« La République Centrafricaine a besoin de sécurité », Jérémie Doui Wawaye.

Mes cher(e)s ami(e) de Savona

Padre Valentino Valarino m’a fait honneur en m’invitant à venir dans cette ville m’entretenir avec vous sur la République centrafricaine.

Pour commencer, qu’il me soit permis de vous adresser la bienvenue en cette séance de partage. Et, je vous remercie d’avance de l’attention toute particulière que  vous aurez à porter sur mon intervention dans cette salle. 

wawayeMoi-même qui suis devant vous aujourd’hui, je suis titulaire d’un Doctorat en droit public et Maître-Assistant à l’Université de Bangui. Je suis le fils du Padre Valentino. Il est plus que mon père biologique car à 11 ans déjà  c’est lui qui m’a élevé et éduqué au petit et moyen séminaire de la Yolé à Bouar. Après mon Baccalauréat j’ai continué et avancé dans les études. Bien que je ne fusse plus au séminaire, il a continué d’être à mes côtés dans des moments difficiles, surtout en 1999 où j’ai perdu mon papa qu’il connaît bien. Je suis donc l’un des fruits de la mission du Padre Velentino dans le diocèse de Bouar en République centrafricaine. Padre Valentino, à vous particulièrement, j’exprime à votre intention devant tout ce monde  ma reconnaissance la plus méritée. Je n’oublie pas  Monseigneur Armando Gianni, Monseigneur Agostino Delphino, celui-là même qui a accompagné maman à l’hôpital de Bouar pour mon accouchement. Et c’est lui-même qui m’adonné le nom de Augustin, ce qui  signifie en italien Agostino. Je n’oublie pas les Padre Agostino Bassani, Enzo, Cypriano, Pio, Umberto, Maximiliano… Ces religieux missionnaires dans le diocèse de Bouar n’ont pas seulement préparé les jeunes à être prêtre, ils ont aussi formé des laïcs capables de s’assumer dans la vie active en servant leur pays avec loyauté dont moi je suis.  

En tant que juriste de formation universitaire, je ne suis pas venu étaler devant vous, mes cher(e)s ami(e)s,  les grandes théories du droit que j’enseigne à l’Université.

Je me tiens devant vous aujourd’hui pour partager et vous éclairer sur ce qui s’est passé et qui se passe encore en République centrafricaine.  

Il suffit de voir la carte du continent africain pour avoir une idée sur la position géographique de la République centrafricaine. Elle est située au centre même du continent africain ; d’où son nom de République centrafricaine ou Centrafrique tout court.

C’est un pays de 622.984 km², deux fois plus grand que l’Italie avec 301.336 km². Mais en population, il faudrait diviser le nombre d’italiens de 60.626.442 par 11 pour obtenir les 5 166 510 de centrafricains.

La République centrafricaine est entourée par le Tchad au Nord, le Congo Brazzaville et la République Démocratique du Congo au Sud, le Soudan et le Soudan du Sud à l’Est  et le Cameroun à l’Ouest. 

L’essentiel de la situation géographique de la République centrafricaine est marqué par son enclavement.  Sa situation d’extrême problème trouve en partie ses raisons dans son difficile accès à la mer.

Toutefois ce n’est pas l’enclavement de la République centrafricaine qui sera objet de notre rendez-vous d’aujourd’hui.

 Notre rencontre de ce jour est plutôt justifiée par une situation très mouvementée de la République centrafricaine à l’issue de laquelle moi-même et voire quelques religieuses et religieux ici ont terriblement vécu l’expérience.

L’histoire politique de la République Centrafricaine se caractérise par l’absence de stabilité. Il s’agit d’un Etat issu de la décolonisation des années 1960 éprouvant de grandes difficultés à stabiliser son régime politique en raison de conflits permanents de pouvoir, oubliant les aspirations du peuple.  Peu de temps après sa fondation, le 1er décembre 1958, une insécurité chronique  a entraîné un délitement de l’Etat centrafricain émaillé par un profond bouleversement  dans le fonctionnement de l’ensemble de la vie juridique, politique, sociale et culturelle. Très rapidement cette insécurité entame tout aussi bien l’intégrité physique des personnes et la préservation de leurs biens.

La République centrafricaine s’est donc livrée à elle-même et aux mains des pillards; d’où certains observateurs ont pu parler de « La solitude et le chaos en République centrafricain ».

En effet, depuis le milieu des années 90 le monde se trouve  témoin d’une crise grave  en Afrique. Les conflits sanglants ont fait souvent l’objet des gros titres des journaux et télévisions occidentaux.  Le cas de la République centrafricaine était totalement ignoré. Située dans un triangle bordant :

– la République Démocratique du Congo au Sud où la présence des troupes de Jean Pierre BEMBA dans la province congolaise de l’Equateur voisine de la République centrafricaine est un sujet de préoccupation pour les autorités de la République centrafricaine ;

– le Congo (Brazzaville), sérieusement secoué par une guerre civile des plus meurtrières en 1997, n’a pas encore fini de panser ses plaies.

– le Tchad où toutes les rebellions ne composent pas avec le pouvoir en place, ressemble à un volcan à peine éteint qui attend une nouvelle irruption.

– le Soudan où la sempiternelle guerre civile entre le Nord et le Sud, reste toujours un sujet de préoccupation.

En revanche, la grave crise qu’a traversé la République centrafricaine n’a pas suscité un  intérêt  médiatique très grands, ni d’appui de la part  de la Communauté internationale. Elle souffrait donc en silence.

L’indifférence des uns et des autres Etats, la non assistance en danger de la communauté internationale a fait que la République centrafricaine s’est engluée, année après année, dans une insécurité quotidienne se traduisant par une extrême souffrance de sa population.

Ce qui me conduit aujourd’hui à partager avec vous le sujet  dont l’énoncé est le suivant :

LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE AUX

MARGES DE L’AFRIQUE  ET DU MONDE

J’avoue qu’il il m’est très impossible d’illustrer toute l’ampleur de la terreur et de la frayeur qui a envahi la vie quotidienne d’une quasi totalité de la population centrafricaine du fait de ce qui s’est passé et ce qui se passe encore aujourd’hui. Il est aussi très difficile à un européen, né en Europe  et grandi  en Europe de comprendre la réalité de la situation en République centrafricaine que je vais vous décrire. Mais je ferrais de mon mieux pour vous faire appréhender la situation à travers des expériences précises.

Par exemple :

La date du 18 mai 1996 est à jamais gravée dans ma mémoire. En ce jour éclata une deuxième mutinerie de l’armée centrafricaine. Je logeais sur le campus universitaire non loin de la résidence présidentielle. La rage des combats assortie du sifflement des balles m’a contraint à quitter Bangui à pied pour trouver enfin un moyen de transport à 150 km. Mon arrivée dans la ville de Bouar, chez les miens, me réservait une terrible surprise : une très mauvaise nouvelle m’attendait. Sans pouvoir prendre de repos, je dus courir à l’hôpital. Ma fiancée, qui était enceinte de 8 mois devait accoucher d’un mort-né. Au fait, elle était partie pour subir les épreuves du BEPC quand les militaires mutinés aussi dans cette ville ont fait irruption dans l’enceinte du lycée semant la terreur par des tirs sporadiques. Dans le sauve-qui-peut qui s’en suivit, celle qui devait devenir ma femme se vit contrainte de sauter par la fenêtre. Ce qui causa la mort de l’enfant qu’elle portait.

Je ne suis pas le seul à avoir vécu une telle expérience douloureuse. Chaque Centrafricain a perdu soit un parent, soit un proche lors des différentes crises militaro-politiques. Pratiquement, tout Centrafricain a été affecté d’une manière ou d’une autre par l’insécurité.

La République centrafricaine s’est enfoncée davantage dans la crise le 10 décembre 2012. Trois mois plus tard, le 24 mars 2013, ce beau pays d’Afrique centrale a totalement sombré dans l’enfer. C’est comme si la République centrafricaine n’existe plus parce que ce ne sont plus seulement des bruits de bottes que les centrafricains devraient entendre. Ce sont les crépitements sinistres et incessants des armes AK47. Ce sont les roquettes qui déchirent la nuit, des enfants-soldats drogués, armés et livrés à eux-mêmes, des jeunes filles et des femmes violées, des hommes égorgées.

En réalité ce sont les membres incontrôlés   de la Séléka (je reviendrais sur  ce groupe armé plus tard), transformés en brigands, qui terrorisent la population. Epouvantée, elle fuit en masse le pays pour se réfugier dans les pays voisins, ou bien  dans la brousse à la merci de tout.  Ce sont des lieux de culte chrétien qui sont profanés ou incendiés.

Les conséquences catastrophiques cette situation se mesurent à la persistance voire à l’aggravation des problèmes qui font que les Centrafricains demeurent les « damnés de la terre » ou du moins les « damnés de l’Afrique » parce que la sécurité est un défi à relever.

La République centrafricaine  ressemble donc  à un bateau fantôme, voguant vers un destin incertain : manque de moyens financiers, désorganisation de l’administration, système éducatif en panne, hôpitaux devenus des mouroirs, insécurité endémique… La liste serait longue mes  chers amis de Savona.

Ce qui est bizarre personne n’ose évoquer ces fléaux ouvertement. D’ailleurs la littérature sur ce qui se passe en République centrafricaine est très pauvre. Les gens préfèrent se résigner et accepter de souffrir que de parler.

Au moins moi qui suis devant vous aujourd’hui j’ai pris ce courage d’écrire sur la République centrafricaine.

Le 9 mars 2012 j’ai soutenu devant un grand jury ma thèse de doctorat sur : « La sécurité, la fondation de l’Etat centrafricain : contribution  à la recherche de l’Etat de droit » dont voici un exemplaire. La soutenance m’a valu une mention Très Honorable. Ma thèse a donc intéressé une maison de publication qui a accepté de l’éditer sous le titre de « Sécurité et Etat de droit en République centrafricaine » vendu au prix de 93 euros sur Amazon.fr

A près cette publication je n’ai pas baissé les bras, j’ai continué d’écrire. Et voici  les quelques articles que j’ai publié sur la République centrafricaine

– « Ordre et désordre en République centrafricaine » in Centrafrique presse [En ligne], mis en ligne le 2 avril 2013, URL : http://centrafrique-presse.over-blog.com/article-ordre-et-desordre-en-republique-centrafricaine-par-augustin-jeremie-doui-wawaye-116731670.html

– « L’influence de la conjoncture politique sur les équilibres institutionnels en République centrafricaine », Centrafrique presse [En ligne], mise en ligne le 11 février 2013, URL : http://centrafrique-presse.over-blog.com/article-l-influence-de-la-conjoncture-politique-sur-les-equilibres-institutionnels-en-republique-centrafrica-115234969.html

– « République centrafricaine : l’insécurité, la rébellion, changer au-delà des apparences », Centrafrique presse [En ligne], mise en ligne  le 23 décembre 2012, URL : http://centrafrique-presse.over-blog.com/article-republique-centrafricaine-l-insecurite-la-rebellion-changer-au-dela-des-apparences-par-113734503.html

Très récemment j’ai publié L’introduction du respect des droits de l’homme dans les accords de partenariats entre l’Union européenne et les groupes d’Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique commercialisé au prix de 67 euros.

Tous mes écrits sont donc consultables sur mon blog.

doui.wawaye.augustin.jeremie.overblog.com – OverBlog

Tous mes écrits ont révélé que la République centrafricaine a besoin de sécurité (I) dont le traitement passe par la résolution des problèmes sociaux (II).

I. La République centrafricaine a besoin de sécurité

Le constat que  j’ai toujours décrit dans mes recherches révèle  que les raisons de la descente en enfer de la République centrafricaine (A) sont à rechercher  au préalable dans son histoire (A)

A. Une histoire politique très mouvementée

– L’empreinte de la colonisation

L’évolution politique, constitutionnelle et institutionnelle, de la République  Centrafricaine  depuis 1958  est parsemée par de nombreux événements de nature diverse. Sa vie juridique et politique est inspirée, pour la plus grande part, de celle de la France.

L’arrivée des européens dans la région appelée aujourd'hui République Centrafricaine  fut tardive. L'occupation s'était imposée pour relier le Tchad avec les possessions  françaises de l'Ouest et le Nord d'Afrique. Pierre SAVORGNAN de BRAZZA, chargé de réaliser la liaison, a exploré la Haute Sangha. Mais, il s'est heurté à l'occupation allemande au Cameroun. C'est le français Alfred UZAC qui, sous l'impulsion d'Albert DOLISIE, fonda le 26 juin 1899 le poste de Bangui alors que les Belges, de l’autre côté du fleuve Oubangui,  venaient de fonder un jour plus tôt, la ville de Zongo en face de Bangui. La RCA, dont la capitale est Bangui, doit son nom à des raisons historiques et à sa position géographique.

Vers 1885, les explorateurs belges vont découvrir  le cours inférieur de l'Oubangui, affluant du fleuve Congo. Les territoires situés de part et d'autre du fleuve furent partagés entre la France et la Belgique. La partie française s'appelait alors « Oubangui Chari », un fleuve d’Afrique centrale qui coule  de la République centrafricaine vers le lac Tchad. Le territoire fut livré à l'exploitation des sociétés capitalistes qui soumirent les populations  indigènes aux travaux forcés ; l’Oubangui Chari connut probablement, en ce temps, l’une des colonisations les plus brutales de son histoire. Le 29 décembre 1903, l'Oubangui  Chari  devient une colonie française. Le 11 février 1906, un décret du Gouvernement français fait de Bangui la capitale de l'Oubangui Chari. Le 15 janvier 1910, la colonie Oubangui Chari est associée à celles du Congo, du Gabon et du Tchad pour former l'Afrique Équatoriale Française (AEF).

La « mission civilisatrice de la France » a consisté en l'implantation de petits postes administratifs et au tracé de quelques routes principales. Sinon, la France pratique une politique d'assimilation notamment par l’application des lois, des croyances et des traditions et en imposant la langue française. La mise en œuvre de cette politique, à travers l'école, n'a pas véritablement fonctionné en raison d'un manque d'une réelle volonté politique et de moyens adéquats dans l'enseignement public. Le bouleversement causé par la colonisation a mis en contact des peuples d'ethnies différentes nécessitant une langue commune pour la communication quotidienne. Dès son accession à la souveraineté internationale  jusqu’à nos jours,  la République Centrafricaine a conservé le français comme langue officielle, utilisée dans les documents administratifs, alors que le sango, langue véhiculaire, agit comme unificateur du pays permettant à chacun de se comprendre sans éducation scolaire avancée. L'Oubangui Chari devient officiellement un « Territoire Outre Mer » (TOM) le 16 octobre 1946. L’influence exercée par les mouvements de décolonisation amorcée en Afrique dans les années 1950 et la revendication de l'indépendance vont conduire l'Oubangui Chari à devenir  d’abord République Centrafricaine le 1er décembre 1958, puis un Etat indépendant proclamé le 13 août 1960, et  admis aux Nations Unies le 20 septembre de la même année.

– L’instabilité politique

L’année 1959 a, cependant, été une période  particulièrement marquante dans l’histoire politique, institutionnelle et juridique de la République Centrafricaine. En effet, le 16 février 1959, cet Etat  proclamé  République depuis le 1er décembre 1958, s’est doté d’une première Constitution. Dans le même temps, l’armée, partie intégrante de l’Etat naissant, mais toujours pas indépendant, constituait, en raison de son organisation et de sa structuration, une force capable d’assurer la défense de l’intégrité du territoire et le maintien de l’ordre. Constituée d’officiers formés par la métropole, l’armée tirait sa force de la discipline, de sa cohésion et de son image d’apolitisme voire de neutralisme. Elle était considérée comme le creuset de la souveraineté. C’était dans cet esprit que l’armée centrafricaine fut créée : les recrutements excluaient toute considération régionaliste, ethnique et politique. Le soldat était obéissant parce qu’il avait un chef compétent en qui il avait confiance ou encore parce qu’il ne voulait pas se désolidariser du groupe auquel il appartenait. L’image d’Epinal centrafricain parle d’esprit de corps et d’abnégation. Pour donner un gage aux éventuels investisseurs étrangers, des mesures appropriées ont été prises  en matière de sécurité. Une équation a été posée : la République centrafricaine était censée devenir la « Suisse africaine ». Le mot « ordre » constitue l’objectif national. L’insécurité forme l’ennemi numéro un du peuple centrafricain.

Sur le plan économique, la République Centrafricaine était considérée comme un « pays riche » (c’est-à-dire, pays regorgeant d’énormes potentialités de ressources) disposant des ressources naturelles telles que le bois, le coton et un sous sol contenant du diamant et de l’or. Dans le secteur privé, plus de 130 sociétés enregistrées étaient actives. L’état des finances demeurait satisfaisant. La stratégie de développement était fondée sur une omnipotence de l’Etat dans l’organisation des activités économiques, laquelle se traduisait par la  mise en place d’une planification, de nationalisations et de l’allocation de subventions par l’Etat. Bref, le dirigisme économique avait promis de faire des « miracles » en assurant l’autosuffisance alimentaire au peuple centrafricain. Le niveau économique relativement élevé rendait possible une meilleure redistribution des ressources publiques. L’objectif était  d’éviter la constitution d’une caste de privilégiés qui monopolisent les leviers de commande économique et politique avec les risques de déstabilisation sociale.  Le niveau relatif du développement économique a favorisé la diminution des conflits sociaux. Les oppositions de classe s’en trouvent donc atténuées  avec un paysage politique pacifié et un meilleur respect des droits et libertés de la personne humaine.

De façon générale, la République Centrafricaine était juridiquement, politiquement voire institutionnellement et économiquement outillée pour assurer la sécurité juridique et matérielle des biens et des personnes. Le fonctionnement de ce nouvel ordre politique offrait beaucoup d’espoir sur le plan aussi bien international, régional que national. Bref,  l’« indépendance » nourrissait le rêve.  Hélas ! Ce dispositif mis en place n’a été qu’un leurre. Le Président fondateur de la République centrafricaine, Barthélemy BOGANDA, ne pouvait concrétiser cet idéal car le 29 mars 1959, il périt dans un accident d’avion dont les circonstances demeurent encore non élucidées. Dès lors, la République centrafricaine va connaître  une évolution politique et constitutionnelle très mouvementée.

A la déclaration de l’indépendance le 13 août 1960, la République Centrafricaine se dote d’un Président de la République, David DACKO. Confronté à un  coup d’Etat dans la nuit du 31 décembre 1965, demeuré dans l’histoire sous le nom de « Coup d’Etat de la Saint Sylvestre », il fut chassé par son cousin, le Lieutenant colonel Jean BEDEL BOKASSA.

Trois phases ont marqué la vie de ce militaire politicien : d’abord chef de la junte de 1966 à 1972, ensuite, il s’est déclaré Président à vie de 1972 à 1976. Au cours de ces années une nouvelle Constitution fut adoptée, transformant la République centrafricaine en Empire Centrafricain (ECA). Enfin, le régime de Jean BEDEL BOKASSA s’est illustré par la brutalité et des violations massives des droits humains ainsi que par un comportement fantasque, par exemple lorsqu’il s’est couronné « Empereur BOKASSA1er ». Mais, l’Empire Centrafricain ne va pas durer, car le 20 septembre 1979, BOKASSA 1er sera évincé lors d’un coup d’Etat : protégé par des parachutistes français, David DACKO renverse le régime impérial et annonce le retour à la République.

La chute du dictateur et la tenue des élections du 15 mars 1981 ramenèrent David DACKO au pouvoir. Mais, le résultat controversé de cette consultation électorale engendre une crise politique sans précédent  avec son corollaire l’effusion de sang et des pertes en vies humaines. Un risque de  mettre en danger l’équilibre de la Nation va conduire le Général d’armée André KOLINGBA à organiser un  autre coup d’Etat le 1er septembre 1981. Il a dirigé la République Centrafricaine à la fois comme  Chef militaire et de la  junte et comme Chef politique dans le cadre de la monocratie présidentielle jusqu’en 1993.

Le vent de la démocratisation au début des années quatre vingt dix balaye le régime du parti unique où toute possibilité de participation effective de la population  à l’animation de la vie politique était quasiment absente. Le Général Président André KOLINGBA, pressé par les circonstances, notamment les exigences tant intérieures qu’extérieures, accepte le verdict des urnes le 22 août 1993 qui porta au pouvoir au second tour Monsieur Ange Félix PATASSE. Le « démocratiquement élu » a été confronté en quasi permanence à des tentatives de coup d’Etat militaires et à  des mutineries de l’armée. L’instabilité économique, la crise sociale, la mauvaise gestion et la corruption sont autant de faiblesses à mettre au passif de la présidence du Président Ange Félix PATASSE. Son ancien Chef d’Etat major, le Général François BOZIZE le renverse le 15 mars 2003 à la suite d’une rébellion. Le 10 décembre 2012 une  coalition de rébellion appelé « séléka » va hanter tout le Nord de la République centrafricaine  pour descendre et renverser enfin le Général Président François Bozizé.

Ainsi, depuis  l’indépendance de la République centrafricaine, presque sans exception, chaque Chef d’Etat de la République centrafricaine, arrivé au pouvoir, a toujours fini par être  renversé par un coup d’Etat militaire. Autrement dit un coup d’Etat en chasse un autre. Les régimes dictatoriaux successifs et l’instabilité politique sont la cause principale de la situation que la République centrafricaine traverse aujourd’hui. Qu’ils soient civils ou militaires, la plupart des régimes s’appuient sur des forces militarisées et sur un parti unique pour accéder puis se maintenir au pouvoir. Même dans les régimes civils, l’armée devient un instrument du pouvoir.

B. Les manifestations de l’insécurité en République centrafricaine

Depuis des années,  un désordre civil, politique, économique, social et culturel s’est installé. Il s’agit effectivement d’un phénomène brutal sans précédent qui a pris une dimension nationale  La toile de fond complexe des conditions politiques et la violence armée ont vraiment menacé presque tous les aspects de la sécurité, remettant en question la survie, les moyens d’existence et la dignité de la personne humaine. L’armée, la rébellion et les groupes armés montrent bien le délitement de l’Etat centrafricain.

– L’armée centrafricaine en déliquescence

Depuis 1966, un rapide décompte statistique révèle que la plupart des manifestations de violence politique sont d’origine martiale. Cet activisme est fait de mutinerie, de tentatives de coup d’Etat et de prises effectives du pouvoir par l’armée ; lesquels coups d’Etat se sont traduits par une occupation des institutions par les militaires.

Aujourd’hui, l’armée centrafricaine est caractérisée par un conglomérat hétéroclite, sans cohésion, ni discipline, composé des  ex loyalistes,  des ex  mutins, des ex libérateurs, des patriotes et des rebelles. L’effectif global ne répond pas aux exigences des missions. Les soldats restent huit à dix mois sans relève faute de remplaçants. Il  y a un vieillissement évident des personnels des armées centrafricaines. Cet aspect du problème représente un handicap majeur : certains personnels sont hors limite d’âge depuis plus de dix ans. Un rapport constate qu’au moins 700 personnes tout grade confondu devraient faire valoir leur droit à la retraite.

Le recrutement anarchique fondé sur le tribalisme, le clanisme et le régionalisme,  ne répond à aucun des critères de moralité, de motivation, d’aptitudes physiques et intellectuelles. La politique de nomination est faite au mépris des dispositions statutaires. Elle ne tient plus compte de critères de compétence, de qualification, de formation, de la durée de service. En conséquence, les compétences disponibles sont mal utilisées, la pyramide des grades est perturbée engendrant une absence de correspondance entre les aptitudes reconnues et les missions confiées.

Sur le plan matériel, des insuffisances sont aussi criantes. Il en va ainsi, du logement dans les casernes. Aussi, bon nombre de militaires résident en dehors des casernes et à leurs frais. Ces militaires éprouvent d’énormes difficultés pour se rendre à leur lieu de travail et la solde perçue ne leur permet pas de supporter leur frais de déplacement et d’assurer les dépenses d’un ménage. Les différentes crises ont conduit les autorités politiques centrafricaines à faire appel à des forces étrangères pour suppléer l’armée centrafricaine.

Cette désorganisation tant matérielle que sur le plan de la gestion des ressources humaines, aboutit à une situation totalement incontrôlable. La misère de ces militaires les amène à racketter voire à braquer des civils, et donc à créer une plus grande insécurité. Il en résulte une dénaturation des forces armées. La hiérarchie, la discipline, la cohésion d’ensemble,  symboles de l’institution militaire n’existent plus. Ils sont remplacés par des liens d’allégeance au pouvoir. Non seulement l’armée n’est plus soudée, mais elle obéit le plus souvent à des critères sans rapport  avec l’efficacité militaire.

Sur le plan éthique, les notions de sacrifice, familières de l’institution militaire résonnent comme des mots creux. Les généraux proches du pouvoir doivent plus leurs galons à leurs relations privées avec le Chef de l’Etat qu’à leur aptitude au combat. A l’opposé, des officiers réputés pour le sérieux de leur formation et pour leurs compétences, mais originaires d’autres provinces que celle du président, se trouvent victimes de mesures d’éloignement et  de purges.

La perte du sens   patriotique et la disparition de l’« esprit de corps » ont grandement  porté préjudice à la dignité et à la crédibilité du soldat centrafricain.  C’est vraiment un processus de désintégration qui conduit,  à terme,  au malheur  des armées devenues « sans cœur,  ni âme ».

En somme, l’armée centrafricaine est peu performante, modeste, parfois  tout juste de parade, incapable de mener à terme un combat. Le militaire centrafricain reste sous équipé. Tous les matériels ne relèvent que des dons des pays amis souvent très insuffisants,  parfois de vieux matériels rénovés. La précarité est permanente.  L’organisation de l’institution militaire est un chantier abandonné, ne pouvant que déboucher sur l’inaction des forces militaires.

– La rébellion

Le Nord-ouest de la République centrafricaine est une région à forte densité démographique qui abrite 1 million des 4.216.666 millions d’habitants que compte la République centrafricaine. Cette région a  souvent abrité des bases de rébellion. C’est, d’ailleurs dans cette localité que François Bozizé a ramassé les armes pour, enfin, renverser le pouvoir de Bangui en 2003.

  Après les élections de mai 2005 et la victoire du François Bozizé, des mouvements armés se sont créés dans cette région du Nord. Il s’agit le plus souvent d’une des parties de l’armée en désertion  et des ex combattants rebelles ou membres de l’armée démobilisés mais non désarmés.  Ils croient en leur légitimité car ils protègent la population civile locale contre les agissements criminels des bandits palliant ainsi l’absence de l’autorité de l’Etat centrafricain dans cette partie du territoire.  Au départ alors, l’action de ces hommes armés rentrait dans le cadre d’une délinquance classique.

La présence de ces groupes armés dans le Nord de la République centrafricaine a très vite suscité une vive réaction du pouvoir central de Bangui cherchant à éviter la constitution de véritables rebellions. Les attaques vont entraîner une radicalisation des mouvements armés contre le gouvernement.  En l’espace de quelques mois,  des forces armées non étatiques vont pulluler dans cette  région du Nord-Ouest.  La rébellion était  dominée par l’APRD (Armée Populaire pour la Restauration de la République et la Démocratie) dirigée par l’ancien ministre de la Défense Jean-Jacques Demafouth. Elle associait sept (7) autres mouvements rebelles à savoir : le FUC ( Front Uni pour le Changement)  dirigé par Mahamat Nour Abdelkerin, le FDPC (Front Démocratique du Peuple Centrafricain) à sa tête le général Abdoulaye Miskine de son vrai nom Martin Koumtamadji, le GAPLC (Groupe d’Action Patriotique de Libération de Centrafrique) de Michel Djotodia, le MLCJ (Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice)  dirigé par Abakar Sabone, le MPRC (Mouvement Patriotique pour la Restauration de la République Centrafricaine), le FDC (Front Démocratique Centrafricaine) dirigé par Justin Hassane et la CPJP (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix) dont le principal représentant est Abdoulaye Issene mais le leader du groupe  fut le disparu Charles Massi.

Dans le même temps,  à la mi-juin 2006, la République centrafricaine s’est trouvée  face à une seconde rébellion organisée dans la région peu peuplée du Nord-Est, limitrophe du Darfour  et de l’Est du Tchad.  Il s’agit du GAPLC (Groupe d’Action Patriotique pour la Libération de Centrafrique) dirigé également par Michel Djotodia, du MLCJ (Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice) dont le Chef est Abakar Sabone.  

  Ces deux mouvements rebelles, composés de plus de cent  cinquante (150) rebelles, vont hanter tout le Nord de la République centrafricaine.  Cette région est donc en proie à une incessante insécurité. L’appartenance ethnique dans ces groupes armés est mise en évidence. Par ailleurs, le Tchad est lourdement impliqué dans  les différents mouvements rebelles.

Les différentes rébellions se présentent comme des mouvements de contestation des autorités en place. Leurs chefs refusent l’ordre institutionnel établi. Pour justifier leur action les rebelles mettent en avant la mauvaise répartition des richesses nationales, les disparités ou les inégalités socioéconomiques de l’espace national. Ils dénoncent donc une injustice flagrante, insupportable, source de frustrations à laquelle il faut mettre un terme. Ces mouvements armés sont mus par des revendications diverses notamment : la contestation de la régularité des élections présidentielles, la condamnation de la mauvaise situation économique génératrice de pauvreté. Ils agissent également pour des raisons personnelles comme des arriérés de salaires pour les fonctionnaires. En contre partie de ces revendications, Ils réclament une redistribution équitable des richesses du pays, une lutte efficace contre la corruption, des mesures pour contrer les discriminations ethniques et l’insécurité dans le Nord du pays. Voilà ce qui, en principe et au-delà des motivations individuelles des leaders, sert de motifs fondateurs, d’alibi ou de justification sociale, politique, morale et psychologique ou intellectuelle  aux différents mouvements de rébellion en République centrafricaine.

La nouvelle coalition qui a provoqué la chute  du régime du Président Bozizé le 24 mars denier est un consortium très hétérogène des mécontents du régime.  Au début du mouvement, les rebelles de la Seleka sont en grande majorité originaires du Nord-Est de la République centrafricaine, une région géographiquement reculée et historiquement marginalisée où l‘Etat est quasiment absent. Le manque de gouvernance dans les régions périphériques de la Vakaga et de la Hotte Kotto a conduit à une insécurité structurelle. La région, livrée à elle-même est un centre où  se mêlent rébellions extérieures, groupes armés centrafricains, trafics et luttes pour le contrôle des zones diamantifères, etc.

Loin d’être une nouvelle rébellion, la Séleka rassemble les mécontents du régime de Bozizé autour d’une base combattante formée par les mouvements du Nord-Est. Seleka en sango veut dire « alliance ». Seleka est une coalition composée de trois groupes rebelles : la CPSK (Convention Patriotique pour le Salut wa Kodro), la CPJP (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix) et l’UFDR (Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement). Seleka n’a de réelles visées séparatistes ou  révolutionnaires. La principale revendication de Seleka reste et demeure l’application de l’Accord de Libreville notamment le DDR pour Désarmement, Démobilisation et Réintégration.  Mais, il n’y a pas de raison de nier l’affaiblissement de l’Etat centrafricain. Face à l’échec du Gouvernement de François Bozizé à promouvoir et à garantir le bien être et le bien vivre de sa population, l’analyse de la situation permet de comprendre les formes que l’Etat centrafricain revêt : déflation, dépérissement, déliquescence, éboulement, évanescence et faillite, crise de l’Etat tout court sont autant des caractéristiques de l’Etat centrafricain impuissant à remplir  ses fonctions les plus élémentaires.

Aux clameurs de certains habitants de Bangui qui ont accompagné le cortège victorieux de la Séleka le 24 mars, ont succédé les pillages, les exactions, les bavures et aujourd’hui un sentiment anti-séléka très fort dans la capitale centrafricaine. Les nouveaux maîtres du pouvoir éprouvent beaucoup de difficultés à contrôler leurs hommes ; et les autorités semblent dépassées par les évènements. Plusieurs dirigeants de la coalition Séleka admettent que des éléments « incontrôlés » de la Séleka ont commis des pillages et des exactions à Bangui et à l’intérieur de la République centrafricaine suite à la prise du pouvoir.

Sans indiscrétion, dans le chaos créé par la débâcle, ce sont les pays musulmans du Golfe, le Soudan du Nord et le Tchad qui tirent les ficelles.  Les Qatariens ont investi dans l’ombre un gouvernement provisoire centrafricain, sans gouvernance et sans autorité par des prébendes et des chèques. C’est la raison pour laquelle, depuis le désordre aucun mosquée, aucun musulman en République centrafricaine n’ont été visité. Des langues se délient beaucoup pour présager une islamisation de la République centrafricaine. Mais, c’est une entreprise très difficile pour ces aventuriers parce que les centrafricains sont en majorité des chrétiens.

Face aux pillages, au racket et aux intimidations, la colère et la haine montent au sein d’une très grande majorité de la population. Les incidents avec la Séleka se multiplient au point de perturber la circulation. Le très fort sentiment anti-seleka qui s’est emparés de l’esprit des centrafricains prend des tournures antimulsumans. Ce sentiment est aggravé par le fait que les quartiers musulmans n’ont pas été pillés et que les véhicules volés prennent la route du Nord ou bien sont repeints au quartier des Km5, le principal bastion musulman de Bangui.

Mais le pouvoir de Bangui doit faire face aussi aux  autres groupes armés.

– Les groupes armés

En République centrafricaine, l’impuissance de l’Etat à  contrôler  les armes légères et de petit calibre a abouti à une prolifération des milices  et à un phénomène bien particulier « les coupeurs de route » appelé zaraguina.

+Les milices ou les autodéfenses

Face aux exactions des rebelles et devant l’incapacité de l’Etat à assurer la sécurité,  la population locale  s’organise et se substitue à la police institutionnelle. Il s’agit d’une sorte de « police informelle » mise en place pour pallier l’absence des services traditionnels d’ordre et de protection. Des groupes d’autodéfense spontanés se créent au début, qui,  par la suite, sont soutenus de manière  informelle par le gouvernement. Ces groupes constitués de jeunes ont pour mission d’assurer la protection de la population civile tant dans son intégrité physique que dans ses biens. Cette population, préoccupée par sa sécurité, même si elle déplore de nombreuses exactions  et traitements dégradants, ne souhaite pas la suppression pure et simple de ce système. Ces groupes d’autodéfense  sont considérés comme le pilier de la sécurité  villageoise.

Ces groupes commencent par sensibiliser la population concernée sujette à l’insécurité, élaborent les stratégies et demandent des moyens de lutte. La sensibilisation se déroule en amont  pour alerter les autorités politiques sur les questions sécuritaires et en aval auprès de la population elle-même pour que celle-ci se prenne en charge.  Généralement, à la suite d’un acte répréhensible dans la ville, dans un quartier, dans un  village, les leaders d’opinion lancent un mot d’ordre pour battre le rappel des troupes. Ce sont eux qui donnent les ordres, désignent les responsables selon les tâches à assumer. Des  jeunes volontaires s’organisent en vue de lutter contre l’insécurité qui menace le village et leurs biens. Ils passent des nuits et des journées entières à y veiller. Ils assurent, alors, le maintien de l’ordre et la sécurité. Lorsque surgit un danger, ces personnes n’hésitent pas à intervenir. L’action de ces milices s’inscrit dans une logique d’autoprotection  dans ce contexte de déliquescence de l’autorité de l’Etat.

En réalité, ces groupes non étatiques homogènes composés essentiellement de jeunes, présentent  un danger imminent pour la République centrafricaine car ils sont facilement manipulables. Un groupe de jeunes, mal encadré, se transforme facilement en source d’insécurité. Toutefois, ces groupes d’autodéfenses ont démontré leur efficacité surtout à l’arrivée des zaraguina.

+ Les zaraguina

Zaraguina signifie « coupeurs de route ». Ces groupes se composent de plusieurs catégories d’individus qui prennent part  à des activités criminelles pour se nourrir sur le « dos de la population ».  Les coupeurs de route pillent camions et voitures sur les axes routiers, s’en prennent aux biens des villageois et utilisent de plus en plus la technique de l’enlèvement contre rançon. Les bergers Mbororo et les routiers centrafricains sont ainsi menacés : les premiers pour les dépouiller de leur argent en prenant leurs enfants en otage et les seconds en emportant leur argent et leurs biens. On le voit, les coupeurs de routes vivent  sur l’incapacité de l’Etat de se doter de force de l’ordre apte à assurer la sécurité publique. Ainsi, Ils entravent la mobilité des personnes et des biens, les échanges et les investissements licites.  Cette situation est liée à l’affaiblissement généralisé de l’Etat de droit et à l’aggravation de la corruption associant gardiens de l’ordre et délinquants.

A l’origine, les zaraguina sont des coupeurs de route venus probablement du Nigeria pour voler des bœufs des bergers Mbororo. Ils ont sévi d’abord au Tchad. Le Cameroun a également longtemps été victime des exactions de ces bandits. Depuis quelques années ce phénomène a gagné la  République centrafricaine. Il révèle l’insécurité galopante en République centrafricaine. Il prospère à l’ombre de la défaillance de l’Etat et de la polarisation du conflit entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles.

Les coupeurs de route opèrent toujours arme au poing et surtout en équipe. Ils  ont une parfaite connaissance des armes à feu. Le phénomène  des zaraguina est aggravé par le contexte de désœuvrement qui incite les jeunes à opter pour des moyens illégaux de survie. Ont d’ailleurs émergés d’autres groupes armés appelés archers qui se sont organisés dans les provinces du Nord et dans les zones d’élevage afin de résister aux coupeurs de routes. Les situations génératrices d’insécurité en République centrafricaine ne se résument pas seulement aux coups d’Etat des  forces de défense et de sécurité, elles s’expliquent également par  des crises politiques et sociales récurrentes.

En conclusion à cette première partie, la République centrafricaine est, aujourd'hui une énigme géopolitique. Après une histoire coloniale violente, suivie par une instabilité politique et militaire chronique, ce pays enclavé est en proie à des mouvements armés multiples, à la fois internes et externes. Une situation à l'origine d'une catastrophe économique, mais surtout humanitaire.

Néanmoins, il ne faut pas perdre de l’espoir. Avec quelques éléments de base que je m’en vais mon présenter, j’espère que  la République deviendra un jour un havre de paix où vous pourrez venir visiter. Il faut garder espoir.

II. Le traitement social des problèmes de sécurité en République centrafricaine

La position géographique de la République centrafricaine, à cheval sur deux grandes zones climatiques, sahélienne au Nord et équatoriale au Sud, fait d'elle un pays aux ressources naturelles variées, propice à des cultures diversifiées, à la pêche et à l'élevage. Traversée par de nombreux cours d'eaux, abritant une forêt dense humide et étendue, favorisée par un sous sol riche en diamant, or et autres minéraux, la RCA ne manque pas d'atouts. Son potentiel devrait être suffisant pour couvrir les besoins de sa population. Mais le choc du 24 mars 2013 dernier a entraîné une réelle dégradation de la situation humanitaire déjà très précaire (A) sans oublier les infrastructures qui ont été totalement détruites (B).

A. L’urgence humanitaire

Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), on compte au 30 avril 2013, (Trente et sept milles sept cent cinquante et cinq) 37.755 réfugiés centrafricains en République Démocratique du Congo (RDC) ainsi que des milliers de réfugiés au Tchad, au Cameroun et en République du Congo. Quant aux déplacés internes en République centrafricaine, ils seraient entre cent cinquante mille (150.000) et cent quatre vingt mille (180.000) personnes. Les principales urgences humanitaires concernent  la sécurité alimentaire et la santé.

– La sécurité alimentaire

L’origine  des besoins alimentaires résulte de la perte des intrants agricoles lors des combats et des mouvements de la population. La combinaison des déplacements de population, de l’impossibilité de cultiver et de l’arrivée de la saison des pluies ont occasionné une crise nutritionnelle. Le prix des denrées alimentaires de base sont en constante augmentation.

Dans les zones rurales, les activités des ONG humanitaires et  les actions de l’Eglise catholique ont été entravée par l’insécurité.  Plusieurs tonnes d’aides alimentaires du Programme Alimentaire Mondiale (PAM) ont été volées. Et les paillages des ONG et des Eglises sont toujours fréquents. Depuis le début de la crise, les pertes liées au vol de matériel sont estimés à plusieurs millions d’euros.

Sur le plan alimentaire, la moyenne en apport journalier de calories par habitant reste assez faible pour presque tout le pays.  Les déficiences caloriques limitent les capacités énergétiques des populations ainsi que leurs possibilités à s’épanouir et à contribuer efficacement au développement économique et social de la Nation.

Sous un autre angle, la dégradation des conditions sociales des populations s’explique également par la faible accessibilité à l’eau potable.  L’accessibilité à l’eau potable reste malheureusement très coûteuse et nécessite un apport financier important des pouvoirs publics. La majorité de la population centrafricaine a recours à l’eau de surface, de puits dont  la qualité reste incertaine. C’est ainsi que la population est exposée aux maladies hydriques.

– La santé

Les personnes déplacées n’ont aucun accès aux services de santé et les cas de paludisme et de maladie diarrhéiques  sont en augmentation. La tâche paraît très difficile dans certaines zones de la République centrafricaine. Certaines régions demeurent difficiles d’accès. La présence d’éléments incontrôlés de la Séléka dans  les régions du Centre et de l’Est complique sérieusement le déploiement des travailleurs humanitaires dans ces zones.

En matière de santé, l’insuffisance des revenus ne permet pas à la population d’accéder aux soins et aux médicaments essentiels. La population, exclue des soins et  des médicaments,  a recours à l’automédication et aux praticiens traditionnels qui offrent des prestations et  des produits de qualité douteuse. La faible accessibilité aux soins de santé s’explique également par l’insuffisance en personnel. On note, par ailleurs, une dégradation des infrastructures sanitaires en raison d’un manque d’entretien. Certains centres de santé manquent de matériel technique d’exploitation. Ceux qui existent sont en déphasage total avec l’évolution technologique. Tous ces obstacles limitent l’accès aux services de santé même  à la fraction de la population disposant de revenus suffisants pour se soigner. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses naissances ne sont pas suivies par le personnel de santé.

B. La précarité sociale inquiétante

L’origine du cycle d’instabilité et de conflits  qui secouent la République centrafricaine est aussi à rechercher dans la  précarité sociale.  Cette situation souvent développée et étudiée en sciences sociales est abordée comme « l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs responsabilités  élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux ». Cette précarité constitue une menace constante pesant sur l’Etat.

En République centrafricaine les situations de précarité se sont dans le même temps  multipliées : emplois précaires, sous emploi, formes plus ou moins diffuses de chômage, pauvreté salariale, pauvreté laborieuse c’est-à-dire des personnes ayant occupé un emploi au moins un mois dans l’année et se trouvant pourtant sous le seuil de pauvreté.

Les personnes les plus touchées sont d’abord ceux qui vivent dans des situations de grande vulnérabilité sociale notamment les enfants déscolarisées, les jeunes non qualifiés, les chômeurs de longue durée, les populations travaillant avec de bas revenus. C’est pourquoi, l’absence d’investissement en République centrafricaine et le fort le taux de chômage sont deux sources fortes d’insécurités.

L’absence d’investissement

La République centrafricaine, d’après sa position géographique, pouvait bien tirer profit des investissements étrangers pour stimuler une croissance forte et durable et en conséquence éradiquer le chômage, source d’insécurité. La République centrafricaine étant caractérisée par un taux de chômage élevé et une  insuffisance de capital d’épargne locale, l’investissement étranger est un moyen pour combler ce handicap financier.

Malheureusement, aujourd’hui, la République centrafricaine est  un pays où personne  ne veut risquer son argent. Le climat politico économique n’est pas favorable à l’amélioration de l’attractivité des capitaux étrangers. De nombreuses études soulignent l’importance cruciale de la sécurité dans l’attractivité des investissements. Cette volonté de sécurité  est sans doute l’objectif le plus partagé en République centrafricaine. On l’a souvent présenté comme l’un des grands piliers du régime politique. Une lutte est engagée contre le grand banditisme et surtout le pillage des entreprises. Pourtant, il demeure de vrais fléaux en  République centrafricaine.

A toutes les situations douloureuses que génèrent les conflits en République centrafricaine et à la détresse qui s’ensuit, s’ajoute le chômage à travers lequel des milliers de personnes surtout de jeunes vivent dans une précarité indicible. Définir la notion de chômage dans le cas centrafricain constitue encore une difficulté car il ne s’agit pas seulement de non emploi ou de non travail.

Il représente l’ensemble des personnes de 15 ans et plus, privées d’emploi et en recherchant un. Le cas centrafricain vise pour l’essentiel des individus sans travail. Alors, ceux-ci jouent un rôle central dans le développement de l’insécurité. Le chômage nourrit le développement de la précarité et favorise une dégradation des conditions d’emploi, de travail et de rémunérations ; en un mot,  il intervient sur toutes les conditions de vie.

En République Centrafricaine, l’Etat est le plus gros employeur. Il recrute ses cadres dans les grandes écoles et dans les universités. La création d’emplois dépend surtout des investisseurs ; et dans le secteur public, l’évolution de l’emploi est liée au budget et à l’aide extérieure. Aucune étude sérieuse sur ce sujet n’a été entreprise par les autorités. En effet, les statistiques sur le chômage sont quasi inexistantes. Comme le dit un observateur, « Dans ce pays, on vit avec le chômage, mais on ne compte pas les chômeurs ».

Le chômage accompagné de la dégradation généralisée des conditions de vie, de l’exode rural, de l’absence de formation, obligent quotidiennement les jeunes à imaginer des stratégies de survie. C’est pourquoi, profitant de l’insécurité grandissante, ils sont  les acteurs et les proies de la violence. L’avenir du pays est ainsi menacé par le nombre croissant  de jeunes qui n’ont pas de perspectives d’emplois pour gagner raisonnablement leur vie.  Tant que cette situation ne change pas, la probabilité d’obtenir  véritablement la paix et la sécurité reste faible. Ces jeunes, sans emploi, sont prêts à prendre les armes en échange de petites sommes d’argent avec la promesse d’une reconnaissance de  pillages. Ils voient dans ce type d’action un moyen de conquérir une autonomie.

– La faiblesse de l’éducation

L’issue du combat contre l’insécurité, en République centrafricaine, dépend aussi des priorités qui sont accordées aux investissements en capital humain sous forme de renforcement  des capacités de conception et d’exécution  des organes de gestion de l’administration  publique de l’Etat. La problématique se résume à la lutte contre l’analphabétisme et la généralisation de la scolarité et de l’éducation de base.

L’éducation est un outil à la disposition  de la République.

En effet, doit reprendre tout son sens avec la volonté de ne plus voir se reproduire les atrocités passées. On voit à quoi tend l’éducation en République centrafricaine : former des esprits libres et des caractères droits, conscients des rôles qu’ils sont appelés à jouer dans l’Etat comme citoyens. Il s’agit de former des vrais citoyens. Le processus de rétablissement de la stabilité de l’Etat centrafricain ne peut se renforcer, ni se pérenniser, tant qu’un accent particulier n’est pas mis sur l’éducation.

C’est pourquoi des appels au comportement civique et à l’exercice de la citoyenneté devraient se faire de plus en plus pressants. Et ce n’est qu’avec l’adhésion de tous, que l’équilibre peut être conservé. Les enfants ne seront jamais des citoyens si l’Etat n’est pas capable d’en faire des citoyens. Les thèmes de « l’autorité » du « respect » et du « patriotisme » devraient être largement étudiés ou explicités sans oublier également l’esprit civique.

Au-delà de l’instabilité politique qui a toujours caractérisé la République centrafricaine, l’Etat centrafricain doit son existence à l’Eglise catholique et aux ONG. Selon les données du dernier Annuaire statistique de l’Eglise, la République Centrafricaine a une superficie de 622.984 Km2, une population de 4.298.000 habitants dont 1.282.000 catholiques. Les circonscriptions ecclésiastiques sont au nombre de 9, les Paroisses 116, les stations missionnaires disposant de prêtre résident sont au nombre de 10 et celles sans prêtre fixe 1.615.

Les Evêques sont au nombre de 11, les prêtres diocésains de 192 et les prêtres religieux de 125, les religieux non prêtres 23, les religieuses 354, les membres des instituts séculiers féminins 13, les missionnaires laïcs 26, les catéchistes 4.199. Les petits séminaristes diocésains sont 222 et ceux dépendant de congrégations religieuses 124. Les grands séminaristes diocésains sont 156 et ceux dépendant de congrégations religieuses 62.

  L’influence de l’Eglise catholique s’explique avant tout par le rôle qu’elle joue dans la formation des élites étatiques. Ensuite, à l’instar des autres pays d’Afrique, les dirigeants ecclésiastiques de la République centrafricaine  jouent un rôle important dans le processus démocratique et la consolidation de l’Etat de droit. Ce rôle  se manifeste sous une floraison de « lettres pastorales » centrées sur la problématique de l’intervention de l’Eglise auprès des autorités politiques. Particulièrement actifs par ses homélies circonstancielles, le clergé pousse les « citoyens-chrétiens » à se prononcer contre l’intolérance, l’incompréhension du pouvoir en place  et la pauvreté en appelant à la raison et au respect de la vie humaine.

Les prélats attirent souvent l’attention des hommes politiques sur les épreuves de la population et les injustices dont elle souffre. Ils appellent de leurs vœux une République centrafricaine respectant les libertés fondamentales et assurant la paix et la justice. L’Eglise catholique joue également un rôle de sensibilisation sociale, et à cet effet, elle est fréquemment au cœur du changement social à travers son réseau de diocèses, ses nombreuses paroisses, ses congrégations, ses écoles, ses dispensaires, ses conseils laïcs et ses communautés de base.  Au fond de la brousse, sont implantées des structures de formation et d’éducation de l’Eglise catholique. Par ses diverses interventions l’Eglise catholique participe à la cause de la dignité et de la liberté de l’Homme. Son engagement vise la lutte contre l’autoritarisme et la négation des droits de l’homme.

L’Eglise gère donc 106 écoles maternelles, 148 écoles primaires et 23 collèges en sus de 114 instituts de bienfaisance et d’assistance dont 12 hôpitaux, 35 dispensaires, 8 centres pour personnes âgées et handicapés, 4 orphelinats et 23 centres de rééducation.

Cette jeune Eglise doit jouer un rôle essentiel face au délabrement de l’Etat. Dans un pays où l’insécurité, la faim, la dégradation des infrastructures ont atteint leur paroxysme, l’Eglise a ce devoir d’adresser un message d’espoir qu’un jour ça ira de mieux en mieux.

Conclusion

Depuis plusieurs années, la République centrafricaine n’est plus réellement gouvernée et la défaillance des gouvernements successifs s’est traduite par une extrême paupérisation et une insécurité croissante.  La chute du Président François Bozizé s’inscrit dans le cycle des crises qui se répètent tous les dix ans en République centrafricaine. 

La prise du pouvoir par la coalition rebelle de la Seleka le 24 mars dernier a enfoncé davantage la République centrafricaine dans une crise sécuritaire et surtout humanitaire. L’urgence demeure donc la stabilisation et la pacification du pays. Bien évidemment la sécurité est la clé de voûte d’un nouveau départ. Les nouveaux maîtres de la République centrafricaine ne parviendront pas à surmonter ce défi sans aide extérieure. La mission de la reconquête de la vraie République centrafricaine n’a pas droit à l’erreur sinon ce sera un pays ingouvernable.

La responsabilité du chaos n’incombe pas au peuple centrafricain, qui est, en fait, la victime des outrages infligés par des gouvernants successifs, préoccupés essentiellement par leur propre enrichissement. Mais rien n’est perdu. Seulement, l’urgence commande aux Centrafricains d’avoir le courage d’envisager des solutions douloureuses ; la mort dans l’âme pour s’en sortir.

Sauver une Centrafrique dans de telle boue soulève des problèmes majeurs. Pourrait-on, dans un premier temps, De mettre fin aux gabegies qui saignent la population centrafricaine depuis l’aube des indépendances.

Une nation a besoin que sa culture vive et la représente. Or, la culture centrafricaine, son histoire, sa civilisation, demeurent quasiment inexplorées. Beaucoup de Centrafricains ignorent la bravoure de leurs ancêtres.  L’enseignement de leur histoire aux Centrafricains leur permettrait de redevenir dignes et responsables, comme le furent leurs ancêtres. Ainsi, ils sauraient se dresser et barrer la route à tous les politiciens qui seraient tentés de ruiner leur pays.

Merci pour votre attention

 

 

 

 

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