoir sa mission.

Monsieur Gaston Mandata N'Gurekata je vous remercie.

C’est moi qui vous remercie

Recueillis par la Fraternité, RJDH et Kangbi-ndara

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