MONSIEUR LE PRESIDENT, REPONDEZ A LA QUESTION !

« Seriez-vous effectivement l’auteur de la lettre à l’Organisation de la Conférence Islamique d’Arabie Saoudite du 17 avril 2012 ? », cette interrogation émane de trois évêques de Centrafrique que sont Mgr Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa et Mgr Cyr Nestor Yapaupa, évêque coadjuteur d’Alindao.

djotodiaCette correspondance intitulée « Plus jamais ça… Non à l’impunité » et publiée dans Le Confident n°3201 du 6 mai 2013 est adressée à Monsieur Michel Am Non Droko Djotodja, ci-devant président autoproclamé de la République Centrafricaine depuis le 24 mars 2013 après le coup d’Etat qui chassa du pouvoir, François Bozizé Yangouvonda.

Dans cette correspondance, les trois évêques ci-dessus cités dénoncent avec véhémence, la situation dans laquelle se trouve la République Centrafricaine depuis la prise de pouvoir par cette coalition composite dénommée « seleka.

« …notre pays connaît en ce moment un malaise social dont personne ne veut parler et dont les conséquences à long terme risquent d’être explosives pour la cohabitation entre les centrafricains de confession chrétienne et leurs pairs de confession musulmane », écrit les évêques signataires de cette correspondance.

Ce malaise social dont parlent les évêques a trait à ce fameux projet d’instauration en Centrafrique, d’un régime islamique aux fins d’y appliquer la charia. Projet contenu dans la lettre de Michel Djotodja alors président de l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) et adressée en date du 17 avril 2012 à l’Organisation de la Conférence Islamique aux fins de solliciter de cette organisation, des moyens matériels, humains et financiers lui permettant avec les siens, de renverser le régime de François Bozizé.

« … Si Dieu le veut et que nous arrivons à Bangui, nous allons mettre en place un régime islamique afin d’appliquer la charia. Même si nous ne réussissons pas à chasser Bozizé, nous allons transformer une partie de la Centrafrique, du Tchad et le Darfour en une République islamique. Nos frères du Darfour sont d’accords avec nous. Même les frères tchadiens qui luttent pour chasser Déby nous apportent leur soutien. Après notre victoire, nous allons aussi les aider à prendre le pouvoir au Tchad », écrivait Michel Djotodja dans la correspondance querellée.

A la lecture de ce paragraphe, il est plus qu’évident qu’il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter et de penser que la conquête du pouvoir par la seleka, obéît quelque peu à un vœu caché dot les conséquences pourraient être fatales pour la cohésion nationale en Centrafrique. Autant dire aussi que la menace islamiste telle que contenue dans la correspondance de Michel Djotodja est réelle et d’ordre existentiel et remet sur la table, cette problématique de la laïcité de la République Centrafricaine.

Quand on sait que les religieux d’habitude si courtois et discrets ont brisé le mythe du silence pour manifester leur mécontentement face à une telle bévue, c’est dire que cette situation inquiète et inquiétera encore tant que Michel Djotodja n’aura pas répondu à la question.

Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Centrafrique, dans une de ses homélies affirmait déjà que « les nombreuses exactions endurées par les Centrafricains en général et les chrétiens en particulier révèlent une ferme volonté de nuire à la pratique chrétienne, et d’empêcher l’œuvre de l’évangélisation ». Venant d’un Archevêque, c’est à prendre avec beaucoup de sérieux tant « l’heure est grave » et avec elle, le devenir commun de la République Centrafricaine.

Car pour les signataires de la lettre adressée à Michel Djotodja et ce n’est un secret de polichinelle, les populations de Centrafrique, si elles ne sont pas soumises aux viols, pillages, extorsions, braquages, vandalismes et autres méfaits savamment orchestrés par es éléments de la seleka quoiqu’on dise, elles n’arrivent pas à comprendre le silence assourdissant du Président Djotodja qui semble avaliser la barbarie de ses hommes sans foi ni loi qui l’ont justement conduit à la magistrature suprême de l’Etat centrafricain.

Et même si les évêques demandent à ce que l’Etat prenne ses responsabilités pour garantir aux filles et fils du Centrafrique, la sécurité et la protection, il n’en demeure pas moins vrai que la barbarie seleka a fait de notre pays, une République fantôme dont les « valeurs éthiques » qui la fondent ont été remplacées par « le gain du pouvoir, l’injustice, la loi du plus fort, les règlements de compte et la chasse aux sorcières », adoubée par une impunité ô combien royale garantie aux auteurs desdits méfaits.

Qu’à cela ne tienne, il urge que le président de la République puisse répondre à la question posée tant, sa réponse, permettra aux uns et aux autres de se faire une idée de ce que devra être la République Centrafricaine dont la laïcité pourtant reconnue par les lois de la République, semble aujourd’hui être remise en cause. Et s’il devait en être ainsi, il est à craindre que notre pays puisse se transformer un jour en un théâtre d’expérimentation de violences en tous genres sur fond de revendications politico-réligieuses.

Osons donc affronter les réalités en face pour essayer de les solutionner à travers un dialogue franc, emprunt de vérité et de respect inter-religieux pour justement éviter que la laïcité ne soit entachée par les vœux cachés de certains malins politiques.

Fleury Koursany




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