Pierre Guerekpidou: « … la cohésion sociale apparaît aujourd’hui comme un thème fétiche passepartout »

guerekpidouVotre parti le MESAN prépare actuellement des semaines culturelles à Bangui, qu’est ce qui justifie cette initiative ?

Ecoutez, en 1949, le père fondateur de la République Centrafricaine Barthelemy BOGANDA avait une vision pour notre pays. Cette vision se traduit par ses 5 verbes : loger, nourrir, vêtir, instruire et soigner.ces verbes reflète sa philosophie du travail.

Notre projet s’inscrit dans un contexte national où la République Centrafricaine est en quête de sa reconstruction et de sa relance économique. Le volet culturel constitue l’une des priorités en tant que soubassement du développement durable d’autant plus que la préoccupation actuelle du gouvernement que nous soutenons, étant de réconcilier les centrafricains.

Au plan interne, il est fondamental que Bangui qui dispose de tant d’atouts sorte de sa léthargie et retrouve un rayonnement  qui lui convient, vu ses énormes potentialités de tous ordres et en particulier au plan culturel. Ainsi donc, l’accent doit être mis sur la dynamisation des activités artistiques et culturelles et la sensibilisation des jeunes à rentrer dans la création d’entreprise. C’est dans ce sens qu’il a été crée les semaines culturelles, politiques et industrielles sur la philosophie de BOGANDA.

De manière spécifique, comment seront organisées ces semaines culturelles ?

Les objectifs spécifiques de ce projet seraient de rendre opérationnel l’espace culturel Zo Kwe Zo que nous avons crée, d’organiser une journée porte ouverte sur Barthélémy BOGANDA et les entreprises à l’endroit de la population et des acteurs culturels sur les bienfaits de la pratique entrepreneuriale, d’organiser à l’Université de Bangui, une conférence débat sur la personnalité politique de BOGANDA et de sa vision de développement, de créer 40 stands pour la diffusion en un mois des œuvres artistiques et culturelles ainsi que des expositions des entreprises de la place, d’offrir un cadre d’échange et d’encadrement sur la philosophie de BOGANDA du travail. Vous en doutez que cela lèvera les barrières culturelles qui séparent les arrondissements de Bangui et consolidera la cohésion sociale.

Lever les barrières culturelles et consolider la cohésion sociale. Quels sont les acteurs ou institutions culturels qui sont concernés ?

L’exécutif, l’assemblée nationale, la population, toutes les forces vives de la nation. Tous les acteurs de la paix et de la cohésion sociale.

Justement parlant de cohésion sociale, pensez-vous qu’elle rime avec l’impunité quand on sait que certains responsables des crimes commis dans le pays militeraient pour une amnistie générale ?

Mais enfin, quelle idée de penser que la cohésion sociale rimerait avec l’impunité ? C’est vrai que la cohésion sociale apparaît aujourd’hui comme un thème fétiche passe partout  utile certes dans sa polysémie, mais étonnement apolitique pour la société civile. Et pourtant, cette expression laisse dans l’ombre deux interrogations irrésolues dans l’opinion publique Centrafricaine. Que signifie à votre avis la réconciliation sociale et quels sont les Centrafricains qui devraient se réconcilier ? Ce sont là des questions dont les réponses doivent nous permettre de clarifier le type de cohésion sociale désirée par nos compatriotes et le rôle de l’Etat avec d’autres acteurs qui joueraient dans un tel processus. Mais en aucun cas la cohésion sociale qui n’est pas celle d’une situation inique rimerait avec l’impunité ? Je ne comprends pas.

Si, vous comprenez bien M. Guerekpidou. Je repose ma question autrement, certains responsables des crimes commis dans le pays militeraient pour une amnistie générale parce que disent-ils que c’est la seule voie pour que le pays soit calme. Qu’en pensez-vous ?

L’amnistie ne veux pas forcement dire impunité. Aujourd’hui, les aspirations profondes du peuple Centrafricain à mon avis sont scellées dans les recommandations du forum national de Bangui certes avec ses acquis et ses faiblesses. Le forum national de Bangui constitue désormais le socle de toutes les politiques de gestion des affaires du pays. Dans les recommandations dudit forum auquel le chef de l’Etat est attaché, figurent les réponses à la culture de l’impunité et aux problèmes de justice dans ce pays. Le gouvernement qui est le principal acteur de mise en œuvre des recommandations du forum national de Bangui doit accorder la priorité à la justice avant toute réconciliation. Ce gouvernement doit lutter contre l’impunité et traduire en justice les auteurs et co-auteurs de délit dont ils seraient reconnus coupables.

Mais à Luanda en Angola où ce seraient rendus le mois dernier les groupes Antibalaka et Seleka, auraient justement sollicité une amnistie générale. Doit-on au nom de la paix leur accorder cela ?

La racine de notre problème est en RCA et non en Angola. Je pense que la dynamique du dialogue du chef de l’Etat avec les groupes armés dans le processus du DDRR a été celle d’un processus largement participatif et concluant à Bangui.  Si les groupes armés réclament l’amnistie avant toute condamnation des auteurs co-auteurs, complices des crimes ou délit dans leur rang, ce serait pour le peuple Centrafricain des primes à la casse et dans ce cas l’amnistie serait égale à l’impunité. Je vous rappelle que la constitution de notre pays souligne qu’il faut rendre inéligible aux élections des responsables politiques auteurs, co-auteurs et complices des crimes et qu’en tête les dispositions relatives au pouvoir exécutif et législatif figurent la mention que tout pouvoir émane du peuple centrafricain.

La Cour pénale spéciale qui devrait juger les auteurs des crimes peine à se mettre en place, pensez-vous qu’une amnistie pourrait vider de son contenu ce pour quoi on a décidé de la mise en place de cette Cour ?

Je vous répète que l’amnistie n’est pas égale à l’impunité. Rétrospectivement je vous rappelle que le forum national de Bangui à recommandé au gouvernement, à la Cour pénale internationale et aux potentiels partenaires de la RCA, de rendre opérationnel urgemment  la Cour pénale spéciale de Bangui. Elle fera son travail et les auteurs de crime pourraient bénéficier de l’amnistie s’il le faut après condamnation. Ce qui fut le cas de Jean Bedel BOKASSA condamné à mort mais gracié par la suite.

Le 18 Janvier dernier, le premier ministre Simplice Mathieu SARANDJI a appelé les jeunes à faire table rase du passé. Doit-on, selon vous oublier les faits crapuleux du passé ?

Non, les jeunes doivent porter haut et fort le flambeau de la liberté, du respect à la vie dont on bénéficie aujourd’hui grâce aux Martyrs Centrafricains.

Source : radiondekeluka.org

Script FRK

 

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