Michel Djotodia, un président énigmatique et désormais seul

BANGUI, 9 janvier 2014 (AFP) – Arrivé au pouvoir presque par hasard en mars à la faveur de l'effondrement du régime de son prédécesseur lâché par tous, le président centrafricain Michel Djotodia, qui apparaît désormais bien seul à son tour, cultive une image d'homme énigmatique et parfois paradoxal.

djoEn position de quasi-accusé dans la communauté internationale pour avoir conduit en quelques mois son pays au bord du gouffre avec des tueries intercommunautaires, des déplacements massifs de population et une crise humanitaire sans précédent, Michel Am-Nondroko Djotodia, né en 1949 – on ignore sa date de naissance exacte – est convoqué jeudi par ses pairs d'Afrique centrale à un sommet extraordinaire consacré la crise centrafricaine.

A ses débuts au palais présidentiel de Bangui, après avoir chassé par les armes François Bozizé – lui-même arrivé au pouvoir 10 ans plus tôt par un coup d'Etat – cet homme massif mais courtois aimait souvent répéter: "Je souhaite être le dernier chef rebelle en Centrafrique (…) je voudrais bien que ceux qui m'acclament aujourd'hui puissent le faire à mon départ, au lieu de me renvoyer par des jets de pierres".

Mais très rapidement, les acclamations ont disparu. Et l'ex-chef rebelle devenu le premier président musulman de l'histoire troublée de la Centrafrique a paru dépassé par la tournure des évènements, entre exactions innombrables des combattants qui avaient accompagné sa marche sur Bangui, exaspération et désespoir de la population, puis finalement tueries entre chrétiens et musulmans.

Tout aussi rapidement, il a perdu tout crédit international face à son incapacité à assumer les charges de sa fonction et à "tenir" ses troupes issues d'une coalition hétéroclite de groupes armés, la Séléka (Alliance en langue nationale sango). Ceci malgré des appels répétés à la "réconciliation" devenus inaudibles pour ses compatriotes.

"Je n'ai pas envie de me maintenir au pouvoir"

Le 23 novembre, il avait même fait un aveu rarissime de la part d'un chef d'Etat: il n'aimait pas le pouvoir.

A des représentants des partis politiques ébahis, il avait lancé: "là où je suis, je veux que les choses aillent pour le mieux, et vite, pour que je m'en aille. Je n'ai pas envie de me maintenir au pouvoir, je vais m'en aller".

Affirmant avoir perdu le sommeil, il avait ajouté: "vous, vous dormez, mais nous ne dormons pas. Mais si vous ne dormez pas, comment pouvez-vous vous accrocher à quelque chose qui vous empêche de dormir? Parfois tu ne penses même pas à ta femme!"Il a été élu président le 13 avril par acclamations par un "Conseil national de transition" pour donner un vernis institutionnel à sa prise de pouvoir.

Djotodia avait pourtant voulu donner – en parole du moins – les gages attendus par la communauté internationale, s'engageant notamment à remettre le pouvoir dans 18 mois et promettant un Etat laïc respectueux de toutes les ethnies et religions.

Même son investiture, en présence de chefs d'Etat des pays voisins, le 18 août, a mal tourné: les décorations qu'il portait lors de sa prestation de serment étaient des faux grossiers, achetés 910.000 euros à des escrocs.

Michel Djotodia est né dans la Vakaga, la préfecture la plus au nord-est de la Centrafrique, à la frontière avec le Tchad et le Soudan, et a vécu de longues années à l'étranger, notamment en URSS.

De l'école soviétique à la rébellion

"C'est quelqu'un de déterminé. Quand il a décidé quelque chose, il va jusqu'au bout. Quand il donne sa parole, il la tient", assurait, sous couvert d'anonymat, un rebelle qui l'a fréquenté pendant de nombreuses années.

"Cette qualité est aussi son défaut: il peut se montrer rigide et n'accepte souvent pas qu'on le contrarie quand il a décidé". Ses détracteurs disent eux qu'il est "buté".

Héritage peut-être de ses 14 années de formation à l'école soviétique, à son retour au pays, lui qui a connu la planification communiste, travaille comme fonctionnaire au ministère du Plan, avant de passer aux Affaires étrangères. Il demande ensuite à être nommé consul de Centrafrique à Nyala au Soudan.

En 2005, Djotodia entre en rébellion et est un des membres fondateurs de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), fusion de plusieurs petits groupes armés.

En 2007, il part en exil au Bénin avec Abakar Sabone, le fondateur du Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), mouvement rebelle qui a signé les accords de paix de 2008 avec Bozizé. Arrêté par les autorités béninoises, il passe plusieurs semaines en prison.

De retour au pays, entre 2011 et 2012, il réussit à rallier ses anciens partisans et fonde la Séléka en juin 2012, avant de se lancer dans une marche rapide et irrésistible vers Bangui, qui tombe le 24 mars 2013. Depuis, déboires et désillusions ne font que s'accumuler pour Michel Djotodia.

BANGUI, 9 janvier 2014 (AFP) – Arrivé au pouvoir presque par hasard en mars à la faveur de l'effondrement du régime de son prédécesseur lâché par tous, le président centrafricain Michel Djotodia, qui apparaît désormais bien seul à son tour, cultive une image d'homme énigmatique et parfois paradoxal.

En position de quasi-accusé dans la communauté internationale pour avoir conduit en quelques mois son pays au bord du gouffre avec des tueries intercommunautaires, des déplacements massifs de population et une crise humanitaire sans précédent, Michel Am-Nondroko Djotodia, né en 1949 – on ignore sa date de naissance exacte – est convoqué jeudi par ses pairs d'Afrique centrale à un sommet extraordinaire consacré la crise centrafricaine.

A ses débuts au palais présidentiel de Bangui, après avoir chassé par les armes François Bozizé – lui-même arrivé au pouvoir 10 ans plus tôt par un coup d'Etat – cet homme massif mais courtois aimait souvent répéter: "Je souhaite être le dernier chef rebelle en Centrafrique (…) je voudrais bien que ceux qui m'acclament aujourd'hui puissent le faire à mon départ, au lieu de me renvoyer par des jets de pierres".

Mais très rapidement, les acclamations ont disparu. Et l'ex-chef rebelle devenu le premier président musulman de l'histoire troublée de la Centrafrique a paru dépassé par la tournure des évènements, entre exactions innombrables des combattants qui avaient accompagné sa marche sur Bangui, exaspération et désespoir de la population, puis finalement tueries entre chrétiens et musulmans.

Tout aussi rapidement, il a perdu tout crédit international face à son incapacité à assumer les charges de sa fonction et à "tenir" ses troupes issues d'une coalition hétéroclite de groupes armés, la Séléka (Alliance en langue nationale sango). Ceci malgré des appels répétés à la "réconciliation" devenus inaudibles pour ses compatriotes.

"Je n'ai pas envie de me maintenir au pouvoir"

Le 23 novembre, il avait même fait un aveu rarissime de la part d'un chef d'Etat: il n'aimait pas le pouvoir.

A des représentants des partis politiques ébahis, il avait lancé: "là où je suis, je veux que les choses aillent pour le mieux, et vite, pour que je m'en aille. Je n'ai pas envie de me maintenir au pouvoir, je vais m'en aller".

Affirmant avoir perdu le sommeil, il avait ajouté: "vous, vous dormez, mais nous ne dormons pas. Mais si vous ne dormez pas, comment pouvez-vous vous accrocher à quelque chose qui vous empêche de dormir? Parfois tu ne penses même pas à ta femme!"Il a été élu président le 13 avril par acclamations par un "Conseil national de transition" pour donner un vernis institutionnel à sa prise de pouvoir.

Djotodia avait pourtant voulu donner – en parole du moins – les gages attendus par la communauté internationale, s'engageant notamment à remettre le pouvoir dans 18 mois et promettant un Etat laïc respectueux de toutes les ethnies et religions.

Même son investiture, en présence de chefs d'Etat des pays voisins, le 18 août, a mal tourné: les décorations qu'il portait lors de sa prestation de serment étaient des faux grossiers, achetés 910.000 euros à des escrocs.

Michel Djotodia est né dans la Vakaga, la préfecture la plus au nord-est de la Centrafrique, à la frontière avec le Tchad et le Soudan, et a vécu de longues années à l'étranger, notamment en URSS.

De l'école soviétique à la rébellion

"C'est quelqu'un de déterminé. Quand il a décidé quelque chose, il va jusqu'au bout. Quand il donne sa parole, il la tient", assurait, sous couvert d'anonymat, un rebelle qui l'a fréquenté pendant de nombreuses années.

"Cette qualité est aussi son défaut: il peut se montrer rigide et n'accepte souvent pas qu'on le contrarie quand il a décidé". Ses détracteurs disent eux qu'il est "buté".

Héritage peut-être de ses 14 années de formation à l'école soviétique, à son retour au pays, lui qui a connu la planification communiste, travaille comme fonctionnaire au ministère du Plan, avant de passer aux Affaires étrangères. Il demande ensuite à être nommé consul de Centrafrique à Nyala au Soudan.

En 2005, Djotodia entre en rébellion et est un des membres fondateurs de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), fusion de plusieurs petits groupes armés.

En 2007, il part en exil au Bénin avec Abakar Sabone, le fondateur du Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), mouvement rebelle qui a signé les accords de paix de 2008 avec Bozizé. Arrêté par les autorités béninoises, il passe plusieurs semaines en prison.

De retour au pays, entre 2011 et 2012, il réussit à rallier ses anciens partisans et fonde la Séléka en juin 2012, avant de se lancer dans une marche rapide et irrésistible vers Bangui, qui tombe le 24 mars 2013. Depuis, déboires et désillusions ne font que s'accumuler pour Michel Djotodia.

– See more at: http://fr.africatime.com/republique_centrafricaine/articles/michel-djotodia-un-president-enigmatique-et-desormais-seul#sthash.YtflSOvQ.dpuf

Comments

comments




Laisser un commentaire