« N’étant pas disposé à nier la réalité, j’affirme que la transition en Centrafrique n’est qu’un vaisseau d’échecs » dixit Eddy-Symphorien Kparékouti

DSC01182Kangbi-ndara.infos – La Fraternité/ Dans une interview accordée à la Fraternité, le président du Parti de l’Unité et de la Reconstruction (PUR) Eddy-Symphorien Kparékouti a fait le tour des points d’actualité en Centrafrique. L’évaluation de la transition, la création du sénat, la démission du vice-président de l’ANE, l’épineuse question du chronogramme électoral et le regain de violence dans le pays, voilà les sujets qui font la colonne vertébrale de cette interview, sujets sur lesquels, le président du PUR a donné sa position et fait son analyse. Interview


Vous êtes président du Parti de l’Unité et de la Reconstruction (PUR). Comment évaluez-vous aujourd’hui la transition dans votre pays, la RCA ?
Merci pour cette question que vous me posez à un moment où et nous et les autorités de la transition sommes appelés à jeter un regard évaluateur sur cette période exceptionnelle qu’est la transition que la République Centrafricaine connait depuis aujourd’hui plus de deux années. La transition, je tiens à le relever, n’est pas une aspiration du peuple centrafricain et donc nous devons la considérer comme un accident de parcours politique qui s’est imposé à la volonté populaire mais que nous devons faire avec dans l’espoir de retrouver les repères de la République. Que ce soit la transition gérée entre janvier et mars 2013 par François Bozizé, que ce soit celle pilotée par Michel Djotodia, du 24 mars 2013 au 10 janvier 2014 et celle présidée par Catherine Samba-Panza depuis le 23 janvier 2015, nous devons savoir que l’objectif recherché, à travers ces circuits, a toujours été celui de permettre à la République Centrafricaine d’être un pays normal avec des repères bien définis, bref sauver la démocratie et la paix dans ce pays. Il est certes vrai qu’avec le coup d’Etat du 24 mars 2013 et l’implication forte de la communauté internationale notamment la CEEAC, dans la crise centrafricaine, de nouveaux objectifs ont été assignés à la transition. De manière fondamentale et conformément à la feuille de route établie, la mission de la transition était orientée sur quatre piliers que sont la sécurité, l’humanitaire, la relance économique et l’organisation des élections en vue du retour à l’ordre constitutionnel. N’étant pas disposé à nier la réalité qui frappe les yeux de tous les centrafricains, je crois que la transition constitue un vaisseau d’échecs mêmes si les principaux acteurs se refusent de le reconnaitre. Après deux reports, les autorités de la transition ne sont pas à mêmes de mettre fin à l’instabilité à travers le pays, créer les conditions minimales aux personnes en difficulté humanitaire, relancer l’économie du pays et organiser les élections pour permettre au pays de renouer avec la régularité constitutionnelle. Alors, l’évaluation s’impose d’elle-même à la vue de toutes ces données. Dès lors, pour nous, la transition n’a pas pu satisfaire car elle s’est montrée incapable sur tous les points essentiels constituant sa mission fondamentale.  Cet échec est malheureusement perceptible dans tous les actes que posent les institutions de la transition qui ont toutes lamentablement échoué et le peuple en est conscient.  


En plus du vote des réfugiés que le CNT a approuvé, cette institution a adopté la création du sénat alors que les Forces vives de la nation avaient rejeté en bloc cet aspect du projet lors de l'atelier d'enrichissement de l'avant-projet de constitution, comment réagissez-vous ?
C’est avec regret que nous réagissons au PUR face à ce montage politique qui ne se justifie que sous l’angle d’intérêt politique et égoïste. Le Conseil National de Transition qui nous a toujours inspirés doute et scepticisme, vient une fois de plus de prouver sa lecture erronée de la crise centrafricaine, ce qui l’a  conduit inéluctablement à une solution approximative voire dangereuse. La décision du Conseil National de Transition est d’un coté, un déni de réalité politico-sociale de notre pays et de l’autre coté un manque de respect vis-à-vis des forces vives de la Nations qui, lors de l’atelier d’enrichissement avaient estimé que la création du sénat n’est pas une priorité pour la République Centrafricaine. L’explication que nous pouvons trouver à cette attitude désinvolte et grossière des responsables du CNT, est que ces derniers, à la croisée des chemins, veulent par tous les moyens se trouver une issue après les élections. Il parait plus évident que derrière la création forcée du sénat, il y a l’esprit de trouver aux ténors actuels du CNT, une possibilité après la transition. Le sénat est alors l’occasion à ne pas manquer, voilà l’unique explication objective que nous pouvons donner à cet excès de zèle inutile. Ce n’est pas le sénat qui sera la solution aux problèmes centrafricains, voilà ce qu’ont ignoré les défenseurs de cette seconde chambre. Au plan économique et politique, sauf cas d’anesthésie, la RCA n’est pas prête pour amorcer cette innovation. Il  y aura, en réalité plus urgent que le sénat après les prochaines élections car, il ne faut pas se leurrer, la crise ne finira pas avec la transition. Alors vouloir imposer des institutions supplémentaires et budgétivores aux futures autorités, c’est créer d’autres soucis voire une crise supplémentaire. Le sénat, c’est en quelque sorte une maison de retraite que certains esprits malins du CNT veulent se donner.    


Avez-vous été surpris par la démission du Vice-Président de l'ANE et pensez-vous que son président devrait lui emboîter les pas ?
La démission du vice-président de l’ANE ne peut être une surprise pour tous ceux qui suivent depuis longtemps la transition, et singulièrement le processus électoral en Centrafrique. C’est le fait que les autres membres n’aient pas démissionné qui constitue, en réalité une surprise pour nous. Que reste-t-il aujourd’hui de l’ANE ? Nous savons que son indépendance lui a été retirée d’une part par le gouvernement qui empiète sur ses prérogatives, d’autre part par la communauté internationale qui lui impose et dicte tout ce qui lui parait bon. Dès lors où tous les membres de cet organe technique de gestion des élections se soient trouvés dans ces conditions, leur démission collective était attendue parce que rester, c’est contribuer à étouffer les efforts de retour à la régularité constitutionnelle réussie qu’attendent les Centrafricains. Je pense que l’ancien vice-président qui s’est déjà illustré dans le passé à travers la lutte pour la démocratie, vient une fois de plus de donner une bonne leçon de patriotisme, qui aux autres Centrafricains que nous sommes de la saisir. Je pense que les manquements relevés dans sa lettre de démission, entre autres, le manque de moyen, le caractère intenable du chronogramme, la restriction de l’indépendance de l’ANE sont des faits vérifiables et observables sur le terrain. Aujourd’hui, l’ANE et la communauté internationale doivent saisir l’occasion pour régler définitivement un certain nombre de problèmes qui entravent sérieusement les préparatifs des futures élections en Centrafrique, c’est une question de patriotisme et de sens du devoir citoyen.


Le décret portant nouveau découpage électoral a été pris. Quelle lecture vous inspire la nouvelle configuration de la nouvelle assemblée nationale centrafricaine ?
Le découpage électoral est une exigence du code électorale, nous ne savons mais notre inquiète réside sur les données qui ont permis à l’ANE et aux autorités de la transition de créer de nouvelles circonscriptions électorales à travers le pays. Nous savons que les estimations du recensement général de 2003 ne sont plus fiables. Alors sur quelles base sommes-nous arrivés à créer ces circonscriptions ? Ce qu’il faut évoquer, c’est que passer de 105 circonscriptions à 140 soit 35 nouveaux députés, constitue un nouveau poids sur le plan économique pour le nouveau pouvoir qui sera issue des élections. La RCA, au sortir de la transition n’aura pas des garantie économiques nécessaires pour lui permettre de faire face à sa mission régalienne moins encore aux charges supplémentaires que nous sommes en train d’imposer pour des raisons d’intérêts divers.


La transition a été prorogée jusqu’au 30 décembre 2015, si les élections ne sont pas tenues quel scénario envisagez-vous ?
Je comprends votre prudence sur la tenue ou non des élections mais je puis vous dire avec assurance que les élections de sortie de crise sont intenables d’ici octobre-novembre 2015. Le contraire relèverait du miracle. Même dans les pays où tous les dispositifs existent, il serait difficile de tenir ce chronogramme à l’état actuel des choses et pire encore dans notre pays où tous les repères ont été brisés. Nous, au PUR, sommes pour des élections populaires, transparentes qui puissent créer les conditions d’une sortie honorable de crise. Mais, ces élections ne peuvent avoir lieu d’ici deux mois. Ceci étant, il reviendra au peuple de la RCA de définir un nouveau cadre dans lequel nous devons évoluer. Mais d’ores et déjà, nous appelons à la mise en place d’une nouvelle équipe parce que celle actuelle a échoué sur tous les fronts. La mission de la nouvelle équipe sera d’organiser les élections dans un bref délai pour  que la RCA retrouve ses repères démocratiques. Il sera question de réunir les forces vives de la Nations du genre conférence souveraine afin que l’avenir immédiat soit décidé, cela sans aucune implication extérieure comme nous l’avons connu depuis le début de cette crise qui nous a laissé un pays en lambo.


Pour freiner les rumeurs démesurées sur des éventuels Coups d'Etat, les autorités de la transition se donnent d'envoyer certains officiers comme attachés de défense dans certaines ambassades, une manière de les éloigner du pays, qu'est-ce que cela vous inspire ?
Les coups d’Etat ne sont pas des faits à encourager dans le circuit démocratique d’un pays qui se veut responsable. La RCA est l’un  des pays connus au monde pour la régularité des coups de force qui, en réalité, sont des freins à la démocratie.  Ceci étant, je pense que nommer à des postes civils et militaires relève de la discrétion de plus hautes autorités notamment le chef de l’Etat, le premier ministre et le président du CNT. Ce que vous avancez, est difficile à vérifier mais je pense qu’autant nous dénonçons toute initiative, tout projet de coup d’Etat, autant nous nous opposons à des nominations basées essentielles sur ces genres de considérations. Je crois savoir que l’état actuel de nos forces de défense et de sécurité nécessite un accompagnement renforcé non seulement de la part de nos partenaires en la matière mais également de la part des officiers supérieures, officiers, hommes de rang que  nous comptons aujourd’hui. Sans heurter les idées que les uns et les autres se font de ces nominations, je pense que ces officiers avaient plus à faire en Centrafrique qu’ailleurs parce que nous devons restructurer notre armée. N’ayant pas les preuves que ces nominations soient motivées par la peur d’un coup d’Etat, je pense qu’il faut éviter de pareilles interprétations qui peuvent nourrir l’appétit de ceux qui veulent toujours prendre ce court chemin pour arriver à la magistrature suprême.


Comment réagissez-vous aux évènements de Bambari, Mbrès et Bria ?
C’est avec consternation que nous avons suivi tout ce qui s’est passé à Bambari, aux Mbrès, Bria mais aussi à Batangafo et autres. Il y a eu, ces derniers temps regain de violence dans ces localités, ce qui s’est soldé par plusieurs morts et blessés, une nouvelle perte inutile et injustifiable pour notre pays. Je tiens à exprimer mes condoléances les plus sincères aux parents des victimes innocentes de cette situation. Au PUR, nous condamnons avec la dernière rigueur ces violences qui, en fait sont une preuve de ce que le gouvernement n’arrive toujours pas à impulser un rythme de sécurité acceptable dans le pays et c’est regrettable qu’à quelques mois de la fin de la transition, nos autorités ne soient pas toujours capables de sécuriser nos régions. A Bambari, l’insécurité est entretenue par un certain Ali Daras nommé par Djotodia chef de région militaire numéro 7. A ceux qui pensent que ce chef rebelle n’est pas relevé, je dis que le 20 mars 2014, son décret a été rapporté mais cela ne suffit pas. Ce qui est regrettable, c’est que le gouvernement et la Minusca n’arrivent pas utiliser le langage de fermeté vis-à-vis de ce chef rebelle qui terrorise tout le centre du pays. C’est en fait, conscients de cette faiblesse légendaire de la Minusca et du gouvernement que les groupes armés s’agitent et maintiennent l’insécurité à volonté. Je pense qu’il faut que la Minusca commence à appliquer la fermeté parce que les groupes rebelles n’ont cessé de démontrer leur mauvaise volonté de faire la paix en respectant les engagements pris, à Brazzaville à travers l’accord de cessation des hostilité et bien d’autres en Centrafrique tel que l’accord de désarmement pendant le forum. On ne peut pas indéfiniment ménager des volontés hostiles à la paix, le gouvernement et la Minusca doivent comprendre cela et vite pour éviter de nouvelles surprises.
Propos recueillis par Odilon Maurice Ouakpo.

 

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