Interview : « le dialogue ne doit pas accorder d’amnistie aux criminels… », Eddy Symphorien Kparekouti

En marge des festivités de la Saint-Sylvestre le président du Parti de l’Unité et de la Reconstruction (PUR), M. Eddy Symphorien Kparekouti nous a accordé une interview sur l’actualité centrafricaine. Il nous a relaté à cette occasion la vision de son appareil politique sur le dialogue inter centrafricain prévu pour la deuxième semaine du mois de janvier.

La République Centrafricaine est entrée dans la phase de l’organisation du forum de Bangui. En tant que président d’un parti politique, pensez vous que le temps est indiqué pour tenir ce dialogue lorsque les gens détiennent les armes ?

IMG_1871ESK : Il me semble impossible pour l’intérêt national de tenir ce dialogue dans la transparence requise; toutefois étant donné que la date pour ce forum est fixé par le GIC, un impératif s’impose : comment dialoguer dans un climat serein, quand les armes encore fumantes sont rangées sous la table ?  Pour nous, sur le plan de la symbolique, il serait de bon augure qu’un désarmement volontaire des divers groupes armés intervienne avant le forum de Bangui en janvier 2015. Nul doute qu’une telle action serait perçue par la communauté nationale et internationale, comme un signal encourageant. Nous le souhaitons vivement car il est grand temps que notre nation panse ses plaies, trop de sang a coulé.

Dans son discours lors des concertations avec les forces vives de la nation le 27 décembre dernier au palais, déclarait que la deuxième phase de ce forum relative aux consultations populaires, sera abandonnée pour aller directement à la concertation au sommet. Comment réagissez-vous lorsque vous entendez que ce dialogue ne sera pas fait comme prévu dans les préfectures et régions de la RCA ?

ESK : je suis déçu par le discours du 27 décembre dernier de madame la présidente qui prouve qu’il y a toujours une manipulation interne et externe contre le destin du peuple centrafricain. Déjà la commission pour la préparation du forum suscite d’ores et déjà un climat de suspicion, pour ne pas dire une atmosphère de faux-départ. Pourquoi la précipitation ?

Les consultations populaires dans les préfectures et les régions devraient constituer des préalables pour le forum de Bangui prévu en janvier 2015. Il faut dire que ce forum représente une opportunité à ne pas manquer, il représente l’ultime espoir de voir des solutions se mettre en place afin de sortir le peuple centrafricain de l’impasse dans laquelle il se trouve. C’est aussi l’occasion de faire émerger une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques modernes, compétents, intègres et motivés, capables de répondre efficacement aux défis du moment et aux attentes du peuple !


RJDH : Quel est le format que vous proposez pour l’organisation de ce forum? Et quelle contribution vous et votre parti comptez apporter lors de ce forum ?

ESK : Le Parti de l’Unité et de la Reconstruction (P.U.R) appuie ardemment et sans équivoque ni autre discrimination, toutes les initiatives sincères et transparentes susceptibles d’assurer le plein succès du forum prévu en janvier 2015.  Pour que le dialogue soit réellement inclusif et sans équivoque. La commission préparatoire doit impérativement impliquer et associer la jeunesse, les chefs coutumiers, les autorités religieuses, les représentants de la société civile, les femmes, les groupes armés, le gouvernement de transition, ainsi que l’ensemble des partis politiques de toutes sensibilités.

Nous comptons continuer à sensibiliser nos compatriotes sur le fait que les élections, les débats et autres joutes politiques, bien qu’importants sur le plan de la démocratie, ne sont guère les priorités actuelles des Centrafricains. Les préoccupations immédiates du peuple sont avant toute considération, la restauration de la paix civile, le retour de la sécurité,  l’amélioration du quotidien de tout un chacun des centrafricains, et bien entendu l’espoir de retrouver l’harmonie qui régnait jadis entre les différentes communautés. Il y a urgence absolue!
 

Quelles sont les thèmes qui, selon vous pourraient faire l’objet des discussions lors de cette rencontre de Bangui ?

ESK : j’ai des thèmes bien précis à proposer lors de ces discussions comme : le rôle et les prérogatives de l’armée en RCA, la culture d’impunité, les droits et la souveraineté du peuple, la rupture totale avec les anciens systèmes politiques, la transparence dans la gestion des biens publics et bien sur la nécessité  de débattre sur les causes fondamentales des divers coups d’état à répétition perpétrés au cours des dernières décennies et qui ont conduit notre pays dans le présent état de chaos que nous connaissons.


Il y a des débats au sein de la classe politique centrafricaine sur la participation ou non des anciens chefs d’Etat François Bozizé et Michel Djotodia. Ces deux personnalités doivent elles participer ou non au forum de Bangui ?

ESK : c’est une excellente proposition que François Bozizé et Michel Djotodia participent au forum de Bangui mais le dialogue ne doit pas se transformer en un lieu d’auto-absolution, où les personnes coupables de crimes de sang envers les populations ou de délits économiques graves envers la nation, se retrouvent tout bonnement amnistiées. Si tel est le cas, le peuple s’en souviendra et il ne pardonnera jamais l’impunité.

Compte tenu du contexte, quelques remarques s’imposent s’agissant du climat politique actuel.
Nombre de candidatures ont déjà été déclarées pour la présidentielle de juin 2015. Parmi ces candidats, certains tentent présentement de justifier leur innocence et crient à qui veut les entendre leur non-implication directe ou indirecte, dans les événements qui ont plongé notre nation dans l’abîme de la destruction et la spirale de la misère.

 Les groupes armés, tout en implorant  le pardon du peuple se mobilisent et se rangent pour l’occasion sous la bannière de partis politiques de fraiche date. Bon point pour la paix et la  démocratie, dirons-nous. Mais ces demandes de pardon, sont-elles réellement sincères ou   simplement de circonstance ?  Pourquoi donc cette agitation frénétique et soudaine à ce moment précis ? Certains candidats se sentent-ils coupables de faits inavouables, au point de s’agiter si fébrilement ?

Les leaders des ex-Séléka et ceux des Antibalaka se sont réunis depuis quelques jours pour des discussions que le pouvoir de Bangui dit ignorer. Comment vous appréciez la rencontre entre les leaders de ces deux mouvements quelques jours avant le forum de Bangui ?

ESK : Cela ne semble pas en adéquation avec le fait que l’accord de Brazzaville stipulant la cessation totale et préalable des hostilités entre ces deux mouvements n’a aucunement été respecté par ses signataires. De plus, leurs rencontres semblent assez flous tant sur les objectifs recherchés, les différents points à débattre, ainsi que sur la qualité et le rôle des participants. Pour la compréhension de tous, un zeste de transparence ne serait pas de trop.


RJDH : Plusieurs dialogues  que la RCA a connus se sont terminés par des lois d’amnistie qui ont permis aux criminels d’échapper à la justice. Au nom de la paix et de la réconciliation, doit-on accepter que les criminels soient pardonnés à l’issue de ce dialogue ?

ESK : Il ne doit pas y avoir de lien entre le dialogue et l’impunité! Le dialogue ne doit pas accorder d’amnistie aux criminels qui doivent répondre de leurs actes face à la justice intégrante de la RCA. Au travers de déclarations intempestives, les uns parlant de vengeance et les autres d’impunité, certains acteurs politiques tentent d’embrouiller le peuple en occultant les causes et réalités de la crise qui continuent de secouer notre pays. Nous osons espérer que le forum de Bangui constituera pour les participants, l’occasion rêvée d’ouvrir un dialogue sincère et direct en abordant de front tous les sujets.

Nos meilleurs vœux à l’ensemble des centrafricains et centrafricaines, que 2015 soit l’année de l’unité et la reconstruction de la Nation Centrafricaine !
Que Dieu bénisse et protège notre cher pays !


Propos recueillis par Sylvestre SOKAMBI, journaliste au Réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme (RJDH)

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