L’imam Omar Kobine Layama: en Centrafrique, «ce n’est pas une crise religieuse, c’est politique»

Par Christophe Boisbouvier

En Centrafrique, trois hommes, trois dignitaires religieux, tentent encore d'éviter le pire entre les communautés chrétiennes et musulmanes : chez les catholiques monseigneur Nzapalainga, chez les protestants le pasteur Guerekoyamé-Gbangou et chez les musulmans l'imam Omar Kobine Layama qui préside la Conférence islamique de RCA. De Bangui, le dignitaire musulman répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

5068314.imageRFI : Comment expliquez-vous ces tueries entre chrétiens et musulmans depuis un mois à Bangui ?

Omar Kobine Layama : Nous vivons cette crise où les Centrafricains s’entretuent. On dit que c’est les musulmans et les chrétiens qui s’entretuent, mais ce n’est pas une crise religieuse, c’est politique. Les politiques veulent se cacher derrière ça et faire cet amalgame pour que la religion puisse vraiment endosser la responsabilité. Nous condamnons ces tueries, que cela soit fait par ceux qui se disent musulmans ou ceux aussi qui se réclament chrétiens. Le bon musulman tout comme le bon chrétien n’est pas un acteur de tuerie, c’est un acteur de paix.

Quand est-ce que la défiance est apparue entre les différentes communautés ?

Depuis le 10 décembre 2012 ; cela a pris naissance lorsque la Seleka a commencé à entreprendre sa descente sur Bangui. Le pouvoir en place commençait déjà à dire que les Seleka sont seulement des musulmans qui viennent instaurer la charia dans le pays, l’islamisation du pays pour transformer les écoles en madrasas et qu’il fallait que tous les Centrafricains s’élèvent pour leur barrer la route. C’était déjà un début et l’esprit est resté.

C’était la propagande du régime de François Bozizé ?

Oui, contre les musulmans. Et ensuite la Seleka aussi dans sa course pour le pouvoir, il y a eu des amalgames, il y a eu des éléments incontrôlés qui ont fait empirer la situation, qui ont transformé le visage de la rébellion avec des pillages de tout bord, des tueries. Ca a augmenté la haine de nos frères, les victimes, qui confondaient la Seleka, avec une structure musulmane. Or non, la Seleka est composée à la fois de chrétiens et de musulmans.

A l’arrivée des rebelles Seleka au pouvoir en mars 2013, beaucoup de chrétiens se sont alarmés de voir des églises attaquées et des fidèles rançonnés pendant la messe du dimanche matin. Est-ce que vous comprenez leur émotion ?

Oui, je comprends et de tout temps, j’ai condamné cela. Les églises sont des maisons de Dieu et n’appartiennent à personne. Ce sont des lieux sacrés. Il ne faut jamais s’en approcher, ni les profaner. Aujourd’hui, les mosquées connaissent le même sort.

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