Les grands problèmes et solutions qui attendent le Gouvernement Tiangaye III.

Le 11 janvier 2013, s’ouvrait en Centrafrique, la 3è transition politique après celles de 1997 sous le régime de Patassé et de 2012 sous le règne de Kolingba. Et contrairement aux deux précédentes transitions qui ont connu un succès pour le simple fait que non seulement elles se sont déroulées dans le délai imparti et dans un climat apaisé, elles avaient également reçu un soutien financier conséquent du côté des partenaires et étaient terminées par des élections démocratiques dont les résultats ont souffert d’aucune contestation interne ou externe. Force est de constaté que l’actuelle transition politique dont la durée est de dix huit (18) mois, traîne les pas depuis plusieurs mois qu’elle est en marche et l’opinion nationale s’interroge déjà sur les véritables problèmes et solutions dont les principaux acteurs doivent s’y prendre afin de réussir leur mission.

tiangayeLes problèmes de la transition

Plusieurs problèmes constituent une véritable épine sous les pieds du Gouvernement d’union nationale de transition qui se trouve être le tout premier acteur de cette période de transition politique que traverse la RCA. Parmi ces problèmes on peut citer entre autres, les questions liées à la sécurité, à l’humanitaire, à l’autorité de l’Etat, à la relance de l’économie et au retour à l’ordre constitutionnel. 

D’abord, concernant la sécurité, nul n’ignore que c’est depuis le 10 décembre 2012, date à laquelle la coalition Séléka déclenchait les hostilités contre le pouvoir de l’ancien Président déchu, François Bozizé, que l’insécurité a commencé a gagné le pays à travers d’une part, les exactions, pillages, viols et autres actes de violation des droits de l’Homme commis par les éléments Séléka dans les villes des provinces au cours de leur marche vers Bangui la capitale.          D’autre part, le pouvoir de Bozizé s’illustrait dans la même période par des arrestations arbitraires et des exécutions sommaires des personnes supposées être des proches parents des leaders de la Séléka ainsi que la création de multiples groupes de milices comme COCORA de Lévy Yakité, COAC de Stève Yambetté et MDC de Marcel Mokoapi dont les éléments ont brillé par les graves violations des droits de l’Homme voire les violations des domaines diplomatiques tels les cas des ambassades de France et des Etat Unis qui étaient à partie par les miliciens de Bozizé.

Cette situation d’insécurité s’est généralisée sur l’ensemble du pays avec la prise de la capitale Bangui par la rébellion Séléka le 24 mars dernier. Depuis cette date jusqu’à ce jour, Bangui et les autres villes de l’intérieur qui n’ont jamais connu le phénomène des soubresauts militaires ont connu et continuent de vivre des cas de pillages, de vols,  d’exactions et autres violations des droits humains de la part des éléments Séléka.

Ensuite, cette insécurité généralisée a engendré un autre problème qui constitue de nos jours, une véritable catastrophe humanitaire sur le territoire centrafricain comme le prouve les données et les faits suivants:

Le nombre des personnes déplacées internes est estimé à environ un million (1.000.000) alors que le nombre des déplacés externes en d’autres termes les personnes qui ont fuit pour se refugier dans les pays voisins se chiffrerait à trois cent mille (300.000). Toutes ces personnes déplacées vivent dans des conditions humanitaires très critiques. Les conditions de vie des déplacés internes sont alarmant car ceux-ci sont dépourvus de tout (abris, eau potable, nourriture, soins de première nécessité…). Même les humanitaires éprouvent la peine pour secourir ces déplacés à cause de l’insécurité. Toujours sur le plan humanitaire, toutes les structures sanitaires de l’intérieur du pays ont été pillés et manque cruellement des médicaments, des matériels voir du personnel soignant qui a fuit l’insécurité pour se refugier à Bangui.

Il y’en est de même pour le système éducatif qui est quasiment paralysé sur l’ensemble du territoire laissant ainsi dans la nature, environ huit cent mille (800.000) jeunes en âge de la scolarité pour cause d’insécurité. Même les quelques écoles de la capitale qui ont ouvert leurs portes il y a de cela deux (2) semaines sont très peu fréquentées par les élèves et les enseignants à cause de l’insécurité et du non paiement des salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat par le Gouvernement.

L’autre problème qui mine l’actuelle transition est l’absence de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays. Ceci donne l’impression que la RCA est devenu un Etat voyou car, que ce soit à Bangui ou encore à l’intérieur du pays l’on ne sait qui commande qui. Pour preuve, les multiples textes du ministre de l’intérieur en charge de la sécurité publique interdisant tout porteur de tenue de monter dans un taxi ou sur un taxi moto en arme sont restés lettre morte. Certaines personnalités de la transition font l’objet des exactions des éléments Séléka sans pour autant que les auteurs soient inquiétés. C’est cas des ministres Joseph Bendounga, en charge de l’élevage et de Marie Madeleine Yadouma des Affaires sociales qui ont vu leurs véhicules emportés par les éléments Séléka. De même pour certains paisibles citoyens qui sont arrêtés et détenus à Bangui, pendant plusieurs semaines aujourd’hui et ceci, au-delà même du délai de garde à vue prévu par le code de procédure pénale centrafricain sans aucune forme de justice. Pis encore, dans toutes les villes de l’intérieur du pays, ce sont les éléments de Séléka qui ont substitué aux autorités civiles et militaires (Préfets, Sous-préfets, Maires, Gendarmes, Policiers, Douaniers…)

En ce qui concerne l’économie nationale, ce secteur a connu depuis le 24 mars dernier, une désarticulation totale et le contrôle échappe entièrement jusqu’à ce jour aux autorités de la transition pour le simple fait que non seulement toutes les structures productrices étatiques et privées ont été profondément affectées par les derniers évènements mais il est fort de constater malheureusement qu’à ce jour, seuls les éléments de Séléka travaillent en lieu et place des agents des régies financières sur l’ensemble du territoire et l’argent collecté n’arrive pas dans les caisses de l’Etat. C’est pareil pour les secteurs du bois, des mines, de l’agriculture et de l’élevage qui constituent les piliers du Produit intérieur brut (PIB) mais qui depuis le changement politique sont gérés à l’informel.

Enfin, il y’a la fatidique épreuve des élections qui doit couronner la transition politique et doter le pays des institutions démocratiques mais, qui fait partie des réels problèmes de l’heure aux côtés de ceux dont nous avons énuméré précédemment. Il ne fait aucun doute que de nos jours, l’organisation des élections en RCA n’est pas chose aisée au regard de l’environnement sécuritaire, social et économique du pays. En d’autres termes les problèmes liés à la sécurité, à l’humanité, et à l’économie doivent être régler bien avant même l’enclenchement du processus électoral.

Solutions pour la réussite de la transition

Plusieurs voies sont à explorées dans le cadre de la résolution des différents problèmes évoqués ci-haut qui se posent à l’actuelle transition politique.

Premièrement, concernant l’instauration de la sécurité sur l’étendue du territoire, la première solution a été déjà trouvée par les Chefs d’Etat de la CEEAC qui ont recommandé le renforcement de l’effectif de la FOMAC par mille deux cents (1200) éléments supplémentaires avec un nouveau de mandat qui consiste à pacifier l’ensemble du pays. Ces forces communautaires doivent procéder maintenant comme leur mandat les autorise, au cantonnement, à l’identification et au désarmement des éléments Séléka. La deuxième solution pour le retour de la sécurité, consiste à redéployer dans un délai raisonnable les Forces de défense et de sécurité (Faca, Gendarmes, Policiers) sur l’ensemble du pays. La troisième solution du rétablissement de la sécurité consiste à la formation de tous les éléments Séléka incorporés les forces de défense et de sécurité car une formule militaire dit qu’«un militaire mal formé ou encore sous formé constitue un danger public».

Deuxièmement, en ce qui concerne le problème humanitaire, la première solution ne peut être indiscutablement que celle liée à la sécurité car l’assurance du retour de la sécurité constituera un gage au retour au bercail des personnes déplacées. Ceci permettra également aux humanitaires d’apporter l’assistance nécessaire aux personnes affectées et de contribuer à la réhabilitation et à l’équipement des infrastructures sociales de l’intérieure du pays.

Troisièmement, la solution visant à l’instauration de l’autorité de l’Etat passe nécessairement par le rétablissement effectif des Forces de défense et de sécurité dans leur rôle régalien qui consiste à la protection des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire. Ceci favorisera la libre exercice des tâches par chaque agent de l’Etat là où il se trouve dans le respect des lois de la République. L’autre solution qui se trouve plus importante dans le cadre de l’instauration de l’autorité de l’Etat est celle liée à l’application de la justice en d’autres termes à la répression de toutes les violations prévues par les textes en vigueur.

Quatrièmement, concernant le secteur de l’économie nationale, la toute première solution devra commencer par la réinstallation immédiate  de tous les agents de l’Etat formés et légaux dans les différents postes chargés de la collecte des taxes et autres droits destinés aux finances publiques. La seconde solution consistera l’assainissement effectif par le Gouvernement, des secteurs clés de l’économie nationale tels que les mines, le bois, l’agriculture, l’élevage etc. La troisième solution qui milite à la relance de l’économie consistera à ce que le Gouvernement puisse discuter avec les opérateurs du secteur privé afin de trouver des arrangements pouvant aider ces derniers à réinvestir dans le pays.

Enfin, les élections générales étant le principal objectif de la transition, la solution pouvant facilité la tenue desdites élections dans le délai imparti à la transition consistera à faire vite dans la restauration de la sécurité et de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays. Ensuite, il faudrait que l’Autorité Nationale des Elections (ANE) qui est l’organe en charge des élections soit rapidement mise en place afin de commencer le travail de préparation.

C’est en prenant au sérieux tous ces problèmes et solutions soulevés ci-haut, que les autorités en charge de la troisième transition politique sortiront la tête haute à la fin de leur mission. Au cas échéant et si jamais ils persisteraient dans la même voie qu’ils ont empruntée depuis la date du changement du 24 mars dernier, ils seront sans doute, les seuls responsables et comptables de leur gestion devant l’opinion nationale et internationale.

Faudrait-il encore attendre combien de temps pour redéployer l’administration à l’intérieur du pays ?

Dans quelques jours seulement, la RCA aura totalisé trois quatre (4) mois de fonctionnement sans aucun service administratif dans les seize (16) Préfectures que compte le pays et ce, à cause du changement politique qui est intervenu le 24 mars dernier par le renversement de l’ancien régime du Président déchu François Bozizé par la coalition rebelle Séléka.

Depuis la date de ce changement politique, tous les services administratifs de l’intérieur du pays ont été non seulement pillés mais sont complètement paralysés jusqu’à ce jour en dépit de la formation d’un Gouvernement d’union nationale dont siègent tous les principaux leaders de la coalition Séléka qui s’est emparé du pouvoir de l’Etat.

Cet état des choses commence à susciter des interrogations au sein de l’opinion nationale qui se demande si l’intérieur du pays qui compte les trois quart (3/4) de la population centrafricaine est elle abandonné à la merci des éléments Séléka qui gèrent à leur manière depuis plusieurs mois, la quasi-totalité du territoire ?

Il est a rappelé que, les éléments Séléka qui ont élu domicile dans les villes de l’intérieur du pays, se sont substitués aux fonctionnaires et agents de l’Etat en d’autres termes, ces derniers sont à la fois Préfets, Sous-préfets, Maires, Gendarmes, Policiers, Douaniers, Agents des impôts, des Eaux et forêts…

Pis encore, ces nouveaux prétendus fonctionnaires de l’Etat qui contrôlent les villes des provinces encaissent quotidiennement et indument pour leur propre compte, l’argent qui est destiné aux finances publiques. Ce qui n’est pas du tout normal dans un pays qui se dit Etat de droit et qui dispose d’un Gouvernement reconnu par la Communauté internationale

Ce qui est surprenant dans tout ça, c’est le mutisme du Gouvernement qui ne semble pas se préoccuper de la question du redéploiement des services administratifs dans les provinces ce qui fait croire que la fin de la transition dont la période est de dix huit (18) mois n’est pas pour demain. Il ne fait aucun doute que plus le redéploiement de l’administration civile et militaire accuse du retard, plus la période de transition sera prolongée car la finalité de cette transition consiste à la mise en place des institutions démocratiques à travers les élections présidentielle et législative.

Or, l’on ne peut s’aventurier de parler en ce moment de la tenue d’une quelconque élection en RCA du moment où le Gouvernement de transition ne contrôle que la seule capitale Bangui alors que le reste du pays se trouve entre les mains des éléments Séléka.

Certes, le Chef de l’Etat a procédé il y’a de cela une dizaine de jours, à la nomination et à la dotation en véhicules des nouveaux Préfets. Mais jusqu’à ce jour, aucun Préfet a pris service même la Préfète de l’Ombella M’Poko dont le bureau se trouve à Bimbo ville voisine de la capitale n’a pas encore pris fonction.

La réticence des nouveaux Préfets de rejoindre leurs différents postes se comprend plus aisément et s’expliquerait d’une part par l’insécurité qui sévit à l’intérieur du pays par une absence des forces de défense et de sécurité régulière. D’autre part, de l’occupation de leurs bureaux et logements par les éléments Séléka. Et c’est là se trouve le paradoxe qui amène le citoyen lambda à s’interroger sur ce que dit concrètement le Président de la République sur cette situation de paralysie des villes de l’intérieur.

Certains compatriotes admettent aujourd’hui que la RCA est devenue depuis le 24 mars un pays fédéral où les villes de l’intérieur sont gérées par les Gouverneurs qui ne sont autres que les colonels Séléka. Mais à la différence des Etats fédéraux normaux, le cas de la RCA frise la partition du pays car en essayant de regarder de plus près ce qui se passe, l’on se rend compte très tôt que les Gouverneurs des régions sont autoproclamés et jouissent d’une autonomie totale, en d’autres termes, ils ne rendent pas compte aux autorités de Bangui.

L’on a plusieurs fois écouté le Chef de l’Etat comparer la situation actuelle de sortie de crise que connaît le pays à celle du Tchad et du Congo où selon ses propres dires, il a fallu huit (8) mois pour le Tchad et plus de douze (12) mois pour le Congo de rétablir la sécurité et l’ordre suite au changement politique par les armes que ces pays ont connu. Or, rien est comparable entre la situation de la RCA et celle du Tchad et du Congo pour le simple fait que pour ces deux pays voisins, il s’agissait d’une guerre civile qui avait durée plusieurs années pour le Tchad et environs sept (7) mois pour le Congo. Aussi, pour le cas congolais, il faudrait souligner le fait qu’avant la guerre civile, les armes étaient disséminées sur l’ensemble du territoire avec l’autorisation officielle qui était donnée à chaque parti politique de disposer d’une milice privée. Alors que pour le cas centrafricain, il s’agit d’une coalition des groupes rebelles qui a pris le pouvoir par les armes après quatre (4) mois du déclenchement des hostilités avec une période de cessez-le feu de deux mois et demi.

La difficulté dont les responsables de Séléka se sont confrontés après leur prise de pouvoir réside dans l’absence d’une coordination en leur sein ce qui a laissé la porte ouverte aux éléments de chaque groupe rebelle de faire à leur tête. Pour preuve, le Chef de l’Etat qui hier était le N°1 de la coalition, n’a pas réussi jusqu’à ce jour, à mettre aux pas tous les éléments de l’ancienne coalition rebelle Séléka. 

Il est donc temps que le Gouvernement de transition prenne ses responsabilités pour rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire car le fait de laisser perdurer l’occupation et la gestion illégale des villes de l’intérieur du pays par de gens inconnus dans l’appareil administratif de l’Etat, cela risque de conduire à la disparition pure et simple de la nation centrafricaine. L’on ne peut pas prétendre être un Gouvernement de la République et ne pas avoir le pouvoir sur les villes de l’intérieur du pays.

Plusieurs voix s’élèvent déjà pour dénoncer le laxisme du Gouvernement face aux défis de la transition dont les priorités attendues se résument par le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du pays, l’instauration de l’autorité de l’Etat par le redéploiement de l’administration civile et militaire sur l’étendue du territoire et la relance de l’économie nationale.

C’est le cas du compatriote Nicaise Karnou Samedi, Représentant de la jeunesse au Conseil National de Transition qui est monté au créneau samedi dernier pour démontrer les faiblesses du gouvernement Tiangaye II face aux véritables problèmes de l’heure. Selon ce dernier, le bilan du précédent Gouvernement est un échec car rien de concret n’a été fait dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route établie par les Chefs d’Etats de la CEEAC. Le Conseiller Samedi, s’est même indigné de constater que le Gouvernement sortant n’a même pas pu engager des procédures nécessaires pouvant lui permettre de rentrer en possession des vingt cinq milliards CFA (25.000.000.000 CFA) accordés à la RCA par les pays de la CEEAC alors que les fonctionnaires et agents de l’Etat attendent toujours leurs salaires qui ne sont pas payés depuis plusieurs mois. Le Représentant de la jeunesse au CNT n’a pas manqué de donner rendez-vous pour une évaluation à mis parcours du nouveau Gouvernement dans les trois (3) prochains mois.

Il revient également à l’ensemble des Conseillers nationaux de veiller désormais sur les actions du Gouvernement comme leur mandat l’exige en interpellant au besoin les responsables des départements où les failles se font constater pour qu’ils s’expliquent sur leur gestion. Cet exercice s’avère indispensable car ceci permettra de pousser le Gouvernement à fournir des résultats escomptés. Et au pire des cas, le CNT ne pourra que prendre ses responsabilités en faisant recours à la motion de censure contre le Gouvernement pour éviter qu’il soit demain tenu coupable de l’échec du Gouvernement. L’on ne souhaiterait pas arriver à ce stade mais cela ne saura être évité si le pays continu à vivre dans une partition totale qui ne dit pas son nom comme cela est cas de nos jours.

J.Motondi

       

 

 

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