LA CRISE CENTRAFRICAINE EXPLIQUEE EN 26 LETTRES

Par Fleury Koursany Voici pour vous chers amis, un article qui m’a été envoyé par un compatriote avec lequel je suis aussi ami sur Facebook. Il me demande de le publier sur ma page. Je me fais donc le devoir de le publier tout en respectant la condition à moi posée comme vous le découvrez ci-dessous. Bien à vous !

422917_2346647484920_569719410_nL’alphabet français comme nous l’avions tous appris à l’école comprend 26 lettres. 26 lettres que nous croyons l’utiliser pour tenter de décrire la crise centrafricaine en cette année finissante – je voudrais parler de l’année 2013 avec son lot de malheur pour les uns – de bonheur pour les autres. A l’arrivée, nous sommes tous perdants d’autant plus que la RCA – cette patrie hospitalière vient de vivre, à la fin de cette année déjà tumultueuse, les plus pires moments de son histoire. Au bord d’un génocide, la crise identitaire qui couvait sous la cendre a fini par éclater au grand jour éclaboussant au passage, presque tout le monde et risquant s’il n’y prend garde, de l'emporter ( le président Djotodia ) et toute sa suite. Suivez mon regard !

A : Comme Anti Balaka. Le nom fait frémir. Anti balaka ou anti machette, cette milice crée par qui on ne sait jusqu’à présent s’est engagée à apporter son « secours » aux compatriotes centrafricain de confession chrétienne, martyrisée à souhait par des mercenaires tchadiens, soudanais pour ne pas dire des djihadistes intégrée à la Seleka. Cette dernière s’est emparée du pouvoir le 24 mars 2013 mettant ainsi fin, à 10 ans de règne d’un autre chef rebelle qui a, à deux reprises, a reçu « l’onction démocratique » au travers d’une élection elle aussi contestée. Pas besoin de rappeler que depuis qu’ils se sont engagés dans cette lutte, les « anti balaka » se sont rendus coupables de nombreux crimes ayant abrégé des vies humaines qu’elles soient centrafricaines ou étrangères.

B : Comme Bangui la « roquette ». Théâtre d’une expédition criminelle depuis le 24 mars 2013, la Capitale Centrafricaine n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est devenue une sorte de dépotoir pour corps inertes d’autant plus que les personnes assassinées se ramassent comme des petits pains à chaque levée du soleil et et, à tous les coins et recoins sans pour autant que cela puisse émouvoir un tant soit peu, les hommes politiques centrafricains qui ont, devant cette adversité criminelle représentée par la Seleka d’abord, ensuite les anti balaka, pris leurs jambes au cou pour se réfugier dans les Ambassades si ce n’est à l’étranger, laissant derrière le peuple à sa propre perte. La Barbarie qui s’est abattue sur notre pays est la conséquence des politiques égoïstes et ethniques mises en œuvre par les régimes successifs.

C : Comme Crimes. Depuis le déclenchement de cette énième crise, des crimes de différents ordres ont été commis. Les uns et les autres, vu la gravité des crimes qui se commettent, n’hésitent pas à les considérer comme des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Viols, vols, pillages, assassinats, braquages, enlèvement et crimes en tous genres ont été commis sous nos yeux durant des mois par ceux et celles qui ont pour mission première de nous protéger. La personne humaine, pourtant sacrée comme le dit l’article 1er de cette Charte qui régit la transition en Centrafrique ne vaut plus rien dans ce pays. La personne humaine est chosifiée et ce n’est nullement une exagération si on en conclut que même un poulet, une chèvre ou encore mieux un animal domestique vaut plus que l’être humain.

D : Comme Djotodia. C’est le nom du patron de la coalition rebelle – la Seleka qui renversa un matin du 24 mars 2013, l’ancien président François Bozizé. Président de la transition en Centrafrique, Michel Djotodia avait juré le 18 aout 2013 et ce, la main sur le cœur d’œuvrer à la protection des filles et fils du Centrafrique, du territoire national tout en créant les conditions nécessaires pour le développement harmonieux de notre pays. Hélas, en 9 mois de pouvoir, le peuple centrafricain n’a eu à la place des promesses toutes autant fallacieuses que larmes. Rien de plus. Michel Djotodia, arrivé au pouvoir par accident pour ne pas dire effraction comme l’a si bien dit l’autre, restera à jamais dans l’histoire de notre pays comme le président le plus impopulaire, incompétent, incapable, imprévisible, inactif, insolent, incompris (accordons-lui cela au bénéfice du doute), peut-être et pour tout dire, professionnel du mensonge. Le mensonge, parlons-en puisqu’il est sans doute la marque de fabrique de Michel Djotodia. Les grossiers mensonges du président à propos de l’éternel report de la fête des mères due à une autre promesse de paiement d’arriérés de salaires aux fins de permettre aux Centrafricains privés de jouissance depuis la fin de l’année 2012 confirment si besoin en était que le mensonge a été érigé en stratégie politique par le patron de la Seleka. Même s’il n’est pas interdit en politique de mentir, le mensonge a acquis ses lettres de noblesse sous le régime de Michel Djotodia.

E : Comme Enfer. Le mot sied à la situation actuelle de la République Centrafricaine. Quel est ce pays qui n’arrive pas à sécuriser sa propre population abandonnée à elle-même dans la Capitale où se trouve l’épicentre du pouvoir ? Quel est ce pays qui n’arrive pas à assurer à ses filles et fils, un minimum vital leur permettant de s’épanouir ? Privé du minimum vital, la République ne sert à ses filles et fils, que des crépitements d’armes avec son cortège de mort transformant notre Capitale et tout le pays, en une « valise de mort ». La Bible dit qu’il y a la vie après la mort mais en Centrafrique aujourd’hui, il n’y a pas de vie avant la mort mais plutôt d’une mort avant la mort. Peut-être qu’en enfer, il ferait mieux que cette patrie des barbares.

F : Comme Festivités. Depuis la fin de l’année 2012, les Centrafricains ont été privés de festivités. C’est le cas de la fête de noël et du nouvel an aussi bien pour l’année 2012 que 2013. A chaque fois, si ce ne sont les bruits de bottes, ce sont les crépitements d’armes qui contraignent les Centrafricains à se terrer chez eux, à éviter les lieux publics leur permettant de festoyer malgré la conjoncture du moment. La RCA est donc devenue un Etat fantôme privé de joie et tout ce qui peut contribuer à la consolidation de la paix, préalable à toute action de développement.

G : Comme Gueret-Koyame. Nicolas de son prénom, Guérét-Koyamé est le président de l’Alliance des Eglises Evangéliques de Centrafrique. Son église située dans le 5ème arrondissement de Bangui, abrite d’ailleurs des milliers des filles et fils du pays fuyant la barbarie des incontrôlés de la Seleka et des anti balaka. Il a d’ailleurs, avec Monseigneur Dieudonné Nzapalainga et l’Imam Kobine Omar, lancé un appel au pardon et à la réconciliation entre les Centrafricains.

H : Comme Humanitaire. La crise qui continue de secouer la Capitale centrafricaine est non seulement politique mais elle est également humanitaire. Dans une certaine mesure, pourrait-on dire sans sourciller que c’est la première fois dans l’histoire de ce pays qu’une crise politique entraîne une dégradation avancée de la situation humanitaire. C’est aussi la première fois que la Capitale connaît ce phénomène de personnes déplacées internes qui, fuyant les effets collatéraux de cette sorte de « guérilla urbaine », ont pris d’assaut l’Aéroport International Bangui M’Poko (plus de 100.000 personnes), les églises transformées pour la circonstance en site de regroupement des habitants. Sans ressources, ces populations sinistrées ne survivent pour une bonne partie que grâce aux produits à leurs remis par les agences humanitaires œuvrant sur le territoire national. Si ces agences n’étaient pas là, la crise humanitaire aurait naturellement conduit plusieurs Centrafricaines et Centrafricains à l’autre bout du monde. Qu’à cela ne tienne, il faut aujourd’hui reconnaître que la République aura à supporter dans les jours, semaines et mois à venir, les conséquences humanitaires dramatiques de l’actuelle crise politico-militaire.

I : Comme Identité. L’Identité nationale est plus que jamais, sujette à caution. On ne sait plus dans ce pays, qui est qui, qui est Centrafricain d’origine et qui ne l’est pas, qui est naturalisé centrafricain et qui ne l’est pas. Tout le monde est Centrafricain même sans papiers d’identité lui conférant cette nationalité. En cause, la facilité avec laquelle, certains d’entre ceux qui revendiquent cette identité quoique contestable dans une certaine mesure, obtiennent les papiers d’identité centrafricaine (Carte nationale d’identité, passeport, Certificat de nationalité…). Ce qui ouvre la voie à ce que nous connaissons aujourd’hui tant et si bien qu’il n’est pas rare de voir des étrangers qui ne savent même pas parler sango – l’une des deux langues nationales du pays, disposer des papiers d’identité que les centrafricains d’origine éprouvent toutes les difficultés du monde à les obtenir. Dire dans une certaine mesure que les agents de l’Etat chargés de la délivrance desdits papiers d’identité sont eux aussi responsables de cette situation puisque corrompus jusqu’à la moelle, la République, à cause de ce comportement irresponsable de ses propres agents, connaît aujourd’hui un problème identitaire aux conséquences déjà bien dramatiques pour tous même si on feint aujourd’hui d’en parler.

J : Comme Justice. Par principe, la Justice reste le dernier rempart du citoyen, du plus faible contre le plus fort, de l’opprimé contre l’oppresseur. Mais depuis belle lurette, cette justice est une justice à deux têtes: une pour les plus riches qui ont toujours raison et l’autre pour les plus pauvres qui ont toujours tort. Cette justice de service est tout autant injuste qu’elle favorise naturellement la justice populaire. Privé d’une justice juste rendue par les services judiciaries, le citoyen lambda n’a plus qu’une seule chose en tête: se rendre justice soit-même peu importe les consequences.

K : Comme Kobine. Il est à ce jour, l’Imam de la Mosquée Centrale de Bangui et president de la conference islamique de Centrafrique. Avec Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui et Nicolas Gueret-Koyame de l’Association des Eglises Evangéliques de Centrafrique, ils ont tout mis en œuvre pour éviter que l’actuelle crise politico-militaire ne se transforme en une crise religieuse. Ils n’ont pas été entendus. Nonobstant cette réalité, Omar Kobine tout comme les deux autres leaders religieux continuent de clamer haut et fort que la crise en Centrafrique n’est pas religieuse.

L : Comme Liberté. Prevue par la Charte Constitutionnelle, la Liberté sous tous les angles a été tacitement confisquée aux filles et fils du Centrafrique. Les libertés les plus touchées sont celles d’aller et venir, d’association, d’expression et d’opinion. De plus en plus, on ne se déplace pas n’importe comment car il y a des “lignes rouges” dans tous les quartiers. S’aventurer dans un autre secteur, c’est se jetter dans la geule du loup. Par mesure de precaution, on se tait, on évite de frequenter certains lieux publics et on ne s’aventure pas à des heures réculées de la nuit. Terrible comme privation de liberté n’est-ce pas? Plus qu’une jungle comme l’a si bien dit l’autre.

M : Comme MISCA. Elle est née des cendres de la FOMAC (Force Multinationale de l’Afrique Centrale) estimé à 2000 hommes et envoyée par la CEEAC. La MISCA, qui a officiellement commencé ses activités le 19 décembre 2013. Elle comprend a ce jour outre les anciens éléments de la FOMAC, des militaires burundais ainsi que ceux d’autres nationalités. A terme, elle devra contenir 6000 hommes qui, aux côtés des forces françaises de l’opération SANGARIS auront à sécuriser tout le territoire national afin de garantir une transition apaisée, orientée vers la tenue d’élections, libres, démocratiques et transparentes.

N : Comme Nzapalainga. Archevêque de Bangui, on l’a vu à Bouar, Bangassou, Bossangoa, Gaga ou encore à l’étranger, « mouillé » le maillot pour porter à l’attention de la communauté internationale, la crise oubliée de la Centrafrique. Les multiples déplacements de Monseigneur Dieudonné Nzapalainga et la communication parfaitement bien rôdée qui s’en sont suivis, ont apporté un plus aux efforts fournis par certaines autorités centrafricaines qui ont plaidé la cause de notre pays à l’étranger. Aux Nations-Unies comme au sein d’autres instances, le prélat centrafricain, avec le pasteur Guere-Koyamé et l’Imam Kobine, ont tout mis en œuvre pour épargner à notre pays, les conséquences de la crise qui nous a secouée. Cet effort de réconciliation, prônée par leaders religieux ci-dessus cités, ont quelque peu contribué à désamorcer la bombe de la revanche qui couvait dans les cœurs des Centrafricains.

O : Comme Oppression. Opprimés durant plus de 9 mois par les barbouzes de la Seleka, les filles et fils du Centrafrique ont subi sans broncher, des menaces à mains armées parfois mortelles, des injures, des humiliations, des tortures toutes autant psychologiques… A cette oppression aveugle, les Centrafricains ont gardé le silence. Un silence guidé par un seul slogan ‘‘ Lawa-Lawa’’. Une promesse de justice face à l’adversité. Ce moment, comme le claironnent certains délinquants dans les quartiers est, semble-t-il arrivé. Car jamais dans l’histoire de ce pays, le centrafricain n’a été aussi insensible à la douleur de son prochain à plus forte raison, un compatriote d’une autre nationalité que la sienne. Aujourd’hui et plus que jamais, on découvre l’autre visage du centrafricain d’habitude si doux, accueillant et hospitalier. Avec cette crise, on se rend compte que le Centrafricain possède en lui, les stigmates d’une « animalité » sans pareille qui le pousse à faire usage de la machette pour abréger la vie d’autrui. D’autant plus qu’il s’est approprié, la culture du couteau à lui enseigné par les autres.

P : Comme Paix. Elle nous manque depuis fort longtemps. Par la faute des hommes politiques centrafricains à l’incrédulité légendaire, la paix, cet oiseau rare, s’est résolu à quitter ce pays dont ses filles et fils n’arrivent pas à s’entendre. La course au pouvoir et les crocs en jambe qui s’en suivent ont aveuglé nos hommes politiques qui, préférant défendre leurs intérêts égoïstes et catégoriels, ont sacrifié le peuple qui, perdant tout espoir et fuyant la mort, s’est tourné vers l’étranger. Mais la PAIX, pour qu’elle soit véritable et définitive, devra être sincère. Et pour cela, il n’y a pas meilleur moyen de le chercher que de convier toutes les communautés, toutes les parties à s’asseoir autour d’une même table, à faire table de e passé douloureux, à se pardonner, se réconcilier et se dire enfin que nous somme tous, les enfants du terroir et que c’est ensemble, la main dans la main que nous arriverons à asseoir la paix. Elle devra habiter nos cœurs, nos quartiers, nos Arrondissements avant de gagner nos Sous-préfectures, Préfectures et donc tout le pays. Le chemin est si long, parsemé d’embûches mais cela vaut la peine de s’y essayer.

Q : Comme Quartet : D’une part les Seleka, de l’autre, les Anti balaka. En face d’eux, des éléments de la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique), mise en place par résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU et les forces françaises de l’opération SANGARIS. Les deux premiers sont considérés comme les belligérants de la crise Centrafricaine alors que les deux autres forces ont mandat de désarmer les différentes parties et de protéger les populations. Et pourtant, à ce jour, l’insécurité est toujours aussi vive à telle enseigne que les populations continuent de fuir leurs maisons pour trouver refuge soit à l’Aéroport ou les autres sites de regroupement. Le statu quo est tel que l’on se pose la question de savoir si, en l’état actuel de la situation, qu’il est possible qu’une issue pacifique soit trouvée pour calmer un peu les esprits afin que les populations puissent regagner leurs domiciles respectifs. Question à suspens

R : Comme Résistance. Face à l’oppression, aux humiliations et autres injures quotidiennes, le Centrafricain a pris son temps pour organiser sa résistance. Une résistance sous forme de pression sur le pouvoir de Michel Djotodia. Cette forme de résistance-pression a emmené de milliers de Centrafricains à quitter leurs maisons pour trouver refuge dans des sites ou carrément à l’Aéroport International Bangui M’Poko. Une manière pour les filles et fils du Centrafrique de résister et de montrer à la communauté internationale que le degré d’animalité et de criminalité représenté par les ex rebelles de la Seleka a atteint son paroxysme et qu’il faut absolument une solution radicale qui puisse mettre fin à cette barbarie garantissant au passage un semblant de sécurité à tous, préalable à un retour à la normale sur toute l’étendue du territoire national.

S : Comme Seleka. Cette nébuleuse a victorieusement conquis le pouvoir le 24 mars 2013 alors que François Bozizé, le plus haut gradé de son armée, prenait ses jambes au cou pour dit-on épargner le peuple centrafricain, d’un bain de sang inutile. La Seleka – ah le cauchemar des filles et fils du Centrafrique aura sévit en faisant les siennes dans ce pays qu’il a conquis. Considérée comme un butin de guerre, la République Centrafricaine, a payé le plus lourd tribut. Pillages, braquages, enlèvements, assassinats, viols, vols et que savions-nous encore, ont été les caractéristiques principales de la Seleka qui, au final, a soulevé l’ire de la communauté internationale qui s’est vu obliger d’intervenir afin de protéger les populations centrafricaines, placées par cette nébuleuse dans l’antichambre de la mort. La MISCA tout comme l’opération SANGARIS qui essaient tant bien que mal de circonscrire ce géant désormais au pied d’argile, témoignent de la volonté encore fébrile des puissants de ce monde au chevet de ce « petit pays » du cœur du Continent africain, pauvre comme on peut le constater mais riche non seulement de ses ressources du sous-sol mais aussi et surtout de sa langue nationale – le sango – parlée sur toute l’étendue du territoire national. La Seleka, pour en finir, aura contribué à faire germer dans les cœurs des centrafricains, la culture du couteau aujourd’hui représentée par les anti balaka, mise en œuvre par toutes les communautés comme un puissant moyen non seulement de persuasion mais aussi de défense.

T: Comme Tiangaye. Premier ministre Chef du gouvernement de transition, Nicolas Tiangaye, en très peu de temps, aura été le seul premier ministre qui, dans l’histoire de notre pays, aura servi, deux présidents tout aussi rebelles même si François Bozizé, le président déchu le 24 mars 2013 par Michel Djotodia avait été « démocratiquement réélu » en 2011. Outre cette particularité, Nicolas Tiangaye bat aussi un autre record, celui des gouvernements instables qui se renouvellent si ce n’est pas par semaine, mais au moins chaque mois ou chaque trimestre. Arrogant comme le soutiennent certains leaders de l’Opposition, Nicolas Tiangaye conserve malgré tout, le soutien de la communauté internationale car tirant sa légitimité des fameux Accords de Libreville, caducs depuis forts longtemps mais considérés jusqu’à lors comme le socle de cette transition abracadabrante.

U: Comme Unité. Elle pourrait être le socle de toute action de développement pour notre pays. Fière de sa langue nationale – le sango, ce puissant symbole d’union de ses filles et fils, la RCA, riche de sa diversité culturelle, n’a pas su capitaliser ce que signifie l’unité, inscrit en lettre d’or dans notre devise. A cette unité si chère à Barthelemy Boganda, voilà que ses successeurs à l’exemple de Michel Djotodia et ses comparses comme Abakar Sabone, prônent déjà la partition du pays. Une menace à prendre très au sérieux afin de préserver l’intégrité du territoire national comme l’ont voulu, nos ancêtres. A cette unité linguistique à préserver, il nous faut aussi œuvrer à la préservation du caractère laïc de l’Etat centrafricain. Chrétiens et musulmans doivent coopérer dans ce pays et œuvrer pour que notre pays, situé au cœur du Continent Africain ne soit une menace pour les autres pays d’Afrique.

V: Comme Violences : le pic de violences a été dépassé depuis le 5 décembre 2013, date à laquelle les anti balaka sont entrés dans la Capitale centrafricaine. Plus de 1500 morts officiellement recensés alors que dans les quartiers, les familles ayant perdu les leurs touchés par des balles perdues et autres obus ou roquettes, se contentent seulement de les enterrer par fois dans les concessions familiales tant, se déplacer vers les cimetières, c’est s’exposer plus encore aux assassinats aveugles qui rythment le quotidien des banguissois. A ces violences des derniers jours, il faut ajouter celles qui ont été commises depuis le mois de décembre 2012 lorsque la Seleka n’était qu’une force rebelle. Une fois au pouvoir, les violences ont continué jusqu’à l’entrée en scène des anti balaka qui, faut-il le dire ne sont que l’effet de la cause. Et la cause, bien entendu c’est la Seleka et sachant que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, aussi bien la Seleka que les anti balaka qui prennent aujourd’hui le peuple en otage, ne peuvent prétendre à une quelconque absolution de la part du peuple centrafricain.

W: Comme Wagon : Le Wagon centrafricain vient, une fois de plus de faire un arrêt. Par la faute des hommes politiques centrafricains, incrédules, impitoyables et incompétents, notre pays a fait un bond de plus de 50 ans en arrière. Et cette fois-ci, si on n’y prend garde, on risquerait de toucher le fond si cela n’est pas encore le cas. Car aujourd’hui et plus que jamais, le wagon s’est arrêté et le remettre sur les rails, prendra autant de temps. Car si la cause même de la crise n’est pas traitée pour de vrai, comment peut-on mettre fin à ses effets ? C’est la question primordiale que devra résoudre les politiques de notre pays s’ils veulent véritablement donner une seconde et dernière chance à ce pays d’aller de l’avant.

X: Comme Xénophobie. Si elle peut se définir comme la haine portée à l’encontre des étrangers, la xénophobie est nouvelle en Centrafrique, cette patrie à l’hospitalité légendaire. Mais, aujourd’hui, elle a bien pris place dans les cœurs des filles et fils de cette nation centrafricaine. Elle découle, naturellement, de cette furie destructrice et hautement criminelle des barbares de la Seleka qui se sont rendus coupables de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elle est aussi accentuée par la vengeance aveugle des Anti balaka. Cette barbarie qui n’a pas été dénoncée en son temps par les compatriotes musulmans qui l’acquiesçaient d’ailleurs, a fait germer dans le tréfonds des Centrafricains, ce sentiment xénophobe et revanchard. C’est sans doute ce qui justifie dans une certaine mesure, la hargne vengeresse visiblement dirigée contre des compatriotes de confession musulmane qui crient aujourd’hui à la partialité des forces internationales arrivées en Centrafrique. Et vice versa quand on sait que les chrétiens, eux aussi accusent les militaires tchadiens de la MISCA de ne pas jouer franc jeu et de ne rouler que pour le compte des Seleka et des compatriotes de confession musulmane.

Y: Comme Yves Le Drian. C’est le nom du ministre français de la Défense. Parcourant l’Afrique à la recherche des solutions aux crises politico-militaires qui minent notre Continent, on l’a vu au Mali, au Niger, au Tchad, à Bangui, Brazzaville et Libreville. Des déplacements qui lui permettent de prendre le pouls des différentes situations dans les différents pays engagés soit dans la lutte contre le terrorisme soit dans des situations de trouble comme dans notre pays. En l’espace de quelques semaines, Yves Le Drian a effectue deux missions en République Centrafricaine. La première dès le début des opérations des forces françaises en Centrafrique et la seconde, au début de cette année 2014 qui vient à peine de commencer.

Z: Comme zéro. Après plus de 50 ans d’indépendance, la RCA se retrouve à un niveau zéro et cela, à tous les niveaux et dans tous les secteurs. C’est donc un Etat inexistant qui porte aujourd’hui le nom de la République Centrafricaine. Une nation à reconstruire pour permettre à ses filles et fils, de profiter de sa richesse. On l’espère tous vivement. Mais, cette œuvre utile au service du bien-être social des Centrafricains n’est aujourd’hui qu’une vue de l’esprit tant, le « messie » qui pourrait nous conduire vers ce lendemain bien meilleur n’est encore pas né du moins. Aux politiciens sans scrupule qui ont gouverné ce pays depuis son indépendance, s’il fallait leur attribuer une note, ce sera sans doute, ce zéro qui hante toujours les élèves dans les salles de classe.

Tant que la réconciliation véritable entre filles et fils du Centrafrique, sans considération de race, d’ethnie et de religion n’est pas envisagée, il est aisé de conclure que la crise ne fera que s’accentuer et la paix quittera définitivement ce pays qui s’enlise au jour le jour dans une sorte de gadoue. D’ailleurs comme l’ont si bien dit les artistes de l’Emission Linga sur Radio Ndeke Luka, à cause de cette crise politico-militaire, l’enfant Jésus n’est pas né cette année 2013 en Centrafrique. Cela fait sourire mais, ça permet de réfléchir n’est-ce pas ?

Comments

comments




Laisser un commentaire