« Le clergé n’est pas le seul pourvoyeur des cadres locaux », dixit Jean Pierre Guerekpidou

guerekpidou1J'aimerais partager avec vous l'échange que j'ai eu avec un journaliste de la radio Ndeke Luka, après l'émission « PATARA », le samedi dernier.

Je pensais lui faire un compliment. Je lui ai fait remarquer que l'on a l'impression qu'il invite toujours les mêmes personnes. Cette fois-ci, j'ai été agréablement surpris par la présence de maître Albert Panda qui participait pour la première fois à cette émission. Il m'a sèchement répondu

« Bon nombre des invités de cette émission changent d'avis au dernier moment ».

Permettez-moi de vous emprunter cette phrase. Le pôle de quelques centrafricains bien formés est encore trop insuffisant, pour constituer la masse critique nécessaire au véritable changement que notre pays attend

Mr Jean Pierre Guerekpidou. Avec vous qui avez l'habitude de participer à cette émission, j'aimerais bien reposer le débat un jour sur un thème comme la réconciliation nationale. J'espère que vous serez présent pour Un face à face avec le professeur Jean-François Akandji-Kombé, ou Guy José Kossa, le Ministre Charles Armel Doubane et bien d'autres…"

Sur un ton de plaisanterie, je lui ai répondu. Vous avez cité là que des noms qui sont passés par les écoles de l'église catholique. Je peux vous proposer des noms qui ne sont pas passés par les petits, moyens et grands séminaires. Le clergé n'est pas le seul pourvoyeur des cadres locaux. J'ai l’impression qu'il me narguait avec un sourire moqueur en me répondant:

« Je vais peut-être vous choquer un peu plus. Jetez un coup d'œil aux statistiques de l'Université de Bangui, avant la baisse de niveau que tout le monde déplore aujourd'hui ».

Quelques années en arrière, quels sont les noms à la tête des meilleures promos en lettre Droit partout où l'on peut trouver un ancien du séminaire de l'église catholique ? Les meilleures promos de l'école nationale d'administration et de magistrature demeurent celles de ceux que l'on appelle aujourd'hui les anciens séminaristes. Le défunt Basile Sapo fut le meilleur de sa promo. Idem pour l'ancien ministre Honoré Nzéssioué, Guy José Kossa et bien d'autres… Ils sont tous passés par l'école catholique et ce n'est pas maître Panda qui fut ancien directeur de l'ENAM qui me démentirai. L'église reste l'une des meilleures pourvoyeuses des élites de ce pays avec l'armée et l'administration depuis 1950. En médecine, André Tabo est depuis des années le seul professeur psy …

"Voyons Mr Jean Pierre Guerekpidou, vous en faites une tête d'enterrement, comme si je viens de tuer quelqu'un".

Je lui ai répondu. « Ne cherchez pas à me convaincre des choses auxquelles je suis déjà convaincu cher compatriote. J'étais sur le point de m'en aller. Il m'interroge avec son calme habituel :" Que proposez-vous Mr Guerekpidou. C'est depuis 1950 que ça dure. Ce système éducatif. Nous sommes aujourd'hui en décembre 2016."

Je vous signale ici que c'est l'un des rares qui a pris cette fâcheuse manie de me repousser dans mes retranchements même hors micro.

Enfin, pour répondre à sa question, je lui ai raconté l'anecdote qui suit : j'avais connu un prof qui enseignait au petit séminaire et au lycée de Bangassou. Je suis passé par là. On lui avait donné le surnom de "Dagbar", c'était tout le lycée qui criait Dagbar à chaque fois qu'on le voyait passé. Il répondait toujours "Merci ! Très d'accord… Un bon professeur vous enseigne, et vous dites que c'est un Dagbar. Merci beaucoup… Ce pays à besoin d'une grande réforme du système éducatif qui fera grincer les dents de ces enfants irrespectueux dont le niveau est au rabais…"

En réponse à votre question, je pense pour les raisons un peu différentes que celles de ce prof  étranger, il faut investir dans le capital humain pour développer un système éducatif de qualité. Cela passera par des réformes qui feront "grincer les dents."

Cette fois ci, je suis pressé de partir. Ah ! J'ai oublié de vous dire. Dagbar était un bon prof. Je pense que vous le savez. C'est au petit séminaire de Bangassou que vous lui avez donné ce surnom. Vous n'étiez pas tous, des enfants de cœur, avec votre club de basketball « Yéké yéké » qui se prenait pour le Hit Trésor des années yassi toungou.

Avec le même calme, il me répond."Bon après midi Mr Guerekpidou", je viens seulement de comprendre que c'est un ancien séminariste comme GJK. J'ai été long à la détente.

Ce journaliste de Ndéké Luka me rappelle mes meilleures années du lycée de Bangassou. Entre ceux qui sont passés par le petit séminaire de Bangassou, et nous du lycée, C'était toujours du Gainsbourg: "Je t'aime… Je t'aime moi non plus"; Cela ne m'empêche pas de penser que le clergé reste l’un des meilleurs vecteurs de la reproduction des élites de notre pays.

 

Comments

comments




Laisser un commentaire