Joachim Guerre Kanda :  » Je pense pas qu’il faille mettre en place une 3ème Transition qui ne profite à personne »

Kangbi-ndara.info / Une troisième transition en Centrafrique n'est pas d'actualité. C'est ce qu'estime Joachim Guerre Kanda, ancien Inspecteur des Douanes, Administrateur des élections de 1999 en Centrafrique, en recherches de soutenance sur l'observation électorale contribue t-elle au renforcement de la démocratie des urnes? Cas de la RCA et la RDC. vide sa besace dans cet entretien exclusif qu'il a accordé à Kangbi-Ndara.

Monsieur Joachim GUERE KANDA bonjour, vous êtes un activiste centrafricain très actif sur les réseaux sociaux, quelle est votre lecture de l’actualité politique et sécuritaire du dernier mois ?

Joachim Guere Kanda 100Une lecture de désolation et de tristesse de son pays agonisant qui râle à tout vent pour maintenir le dernier souffle qui lui reste de la vie.

Vous avez posé une question à deux têtes c’est-à-dire un enfant né d’une malformation, un seul corps avec deux têtes objet d’étonnement, de regards malicieux et parfois moqueurs.

Je pense que la Présidente n’avait pas mesuré l’ampleur, la complexité et la dimension de la crise. Elle n’avait vu que la face émergée de l’iceberg croyant qu’en adoptant la politique de bercement, du genre je suis votre maman vous êtes mes enfants, venez me voir je prendrai à califourchon, je vous donnerai du chocolat, du lait, je vous conterai de belles histoires et vous allez dormir bien et mieux. Elle n’avait pas su capitaliser l’espoir d’un peuple de voir enfin une femme à la tête qui apaisera les cœurs. Elle n’

D’abord sur le plan politique. La Transition que dirige dame CSP que j’ai rencontrée quand elle était  Maire de la ville de Bangui à Tourcoing une ville française lors de la célébration du centenaire de jumelage entre les deux villes à un mois de son élection à la tête du pays, tient son fondement  juridique sur la base de la Charte Constitutionnelle de Transition qui a tracé les grandes lignes des missions dévolues aux autorités dans l’exercice de leurs charges. L’article 44 qui a élaboré une feuille de route à 10 points essentiels expose l’ossature de la réussite de la Transition. A la lecture des 10 points inscrits sur la feuille, le constat laisse un goût âcre et amer. Voici avant d’aller dans les détails de désolation, de l’article 44 de la Charte.

Art 44 de la charte :La feuille de Route de la Transition définit l’action que le gouvernement se propose de mener dans les divers secteurs prioritaires d’activités pendant la période de Transition notamment :

  • Restaurer la paix et la sécurité des personnes et des biens ;
  • Veiller à la protection des populations civiles à travers tout le territoire de la République Centrafricaine ;
  • Assister les personnes déplacées et favoriser leur retour et leur réinstallation ;
  • Veiller au respect strict des droits de l’Homme, du pluralisme et des libertés des citoyens ;
  • Préparer et organiser un référendum constitutionnel ainsi que les élections présidentielles et législatives libres, démocratiques, transparentes et régulières ;
  • Réorganiser le secteur de la défense et de la sécurité ;
  • Réorganiser l’Administration territoriale ;
  • Poursuivre la réforme du système judiciaire ;
  • Poursuivre le processus de Démobilisation-Désarmement-Réinsertion et Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS) avec le soutien de la communauté internationale ;
  • Engager des réformes économiques et sociales.

Je prends un seul exemple de l’article 44 tiret 3 qui oblige moralement les autorités de la Transition de mettre en œuvre mécanismes et moyens en vue de favoriser le retour digne des déplacés pas les exilés mais c’est encore un autre problème, et leur réinstallation. Aller aujourd’hui à l’aéroport de Bangui Mpoko première vitrine de l’identité de notre image, une désolation insupportable. Cette vitrine présente une image balafrée des campements érigés de part et d’autre offrant l’état de pauvreté indescriptible. Les enfants, les vieillards et les femmes enceintes abandonnés à leur triste sort naviguent dans l’océan sans direction. Un véritable pis-aller. Pire, la Présidente de Transition selon les informations en ma possession, ne s’est jamais déplacée pour toucher du doigt la misère quotidienne de ces compatriotes abandonnés.

L’exercice politique de la  Transition a été galvaudé par une violation flagrante de la lettre et l’esprit des accords de Libreville à l’aube de la Transition version Samba Panza. Dans le souci de préserver la paix et la sécurité, le poste de Premier Ministre revenait de droit à l’opposition. C’est ainsi que le Président Bozizé bien que légitimement élu avec une majorité parlementaire avait accepté sans contrainte de nommer Maître Tiangaye au poste de PM et qui, dans la continuité de cet accord, avait été reconduit au même poste par le nouveau   Président Djotodia .

Sitôt élue dame Catherine Samba Panza non seulement avait écarté la lettre et l’esprit des accords de Libreville qui avait fondé l’ossature de la Transition, mais surtout était passée outre sous l’euphorie de la victoire, en déclarant aux yeux du monde politique médusé, qu’elle était habilitée à désigner un PM technocrate de son choix.

Quelle n’avait pas été la grande surprise de tous, de faire appel à un digne fils du pays certes mais militant du parti de son époux Samba Panza. Comme il n’a jamais eu deux sans trois, répéta le même acte dans le choix de l’actuel PM qui n’était autre que l’ancien directeur de cabinet de l’ex-Président Djotodia qui fut à la base de sa nomination en tant que Maire de la ville de Bangui. Rien ne se fait pour rien. Un prêté pour un rendu.

En outre le constat du flagrant délit politique de violation de la Charte se trouve en son article 103 alinéa 3 :

<<Les institutions de la Transition s’engagent à privilégier le dialogue et le consensus comme mode de fonctionnement normal et de règlement des conflits.>>

Le délit politique est celui de décider toute seule sans faire recours aux partis politiques et la société civile et de les mettre chaque fois devant le fait accompli. Souvenez-vous du décret Dieu merci rapporté portant désignation de son homme de main Jean-Jacques Demafouth comme président du présidium du Forum de Bangui.

Sur le plan sécuritaire, les événements des derniers nous interpellent sur le fondement tout au moins les raisons d’engager des actions militaires pour prendre le pouvoir dès lors que tous les yeux sont rivés vers les élections. Dans une déclaration non datée qui circule sur les réseaux sociaux, signée par un certain Général de l’ex-seleka depuis Sibut une province de la République Centrafricaine, qui justifie avoir pris les armes pour reconquérir le Pouvoir de la Transition du fait que le gouvernement aurait détourné 10 millions d’euros prévus pour le DDRR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement) et se pose des questions où a-t-on mis cet argent. Un subterfuge, une fumée de pensée qui ne peuvent tromper le peuple. Si les 10.000.000 d'euros ou de dollars suffisent à reprendre les armes pour tuer, détruire le pays, faire des orphelins et des veuves à tour bras, alors, 500.000.000 d'euros ou de dollars vous suffiront à prendre toute l'Afrique par les armes. Il y a un temps pour toutes choses et Dieu sauvera notre pays.

La démission du président de l’ANE vous a laissé de marbre de par vos publications sur des réseaux sociaux.  Ce départ témoigne-t-il de l’incompétence de la Transition présidée par la présidente Catherine Samba-Panza ?

Je ne pense pas que la Présidente de la République soit responsable de la délation et du dysfonctionnement de l’ANE. Les termes des statuts portant organisation et fonctionnement de cette entité, donnent la jouissance d’une autonomie fonctionnelle indépendante du pouvoir public et politique.

Ce qui paraît suspicieux et donne matière à réflexion, à chaque échéance de la Transition donne lieu à des crises sanglantes. Aussi bizarre que cela puisse paraître et qui s’apparente à un jeu de poker bien huilé savamment orchestré, c’est la démission du Sieu Kombo Yaya à la suite de la déclaration du Président Tchadien d’organiser une élection calamiteuse à la place d’une Transition boîteuse. Il appartient à la population d’ouvrir les yeux pour faire ce constat.  

Que pensez-vous des réactions fermes du président tchadien Idriss Deby qui veut des élections en Centrafrique avant fin 2015 ?

Lorsque le maison de ton voisin brûle même s’il est ton ennemi, ne saute pas de joie sinon elle sera de courte durée. La Centrafrique  est la République  sœur du Tchad. Il faut remonter dans l’histoire ancienne et surtout récente avec l’Afrique Equatoriale Française où les tchadiens étaient affectés en Centrafrique et vice versa dans le cadre de l’administration coloniale. Il ne faut pas aussi oublier les cordiales relations fraternelles entre les anciens Présidents François Ngarta Tombalbaye et Jean Bedel Bokassa les images continuent de parler et faire remuer l’histoire. Et l’actuel Président de la République du Tchad n’a ménagé aucun effort pour être près des centrafricains. Nombreux étaient nos frères tchadiens militaires qui ont versé leur sang et péri pendant la 3ème mutinerie et à des maintes occasions d’une paix menacée. Le Président Idriss Déby Itno souhaitons-le est appelé à  reprendre le dossier centrafricain quand il déclarait pas plus tard que deux semaines devant le perron de l'Élysée – Présidence de la République française, " Mieux vaut une élection bâclée qu'une Transition chancelante". A partir de ce jour, les questions de sécurité, de déploiement de l'Administration sur toute l'étendue du territoire centrafricain et des élections justes et crédibles lui sont siennes. Quand on nous signale les avancées des miliciens de l'ex-seleka et les combats autour de Sibut à moins 200 km de la capitale, les centrafricains à bout et poussés dans leurs retranchements s'interrogent réellement de cette aventure à vouloir prendre le Pouvoir par les armes pendant que la communauté internationale se mobilise pour les futures élections. A qui profite cette nouvelle aventure de déstabilisation?

Une troisième transition sortira-t-elle la Centrafrique de ses déboires ?

Je pense pas qu’il faille mettre en place une 3ème Transition qui ne profite à personne ni le peuple fatigué de la guerre des intérêts personnels insatiables. La véritable question est le vide juridique qui se créera au cas où les élections ne seraient pas tenues dans les délais légaux. Si les centrafricains pensent que la signature venant de l’extérieur vaut un article de la constitution alors continuons toujours à vivre ces humiliations les plus abjectes du monde. C’est la honte de nous tous disait maître Nicolas Tiangaye en 87 au procès Bokassa. "Je ne m'étonne jamais de voir les hommes mauvais, mais je m'étonne souvent de ne les point voir honteux."disait un adage. Honte de la classe politique actrice des accords de Libreville et qui n’impose pas le respect de la lettre et l’esprit desdits accords consignés dans la Charte de Transition. Et donc il faudra absolument penser à la reformulation du visage de la Transition en décembre 2015. Samba Panza  tient le gouvernail mais avec des garde fous qui constituerons un contre pouvoir ; bien évidemment la nomination d’un PM de consensus qui jouit d’une respectabilité morale dans le bicéphalisme avec des ministres de très haute envergure. Réduire le nombre des ministres à 15 serait une économie de plus pour l’Etat.

La récente crise sécuritaire vous a fait réagir par une manifestation organisée ce début de mois à Paris aux côtés de vos compatriotes afin de dénoncer les souffrances inouïes du peuple centrafricain depuis 2013. Que pensez-vous de la rectification de l’histoire de la République centrafricaine afin d’orienter la génération future vers un autre objectif que celui poursuivi actuellement par des hommes politiques centrafricains ?

Certes les centrafricains avaient organisé une manifestation à Paris pour exprimer un ras-le-bois d’une crise qui ne finit pas ; d’une classe politique peu responsable encline au goût des intérêts sans chercher le concept d’un idéal autour duquel gravite la masse populaire. Aujourd’hui en Centrafrique qu’est-ce qui  réunit le peuple quand il est attaqué, fait front à une crise. Rien, absolument rien qui permet la mobilisation. On tue 10 ; 20 centrafricains cela n’émeut personne. On porte atteinte à l’image d’un haut responsable politique à l’intérieur comme à l’extérieur, le peuple fait fi. Regarder l’image de ce qui s’était passé à notre Présidente en Guinée Equatoriale. Pour décider du sort de la République Centrafricaine, on a fait asseoir notre Présidente dans une salle d’attente, certains disent couloir en attente de la décision de ses homologues de la Cemac réunis au salon d’honneur. Un tel protocole devait frustrer la nation tout entière. Samba Panza représente notre drapeau, notre hymne notre sango à l’extérieur et donc tout ce qui touche à sa personne, à son image touche les 5 millions de centrafricains. Aucune protestation. D’ailleurs cela plaisait même à ses détracteurs qu’elle soit humiliée.

Il faut faire très attention au concept de la nouvelle génération qu’il faut utiliser avec beaucoup de précaution pour ne pas créer les conflits de génération et d’école source de crise inutile. La nouvelle génération oui mais avec quelles expériences, quel dynamisme ? Mon professeur d’économie politique le défunt Bazoly disait un fonctionnaire ne devient opérationnel qu’en vieillissant.

Que faut-il pour refonder autrement la République centrafricaine ?

La refondation de la République passe par la prise de conscience nationale. Un aspect qui peut faire un cas d’école. Quand l’intérêt supérieur de la nation était en jeu, les burkinabé s’étaient réunis portes et fenêtres fermées toute une journée pour décider de l’avenir de leur pays sans calcul politique, régional et ethnique sans faire recours à l’apport extérieur et ils ont réussi à sauver leur pays. Aujourd’hui leur Transition a réussi malgré les soubresauts d’un coup d’Etat, le peuple burkinabé s’est levé comme un seul homme pour brandir l’étendard de leur devise « LA VIE OU LA MORT NOUS VAINCRONS ». Ils ont vaincu les putschistes ringards.

Les centrafricains dans pareille circonstance, au lieu de brandir l’étendard de la patrie, de la dignité et de l’unité pour résoudre leur propre problème, préfèrent honteusement aller s’agenouiller à l’extérieur pour se voir dictés les conduite à suivre. Honte à nous. Avec la prise de conscience de celui qui gagnera les élections futures, déroulera  sur la table de la reconstruction nationale, le rouleau  des questions d’éducation de la masse, de l’impunité et de la cohésion sociale. J’avais eu à faire un travail de recherches sur la politique de cohésion sociale dans une gouvernance décentralisée. En prenant pour exemple une mairie d’un Département français bastion même du Front National à l’époque avec madame Stirbois l’une des figures de proue de cette formation politique. Avec votre permission, de définir le concept qui fait défaut en Centrafrique.

Qu’est-ce que c’est que la cohésion sociale ? La jeunesse du Parti Socialiste français la définit dans leurs statuts comme une recherche permanente d’un équilibre favorable à l’intérêt général.

Une autre définition place la cohésion sociale dans un cadre qui assure l’unité et qui a pour but de contribuer à l’équilibre et au bon fonctionnement d’un groupe social.

Comment le nouveau pouvoir va œuvrer pour un équilibre social. Faille t-il trop de pauvres et trop peu de riches ? Voici la question fondamentale de l’équilibre social. Et le problème centrafricain ne tourne qu’autour de cette question. Tous les pouvoirs successifs ont échoué « éhontement » et lamentablement  avec à la fin du maillon, une jeunesse abandonnée et parfois des vieux prêts à en découdre et punir en cas crise les hommes du Pouvoir par la destruction systématique de leurs biens meuble et immeuble. Regardez ce qui se passe dans le pays. L’instinct de survie. Avec une chaise emportée ou une barre de fer d’une maison qui vaut 200 ou 300 fcfa  moins de 50 centimes d’euros, la journée est assurée. Mieux vaut ça que rien. Alors négliger la cohésion sociale, la répartition des richesses, c’est négliger la violence légitime qui couve et qui attend tranquillement le moment venu.   

Selon vous, la Transition centrafricaine actuelle a –t-elle des leçons a tiré de celle du Burkina Faso ?

Nous n’avons aucune leçon à recevoir de quiconque ou à tirer du modèle burkinabé si ce n’est que nos incongruité, imbécillité et irresponsabilité éhontées devant le concert des nations. Nous avons tout essayé. Nous étions les précurseurs des conférences nationales, Forum national, Grand Débat national. Souvenez-vous du Séminaire National de Réflexions sous Dacko 2 en 1980 où toutes les sensibilités nationales s’étaient réunies pour décider de l’avenir du pays après la chute de l’Empire. Lequel Séminaire était assorti de l’instauration du multipartisme en 1980, seul pays en Afrique centrale. Les centrafricains n’avaient rien à recevoir de la décision de La Baule de 1990 quand l’ancien Président français qui alléguait que << le vent de liberté qui a soufflé à l’Est soufflera inévitablement un jour en direction du Sud. Il n’y a pas de développement sans démocratie et de démocratie sans développement>> puisqu’on avait une longueur d’avance de 10 ans (1980-1990). Le Burkina ne nous enseigne rien. Les autorités politiques centrafricaines jouent l’atermoiement des élections qui les arrange. Nous avons tôt la Transition pour finir tard. Comment voulez-vous que les autres nous respectent. Aucune volonté inspirée de préparer les conditions politique et sécuritaire des élections juste et transparente avec pour conséquences évidentes la prosternation devant les Présidents du Congo et de la CEEAC pour supplier leurs signatures à la prorogation. Aucune gêne ni honte. C’est normal.

Au regard de la situation sécuritaire que vous connaissez sans doute, la présence des forces étrangères est-elle toujours  justifiée ?

Les forces étrangères sont déployées en Centrafrique sous le mandat des Nations-Unies. Leur présence est justifiée par la menace perpétuelle de la guerre civile. Vont-elles quitter le pays sans mission accomplie ? Quand ces forces arguent qu’elles ne sont pas venues mourir pour les centrafricains, que pensent les candidats à la présidentielle, les autorités de Transition ? Regrettable. Et pourtant en avril 2014 à deux mois de sa prise de fonction, madame la Présidente Catherine Samba Panza avait rencontré la communauté centrafricaine au Grand Hôtel de Paris.

J’avais pris la parole, avec humilité pour exposer à la très haute attention de la Présidente nouvellement élue par le Conseil National de Transition pour appréciation et décision à prendre les questions de sécurité d’une réflexion nourrie et très ambitieuse.

Et voici l’une des solutions de sortie de crise sur le plan sécuritaire parmi tant d'autres que j’avais estimée nécessaire et importante à analyser mais qui ne lui était pas en elle-même erga omnès c’est-à-dire opposable à tous. J’avais  jugé utile qu'il serait souhaitable de fonder la réflexion sur 4 piliers.

Premier pilier : Nommer des officiers militaires comme préfets dans les 16 préfectures ou créer 7 grandes régions militaires.

Deuxième pilier : Nommer un officier gouverneur de la région militaire de Bangui

Troisième pilier : Les 76 ou 77 sous-préfectures et postes de contrôle administratif doivent avoir à leur tête des militaires.

Quatrième pilier : La création dans chaque préfecture d’une base militaire appuyée par la Minusca et les Sangaris avec bien évidemment mission principale de procéder aux désarmements, à l’application  des opérations de DDRR. En même temps effectuer le déploiement des forces de la police et gendarmerie dans les 16 préfectures pour les missions régaliennes de maintien de l’ordre public, de protéger la population et leurs biens, d’engager des poursuites et rechercher les auteurs des infractions.

Ensuite chaque mois, chaque préfet doit rendre un rapport de mission de tous les événements passés dans sa circonscription au commandement militaire central et faire des propositions pouvant améliorer ou orienter les actions en faveur de la paix.

Un conseil militaire siège tous les mois pour évaluer le travail fait sur le terrain et à son tour proposer à l’autorité politique des solutions.

Les préfectures mitoyennes échangent des renseignements entre elles sur le mouvement des personnes et des biens. Cela pour faciliter les prises de décision rapide et avoir l’esprit d’anticipation sur les éventuels événements susceptibles de produire.

Enfin bannir l’idée qui consiste à écarter les 4 ou 5 mille militaires formés depuis l’indépendance, cela va créer un désordre et une insécurité inquiétante que le pays ne peut maîtriser. L’écrasant taux de chômage des jeunes centrafricains constitue déjà une éruption volcanique latente. S’il faut ajouter encore nos militaires professionnellement formés au nombre de ces jeunes chômeurs, le pays court un danger et un risque d’une insécurité à ciel ouvert très grave.

Les solutions de sortie de crise résident également dans l'application des résolutions des Nations unies, par le désarmement systématique de toutes les forces non conventionnelles, le rétablissement des FACA et leur restructuration, avant d'aider l'administration à se redéployer et à assurer son autorité sur toute l'étendue du territoire national. Les occidentaux ne peuvent pas nous imposer des mercenaires étrangers comme étant des centrafricains avec lesquels il faut absolument dialoguer et négocier quoi que ce soit. Les FACA équipées et restructurées, seraient des instruments de paix. Mais ce sont les forces étrangères mandatées chez-nous qui gèrent les dossiers de sécurité à leurs manières, allant jusqu'à effectuer des transfèrements de populations lieu en lieu sans en informer les autorités légales du pays!

Que dire du sentiment antifrançais grandissant en Centrafrique ?

Il n’y a pas un sentiment antifrançais nourri mais une interrogation à plusieurs réponses de la part d’un centrafricain fut-il de 5 ou 90 ans devant la France 5ème puissance mondiale, dotée de tous les moyens d’anticipation, de dissuasion et de maîtrise de toutes les situations militaires opérationnelles si difficiles soit-il. Cette circonvolution de la France qui s’embourbe nonobstant tous les moyens de frappe, pousse les centrafricains à se demander est-ce une autre France qui s’est déployée en Centrafrique ou la France de Clemenceau, de Leclerc, De Gaulle, de Delattre de Tassigny l’étendard et fleuron d’une grande puissance militaire qui ploie l’échine devant les milices de la seleka et des antibalaka. Quand on sait que la ville de Bangui la capitale ne représente même pas la moitié d’un arrondissement de Paris et avec 12 mille hommes on n’arrive à circonscrire les fauteurs de trouble et détenteurs d’armes. L’addition de tous ces questionnements et surtout quand la population se réveille avec des morts dans les caniveaux, le passage des troupes françaises crée un sentiment sporadique et éphémère d’antifrançais.

Je termine deux réflexions somme toute plausibles et donnent matière à de perpétuels questionnements. D’abord par l’énigme  DE PASSI KERUMA qui s’interrogeait :

<<L'armée burkinabè, sans aide extérieure, a pu désarmer 1300 ex soldats RSP surarmés mais sans effusion de sang.
Mais Sangaris et Minusca ne peuvent pas désarmer 200 rebelles seleka à Sibut, ni une vingtaine de mercenaires djihadistes au KM5.
Pourriez-vous m'expliquer pourquoi ?>>

Voici comment est né ce sentiment sporadique dont je parlais tout à l’heure.

Toutefois la France de Molière, de Hollande, de Jaurès et des grands Hommes qui ont marqué l’histoire de l’humanité ne pense que 1960 est le frère où la sœur de 2015 elle se trompe de période. Même deux jumeaux ou deux jumelles n’ont pas les mêmes chromosomes. Leur gémellité ne les place pas dans un état de pensée unique. Si la France ne se met pas dans la dynamique de la globalisation qui dessille les yeux de son pré carré, elle se trompe de période. La nouvelle génération Y (Smartphone avec écouteur) leur démontrera le contraire. Elle doit tirer la leçon du Rwanda et récemment du Gabon qui venait d’institutionnaliser l’anglais comme première langue officielle. Après mur de Berlin devrait pousser une réorientation de sa politique extérieure pour l’adapter à l’évolution. Si c’est pour manipuler les uns contre les autres, créer des crises pour jouer au pompier, maintenir les gens dans l’obscurantisme, alors,  elle se trompe de tactique et temps.

Enfin, je lance un vibrant appel aux autorités de la Transition de privilégier son caractère consensuel sans lequel, rien de sérieux ne peut aboutir car l’eau qui coule toute seule finirait par se tordre disait le défunt Willibyro Sacko. La Transition doit proscrire en son sein le diktat.

Aux dernières informations, la sagesse a pris le devant et la Présidente aurait ouvert une concertation depuis le 12 octobre 2015 avec les forces vives de la nation. Dommage qu’on a attendu des mois d’errements pour revenir à la case départ parce que l’odeur nauséabonde de la dernière crise a donné un hoquet et qu’elle a secoué le cocotier pour comprendre l’intérêt de la concertation et du consensus. Il ne faudrait pas que cela soit encore un jeu de poker pour endormir les gens afin de mieux exhiber la danse à la dangalinga (Mante religieuse).

Monsieur Joachim GUERE KANDA je vous remercie.

C’est moi qui vous remercie d’être venu vers moi. Que Dieu protège et bénisse la RCA.

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo

 

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