Martin Ziguelé: « un dialogue en République est une nécessité permanente »,

 

Kangbi-ndara.info/ L’initiative africaine pour la paix en Centrafrique reposant sur un énième pourparler inter centrafricain n’est-il pas un dialogue de trop puisqu’il n’existe pas une autre alternative que de se réunir autour d’une table.  C’est la quintecence de l’entretien exclusif accordé à Kangbi-ndara par Martin Ziguele, président du Mouvement de libération du peuple centrafricain, député de Bozoum et président de la Commission Finance à l’Assemblée nationale centrafricaine.

Martin Ziguélé, bonjour. L’Initiative africaine pour la paix en Centrafrique prévoit un dialogue franc, sincère entre les centrafricains comme clé de sortie de crise. Pensez-vous que ce soit un dialogue de trop ?

Bonjour. L’opinion centrafricaine est très sceptique sur ce dialogue, en souvenir de nombreux autres dialogues initiés depuis 1980 avec le Séminaire National de réflexion, mais qui en général n’ont pas tenu leurs promesses de lendemains meilleurs. L’opinion nationale se demande en quoi ce nouveau dialogue serait-il différent des précédents, notamment sur le plan de la garantie de l’application dans le temps et dans l’espace de ses résolutions, en vue de parvenir à une paix effective et durable. Personnellement, comme républicain, je suis pour le dialogue, et je ne pense pas que ce dialogue-ci soit un dialogue de trop, mais à la condition que ce dialogue soit réapproprié par les centrafricains avec comme seul objectif le retour à la paix par le désarmement, et non pas pour chambouler le cadre institutionnel et encore pire constitutionnel.

Qu’est-ce que ce énième dialogue aura de si particulier par rapport aux précédents ?

C’est la question principale. Je disais tantôt que nos compatriotes s’interrogent sur les dispositions concrètes prévues pour ce dialogue et qui en feraient un dialogue différent des précédents. Le scepticisme tient sur trois points, pour me résumer:

– Le premier point est qu’en réalité très peu de centrafricains s’estiment informés de manière exhaustive et régulière du travail fait dans le cadre de ce Panel. Cette communication « à minima » ouvre naturellement la porte aux craintes, même les plus infondées.

– Le deuxième point vient du fait que les centrafricains considèrent qu’il faut comme pour le Burundi avec Nelson Mandela dans le cadre des Accords d’Arusha, un parrain politique sous-régional ou régional de poids pour ce processus, en amont et en aval, et que ce parrain puisse le gérer fermement et de manière impartiale. Ils ajoutent que ce parrain,  médiateur ou facilitateur doit provenir d’un pays non voisin de la RCA pour des raisons évidentes.

-Enfin, les centrafricains s’interrogent sur l’absence de dispositifs clairs et efficaces de garanties d’application des résolutions dans le temps et dans l’espace, y compris de manière coercitive.

Un dialogue inter centrafricain sur un sol étranger. Le trouvez-vous cohérent ?

Au stade actuel comme je vous l’ai dit, je n’ai pas d’informations sur les lieux du déroulement du dialogue. Je sais simplement que beaucoup d’acteurs centrafricains actuellement hors du pays sont en train d’être consultés.

Pour certains, ce dialogue rappelle celui de Libreville en 2013 se soldant par un partage de pouvoir qui n’a pas réussi du régime de François Bozizé. N’est-ce pas le même schéma ?

Pour comparer le Dialogue actuel à celui de Libreville, il faut bien que je puisse bien connaître les objectifs et les modes opératoires du Dialogue actuel. Je ne les connais pas, donc je ne peux pas faire de comparaison. Et pourtant en tant que forces politiques nationales en charge de l’animation de la vie politique, nous devrions en connaître les détails et les objectifs. De même que les organisations de la société civile. J’estime que c’est la moindre des choses si on veut aboutir à une paix durable et acceptée par les populations appelées à vivre ensemble. Jusqu’à présent nous notons les interventions des uns et des autres dans les medias, mais j’estime que si cette méthode de conduite « administrative » et non partagée du processus de ce dialogue continue, il y’a des soucis à se faire quand à son efficacité et ses résultats.

Selon vous, pour quelle raison le Président centrafricain Faustin Archange Touadera devrait-il se lancer sans crainte de se retrouver dos au mur et mains entièrement ligotées au sortir de ce dialogue ?

La Feuille de route de l’Union Africaine  été signée par le gouvernement centrafricain à Libreville. Par conséquent je suppose qu’avant de la signer notre gouvernement s’est assuré que des lignes rouges ne seront pas franchies notamment sur le plan constitutionnel et institutionnel. Si cela n’a pas été fait il n’est pas tard de le repréciser.

Pensez-vous qu’il existe une autre alternative pour une sortie de crise que la tradition des dialogues jamais réussis en Centrafrique ?

Je vous l’ai déjà dit, un dialogue en République est une nécessité permanente. En période de paix il se fait au sein des institutions. Nous sommes en guerre civile et il nous faut la paix. Nous ne pouvons pas dire que nous voulons la paix et dire non au dialogue. Mais ce dialogue doit respecter la volonté du peuple centrafricain qui a clairement défini sa vision des objectifs de tout dialogue, notamment lors du Forum National de Bangui et que je me permets de résumer ci-après:

–  le désarmement et le rapatriement des mercenaires, la justice, la réparation et enfin la réconciliation nationale sans exclusive. Et dans cet ordre, pas autrement;

– la garantie effective du respect des résolutions, y compris par la coercition et des sanctions;

– la désignation d’un facilitateur issu de la sous-région ou de la région africaine disposant du poids politique nécessaire pour traiter « les sujets qui fâchent », et aboutir à une vision commune sous-régionale de la paix. Pour cela, beaucoup estiment que de préférence, ce facilitateur ne doit pas provenir d’un pays voisin de la RCA.

Martin Ziguélé, merci




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