Manque à gagner : le leader paysan Bida Koyagbélé, s’oppose à la production de cacao en RCA.

pascalIl est question aujourd'hui d'inciter les paysans centrafricains à s'investir massivement dans la production de cacao, sur la base d’une ambition limitée à une production sur une surface de 45 000 ha à terme en l'occurrence produire 45 000 T de cacao, si l'on se base sur un rendement optimal de 1T/ha pour peu qu'on utilise des souches génétiquement modifiée. Sachant qu'une plantation de cacao produit après cinq ans s'il s'agit de plants ordinaires et 2 à 3 ans s'il s'agit de plants génétiquement modifiés. Malheureusement les plants génétiquement modifiés nécessitent l'utilisation de beaucoup d'engrais.

Le premier producteur de cacao

On pourrait croire que la production de cacao qui représente 15% de la structure du PIB de la cote d'ivoire est le pilier de l'économie ivoirienne, comme nous pouvons le constater chiffre à l'appui, que le premier producteur mondial de cacao dont la production s'étend sur 1 800 000 ha avec un rendement optimisé à 1T/ha.  offrant des revenus substantiels à hauteur de 3,8 milliard de dollar soit

1800 milliards de FCFA, ce qui équivaut au PIB actuel de la RCA. Mais en réalité cela ne représente pas grand-chose, en effet d’autres production peuvent rapporter beaucoup plus au paysan, à l’économie et à l’état.

Par ce propos nous pouvons constater que cette culture reste une culture ingrate en terme d'offre de revenus pour le paysan et pour l'état, comparé à d'autres cultures qui quant à elles tout en offrant des revenus à l'hectare plus important, répondent à une demande local, régional et continentale très importante, offrant plus de revenus au paysans et à l'état, à l'instar de l'oignon, de l'huile de palme,la tomate, le riz etc.

Le marché du cacao

Même en apportant de la valeur ajoutée au cacao, le marché mondial du chocolat n'est que de 84 milliard de dollar, avec une consommation exclusivement américaine et européenne. En effet les européens consomment 46% de production mondiale, l’Amérique 32% et l'Asie 17% selon les données de ICCO. L'Afrique quant à elle ne consomme que 4% de ce produit.

En terme d'emploi la production de cacao emploie en moyenne un paysan/ha, ceci étant cette production comme nous pouvons le constater est aussi destinée à satisfaire une consommation non africaine,d'un marché exclusivement européen et américain que nous ne maitrisons pas, qui souvent impose ces prix au détriment du bonheur de nos paysans. Demême ce produit est très souvent sujet à des fluctuations erratiques de ces prix eu égard au fait que les pays producteurs d'Afrique n'ont aucune emprise sur ce marché.

La véritable problématique économique africaine

Cela nous renvoie ainsi à la véritable problématique économique africaine, dont la structure de production et de consommation a été déterminée depuis la période d'invasion coloniale.

En effet à l'époque coloniale la production africaine était destinée à satisfaire la demande européenne. L’Afrique produisait et offrait la matière première qui était transformée et consommée en Europe puis une partie résiduelle du produit transformé était revendu en Afrique 10 fois plus cher sous forme de produits finis eu égard à la valeur ajoutée  apportée.

En gros l'Afrique produisait ce qu'elle ne consommait pas et consommait ce qu'elle ne produit pas. Ainsi l'Afrique produisait ce que l'Europe consommait en termes de matière premiere et l'Afrique quant à elle consommait ses matières premières transformées en produits finis en Europe.

En gros l'Afrique produisait ce qu'elle ne consommait pas et consommait ce qu'elle ne produisait pas.

Ainsi l'Afrique produisait ce que l'Europe consommait en termes de matière premier et l'Afrique quant à elle consommait ses matières premières transformées en produits finis en Europe.

Ors la production de cacao s'inscrit dans cette logique, même si le cas échéant elle était transformée en Afrique elle reste destinée à satisfaire une demande non africaine, d'un marché sur lequel l'Afrique n'a aucune emprise.

Comme le préconisait Thomas Sankara, il serait plus judicieux que l'Afrique produise ce qu'elle consomme et consomme ce qu'elle produit.

Le potentiel africain

Surtout que d'ici 20 ans l’Afrique sera le continent le plus peuplé du monde avec 2 milliards de bouches à nourrir, de personnes à habiller et chausser, ce qui représentera le plus gros potentiel de consommation de produits agricoles au monde.

Ne serait-ce qu'aujourd'hui l'Afrique importe 78% des produits alimentaires qu'elle consomme, soit 82 milliards de $. A terme selon la Banque mondiale, le marché alimentaire africain  génèrera des opportunités à hauteur de 1 000 milliards de $ à l’horizon 2030.

Le potentiel sous régional

Rien que dans la sous-région d'Afrique centrale la RDC importe 7 à 14 milliards de dollar par an de produits alimentaires, Angola  6 milliards de dollar, le Soudan 5 milliards, le Cameroun 3,2 milliards de dollar, le Congo Brazza à 250 millions de $. Soit une importation régionale de produits alimentaires de l’ordre de 25 milliards de $.

Nous sommes au cœur du marché continental

Ors il se trouve que nous sommes au cœur de ce marché d’Afrique Centrale, dont les besoins vont doubler dans 15 ans.

Dans la sous-région les besoins se manifestent en terme de d’importation de Riz, d’oignons, d’huile de palme, de blé, de mais, de manioc, de poulets, d’œufs, de poisson, de viande de bœuf, de viande de cabri etc.

A titre indicatif prenons l’exemple du Cameroun, qui aujourd’hui importe 3,2 milliards $ de produits alimentaires par an, soit 3 809 000 T de riz, soit 800 million de $ par an. De même que pour le manioc face à une demande de 50 millions de tonnes de manioc, le Cameroun n’arrive qu’à satisfaire qu’une partie à hauteur de 19 milliards $, si bien qu’il lui reste à combler le reste de la demande de 31 millions de tonnes qui représente un marché de 70 millions $. 200 millions $ de poissons sont importés au Cameroun chaque année en moyenne.

Tout ceci nous permet d’apprécier les besoins et les débouchés sous régionaux en matière de produits alimentaires, qui s’offrent au paysan de l’Afrique et de la Centrafrique en particulier, surtout de part sa position centrale au cœur de ce marché.

Le cacao offre peu de revenus au paysan

Nous pouvons aussi constater que cette conséquente demande sous régionale de produits alimentaires offrirait beaucoup plus de revenus au paysan africain et centrafricain en particulier que la production de Cacao. En effet avec un rendement de 1t/ha à 2000 $/t soit 2 000 $/ha, on se rend bien compte que des produits comme l’oignon dont le rendement est de 30t/ha à 1000 $/tsoit 30 000$/ha, offriraient au paysan un revenu à l’hectare beaucoup plus important que le cacao, tout en répondant à une très forte demande régionale, sans compter que la production d’oignons dure 5 mois  .

Mais l’avantage qu’offre la satisfaction des besoins régionaux et continentaux, est qu’ils émanent d’un marché sur lequel nous avons plus d’emprise, dont la permanente croissance est soutenue par une forte croissance démographique et taux de croissance économique plus ou moins dynamique.

Consommons ce que nous produisons et produisons ce que nous produisons

Ce qui nous amène à conclure en proposant que l’on puisse produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, comme le disait à juste titre Thomas Sankara. Au lieu de produire ce que les autres consomment et importer de l’extérieur à l’Afrique 78% des produits alimentaires que nous consommons, alors que l’Afrique détient 60% des terres arables et fertiles du monde.

 Il nous faut ainsi rompre avec la vision économique néocoloniale de rente où l’Afrique était sensée produire et fournir de la matière première brute qui devait être exportée en Europe, puis transformée et réexportée en Afrique dix fois plus cher eu égard à la valeur ajoutée apportée.

Nous proposons ainsi, de produire et transformer en Afrique afin de satisfaire en premier lieu la demande Africaine.

L’alternative

Abandonnons la culture de café, de cacao et produisons, transformons, conditionnons,  du riz, de l’oignon, de la tomate, du blé, du coton, du mais, de l’arachide, du manioc, du mil, de la canne à sucre, du sorgho, des fruits, de l’huile de palme, du poisson, du poulet, du mouton, de la chèvre, du bœuf, afin de nourrir et d’habillerl’Afrique, qui est le plus gros marché potentiel de produits alimentaires en devenir d’ici à 15 ans. L’avantage de ces productions est qu’elles offrent plus de revenus à l’hectare aux paysans que le cacao.

Abandonnons la production de cacao

Une série de réformes agricoles, dans cet esprit sont dévoilés dans le « plan Bida » de développement, qui sera mis à la disposition du grand public à la rentrée prochaine soit en Octobre 2016.

Mbaiki le 01/08/2016

Wa Fangoyaka

Bida KOYAGBELE

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