Manifestations meurtrières à Bangui : la France accusée et repoussée dans le 5e arrondissement

Kangbi-ndara.info / Deux patrouilles de l’’armée française ont été repoussées hier après-midi au quartier Miskine, un des quartiers populaire du 5e arrondissement. La population accuse le reste du contingent français en Centrafrique d’être responsable de la mort du jeune Men Bachir, conducteur de taxi-moto égorgé dont l’assassinat a déclenché une vague de violences coûtant la vie à plus d’une cinquantaine de personnes dans les 3e et 5e arrondissements de la capitale centrafricaine.

WP_20150926_008Si le calme circonstancié règne dans les 2e, 4e et 6e hier samedi et ce matin dimanche tandis que la Présidente de la transition Catherine Samba-Panza se trouve encore au Pérou et ne devra rentrée que le 7 octobre après un passage aux Etats-Unis en dépit des informations connues de tous sur la situation sécuritaire délicate en Centrafrique, la situation reste délétère dans les 5e et 3e arrondissements de Bangui où des armes de toutes sortes ont été vues et entendues mêmes dans la nuit d’hier par les habitants desdits secteurs.

Le bilan officiel provisoire selon les médias occidentaux fait état d’une dizaine de morts. Mais de sources concordantes affirment qu’il y a eu massacre de femmes et enfants au quartier Bazanga. DCes mêmes sources de révéler que de nombreux cadavres ne sont encore récupérés par les parents ou par la Croix-Rouge.

Il convient de signaler  que le Commissaire du 5e arrondissement a été égorgé hier matin dans son bureau avant que tous les prisonniers du commissariat du 5e arrondissement ne soient tués dans les geôles dudit commissariat par des grenades lancées par les manifestants en colère venus du Km5.

A l’Hôpital Communautaire de Bangui, la morgue affirme accueillir déjà plus d’une trentaine de corps avant la tombée de la nuit.

Une descente sur le terrain pendant les temps forts des évènements d’hier a permis de recueillir divers témoignages sur la cause des manifestations meurtrières qui ont mis toute la capitale centrafricaine dans l’effroi.

De nos différentes sources, à l’origine, le corps d’un jeune homme nommé Men Bachir de confession musulmane d’environs 17 ans a été retrouvé hier matin dans l’ancienne enceinte de la Fédération nationale des éleveurs de Centrafrique (FNEC) sise le quartier Combattant dans le 8e arrondissement de Bangui. Très vite, les miliciens anti-balaka dudit secteur ont été tenus pour responsables par une partie des miliciens musulmans  du km5 qui ont aussitôt érigé plusieurs barrières dans ledit arrondissement pour exprimer leur mécontentement, avant de pousser le bouchon au niveau de la vendetta.

Aux environs de 8 heures du matin, la nouvelle des premiers incidents meurtriers au niveau des quartiers Bazanga, Malimaka, et Elim ont fait le tour de la capitale. Le domicile de l’ancien député du RDC Aboubakar Mahamat a été incendié ; la maison familiale de l’ancien ministre d’Etat Christophe Gazam-Betty a également été dynamitée ainsi que bien d’autres résidences des particuliers.

WP_20150926_005Une partie importante de l’Eglise Elim  dans le 5e arrondissement a été incendiée. L’Eglise Saint Mathias située au quartier Ramandji a subi  un travail méticuleux de découpe  des bancs transformés en bucher précédant l’incendie de ladite église par les enragés. Le bâtiment qui abritait l’ONG national dénommé Amga juste en face du marché « Miskine »une appellation péjorative donnée au quartier du grand chef coutumier traditionnel Malimaka, a été également pillé et incendié.

Le reste des milices d’auto défense Anti-Balaka encore présents à Bangui se sont convergés vers la zone des tensions.

D’après un groupe d’Anti-Balaka rencontrés sur le terrain à Malimaka et au quartier Sara, les manifestants en colère ont été repoussés jusqu’à la limite de la Mosquée Ali Baboro dans le Pk 5.

En raison de l’inaccessibilité du terrain due aux échanges des tirs dans divers endroits, Kangbi-ndara n’a pu entrer en contact avec les manifestants retranchés au Km5.

La réaction populaire à Bangui met fortement en cause la France quant à l’assassinat crapuleux du jeune conducteur du taxi-moto qui va servir de détonation à cette folie de violence.

Des éléments de Mazembélé, chef Anti-Balaka du quartier Boy-rabe, ont laissé entendre que des hélicoptères français ont survolés nuitamment la résidence de leur chef, ce qui selon eux, était un signal des évènements meurtriers qui ont suivis les heures d’après.

Le constat des lieux où Bachir serait égorgé laisse sans doute déduire que l’assassinat aurait ailleurs mais que le cadavre avait juste été déposé à la FNEC car seule une petite quantité de sang est visible sur les herbes là où le corps a été découvert. « Un véhicule 4/4 de couleur sombre conduit par un homme de peau blanche était rentré cette nuit ici mais c’est au matin qu’on a constaté qu’il y a un corps d’homme inanimé ici. On ne peut dire avec certitude que c’est lui qui aurait déposé le corps car nous savons tous que ce jeune n’a pas été assassiné à Combattant», témoigne avec imprécision la sentinelle d’une maison non loin de la FNEC.

Persuadés de l’interférence étrangère dans ces incidents, deux patrouilles de la force française Sangaris ont été repoussées dans le 5e arrondissement précisément à la hauteur du Bar dancing Tangawissi par des manifestations à main nue.

Evidemment, certains musulmans du Km5 joint au téléphone ont affirmé mettre à l’abri sûr beaucoup de leurs compatriotes chrétiens se trouvant imprudemment au Km5 avant le déclenchement des violences dans la zone. Quelques personnes retrouvées au niveau du quartier Badamassi dans le 5e ont confirmé que certaines de leurs proches chrétiens sont protégées en lieux sûrs par leurs compatriotes musulmans au Km5, un acte d’humanité qui a vraisemblablement dissuadé certains Anti-Balaka, réunis en plusieurs dizaines derrière le pont qui jouxte le marché Miskine, dans leur progression.

Les quartiers Castors, Bazanga, Malimaka et bien d’autres petits quartiers environnants se sont vidés de leurs habitants réfugiés à l’Eglise Adventiste des Castors soit à l’association Catholique qui jouxte l’Ecole primaire de Ben-Zvi par crainte d’éventuelles représailles.

Vue la soudaineté et la facilité de l’incident dégénéré en violence interconfessionnelle hier, la question de l’autorité de l’Etat transitoire centrafricain est remise en cause de manière incisive car sur le terrain l’absence des forces de défense nationales est vivement critiquée par de nombreux Banguissois. Pour certains leaders politiques centrafricains, la question du désarmement forcé est posée comme préalable aux élections et l’union sacrée des centrafricains doivent se faire absolument et uniquement autour de cette question fondamentale et le Gouvernement doit y déférer inconditionnellement. Sinon le régime en place doit simple démissionner afin d’envisager une troisième transition…

Le Ministre centrafricain de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, Saïd Paguendji s’est prononcé hier après-midi pour condamner ces actes de violences en appelant la population à la retenue.

Un calme précaire règne dans le 5e arrondissement mais des coups de feu sporadiques se font encore entendre ce matin dans la capitale centrafricaine.

 

Johnny Yannick Nalimo

 

 

 

 

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