Opinion: Bertrand ALAZOULA s’adresse à la nation centrafricaine

Mesdames et messieurs, amis de la Centrafrique.

La situation de la République Centrafricaine est plus que catastrophique, hypothéquant ainsi l’avenir de toute une génération et par la même occasion, passe la République Centrafricaine dans le rouge à plus d’un titre. Notre pays a accu¬mulé des besoins importants en matière de renfor¬cement de l’État. Concentrée à Bangui, l’autorité de l’État se réduit à une expression minimale dans cer¬taines villes, localités et régions du pays. Bon nombre de nos concitoyens considèrent « Dieu » comme le garant de la protection de la population contre les violences dans le pays. Ceci nous révèle tout simplement une défaillance de, une absence de l’État en République Centrafricaine, aussi bien physique que dans les esprits. Ce déséqui¬libre creuse de profondes disparités entre la capitale et l’arrière-pays. De même, de nombreuses lois datent de l’époque coloniale et sont désormais obsolètes.

167100_1831602146842_7399911_nLes droits de l’Homme les plus élémentaires sont souvent ignorés et la justice, dont l’indé¬pendance pourrait être renfor¬cée, n’a pas les moyens d’être la même pour tous. Cet ensemble de facteurs a pour principal effet de fragiliser l’autorité de l’État mais aussi de favoriser la banalisation de la violence, les violations des droits de l’Homme et la multiplication des situations de conflit. Notre Centrafrique est victime de multiples crises dues à la gestion calamiteuse des finances publiques, aux diverses dépenses incontrôlées de l’état, aux différentes appropriations des ressources minières et forestières de la république, à l’enrichissement illicite des élites, à l’impunité notoire à plusieurs niveaux, à la corruption qui est légion depuis des décennies, à la criminalité financière légalisée, à une mauvaise production agricole, à l’affaiblissement de l’exportation du bois, du diamant du café et du coton, à l’absence de réelles opportunités d’emploi, à l’absence d’une politique spécifique en faveur de l’emploi, au manque de diversification de l’économie, à l’insuffisance de la fourniture de l’électricité, aux tracasseries fiscalo-administratives, à la forte concurrence du secteur informel, à la frilosité du système bancaire à octroyer des crédits et, à l’insécurité dans certaines zones de production et tout ceci sans oublier la multiplication de bandes armées et surtout la fraude électorale institutionnalisée.

Ce tableau ne sera pas complet si nous ne vous parlons pas des inégalités, des exclusions, des frustrations de certaines couches de la population telle que les femmes qui sont souvent considérées comme inférieures à l’homme alors qu’elles ont autant de valeurs et souffrent d’une non intégration professionnelle et d’un relégage systématique au second plan. Il y a aussi le cas des musulmans qui sont souvent mal jugés, des pygmées qui sont considérés comme des sous-peuples alors que tous, sont Centrafricains et ont les mêmes droits.

Sur le plan sécuritaire et humanitaire, la situation se détériore de jour en jour avec les actes de violence de la Séléka contre la population civile, les graves violations des droits de l’homme qui continuent à travers le pays, y compris les meurtres, les viols, les pillages et les pilonnages, les tirs aveugles et le recrutements d’enfants soldats. Les mauvaises conditions de santé des Centrafricains devenues une seconde nature, sont dues en partie au fait que bon nombre d’entre eux n’ont toujours pas accès aux services de santé, et que la possibilité pour eux d’être examinés par un médecin est bien mince. Nous notons le manque notoire de structures hospitalières, d’équipements spécialisés, de médicaments. Le pays compte très peu de médecins et infirmiers par habitant. En outre, les habitants des zones rurales sont encore plus mal lotis que les autres puisque la plupart des médecins exercent à Bangui. De plus, en raison de leur niveau de pauvreté très élevé, les ménages consacrent l’essentiel de leurs revenus aux dépenses d’alimentation (70,2 % des dépenses totales) et aux loyers. Seulement 2,4 % de leurs maigres revenus vont aux services de santé. Le système instauré fait que sans argent, aucun soin ne peut être prodigué. Les patients peu fortunés peuvent tout simplement mourir sous le regard indifférent du personnel hospitalier. Cette situation a fini par transformer certains membres du personnel de santé en commerçants avec la vente à la demande, de compresses, seringues, gants, coton et j’en passe. Même certains médecins qui, pourtant sous le serment d'Hippocrate, sont adeptes de la pratique, ce qui rend l’accès aux soins très difficile. L’espérance de vie à la naissance (d’après certaines études du système des nations unis), a reculé d’un peu plus de 6 ans, ce qui correspond à une perte de 6 mois d’espérance de vie par année. Le principal facteur explicatif de cette baisse tragique de l’espérance de vie est le VIH/SIDA dont la prévalence élevée faisant de la RCA le pays le plus infecté de l’Afrique centrale. Malheureusement, la réduction de l’espérance de vie n’est pas le fait exclusif du VIH/SIDA. On constate en effet un taux de mortalité infantile élevé, en raison des infections respiratoires aiguës et la malnutrition protéinoénergétique sévère. La malaria qui prévaut chez les enfants de moins de 5 ans, devient l’une des causes principales de la mortalité chez eux.

En outre, toujours d’après certaines études du système des nations unis, sur 100 000 naissances vivantes, 1 355 décès maternels sont enregistrés, faisant de la Centrafrique le pays de la sous-région où meurent le plus grand nombre de femmes à l’accouchement. INADMISSIBLE ! Il y a un autre drame qui se déroule sous nos yeux, dans nos familles. Il s’agit de la précarité de nos filles et sœurs qui, sont exposées et parfois livrées à la prostitution avec tous les risques et dangers que cela comporte, elles sont enrôlées dans les plantations au détriment de leur éducation scolaire. Parlant de l’éducation, un crime contre la jeunesse, un crime contre la nation, l’avenir du pays est sacrifié, étouffé dans l’œuf. Nous avons un taux d’alphabétisation qui s’est fortement dégradé au cours des dernières décennies. Cette situation est le résultat de la combinaison de plusieurs facteurs : les multiples années blanches qu’a connues le pays, le faible niveau de revenu des ménages souvent incapables de faire face aux coûts indirects de la scolarisation (fournitures, scolaires, frais d’assurance, cotisations pour les associations des parents d’élèves), l’insécurité dans certaines régions du pays, l’accès difficile aux établissements scolaires en raison de leur éloignement et de la dégradation des routes et pistes rurales, notamment en saison des pluies. La faiblesse des dépenses publiques totales en faveur du secteur éducatif constitue assurément une autre cause majeure des problèmes. Table-banc en nombre insuffisant, beaucoup trop d’élèves tentent de suivre les cours debout ou assis à même le sol dans des classes surpeuplées, par plus de 100 élèves au lien d’une vingtaine.

La jeunesse ! Malgré notre adhésion à la charte africaine de la jeunesse, elle est livrée à elle-même, désœuvrée, sans encadrement, cherchant parmi le peu de solutions qui lui sont offertes, laquelle sera la plus rentable, quel que soit son cursus ou son orientation professionnelle. Tellement de maux concourent à l’attentisme de la jeunesse Centrafricaine tant à Bangui que dans l’arrière-pays. Le scandale du dernier recrutement au sein des Forces Armées CantrAfricaines (FACA), illustre à merveille le mal être de cette jeunesse qui a vu en ce recrutement, comme une porte de sortie, une intégration, une existence jusqu’au jour où la régionalisation et le népotisme ont eu raison d’eux. La suite, on la connait. La jeunesse centrafricaine est transformée, elle vit des problèmes d’adultes, des problèmes souvent insurmontables et la société Centrafricaine ne lui offre pas les moyens de les résoudre. Aujourd’hui face à cette situation, doublée de cette insécurité, tous les jeunes ne pensent qu’à s’expatrier (France, Cameroun, Congo Brazzaville…), l’essentiel étant de quitter notre pays. INCONCEVABLE ! Le monde rural n’est pas épargné car 60 % des ménages ruraux ne parviennent pas à se procurer le panier alimentaire requis, alors que c’est le monde rural qui fournit les produits alimentaires du pays. Sur près de 15 millions d’hectares de terres arables, seulement 800 000 sont mis en culture chaque année. L’agriculture de mass a été délaissée faute d’incitation et de politique de développement agricole efficace. Délaissé, livré à lui-même, le monde rural vit grâce à une agriculture et un élevage de subsistance, insuffisant pour permettre l’apport du minimum vital. Cette situation conduit inexorablement à cet exode rural qui emmène les jeunes à affronter les pièges et les dangers de la capitale. L’élevage n’est pas en reste.

En effet, les hommes politiques de notre pays détournent carrément les bétails des éleveurs et créent ainsi leur business sur le dos d’honnêtes citoyens ne demandant qu’à vivre de leur travail. Depuis les temps les plus reculés, les Centrafricains ont toujours vécus en harmonie entre eux. Nous avons l’avantage d’avoir un grand symbole d’unité qui est notre langue nationale le « sango » qui est parlée sur toute l’étendue du territoire, mais aussi, malgré nos différentes religions le peuple centrafricain vivait en symbiose et ne devait fournir aucun effort pour garder cette unité nationale. Voilà que nos hommes politiques mettent à mal cette symbiose cette unité nationale, par leur intrusion dans ce domaine en saccageant voir détruisant des lieux de prière ou de cultes, mais aussi avec une instrumentalisation de la jeunesse et des religieux. Où allons-nous ? Parlons de nos forces de défense et de sécurité, politisées à outrance et sans moyen d’accomplir leurs nobles missions. Népotisme et tribalisme sont les principes utilisés pour le recrutement de la plupart de nos forces de défense et de sécurité. Sous équipées et en nombre insuffisant, elles se sont vu adjoindre un nombre important d’éléments n’ayant jamais eu à lire ne serait-ce qu’une seule ligne de la bible des forces armées qui est : La base de la discipline. Ce texte dit dès la première ligne : (je cite) La discipline faisant la force principale des armés. Il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés, une obéissance entière et une soumission à tous les instants. OU EST DONC CETTE DISCIPLINE ? En effet, nos forces font partie intégrante de la société civile. Bon nombre d’entre eux sont commerçant, homme d’affaire, homme politique, déambulant dans les rue, en tenue militaire ou le plus souvent en tenue civile, armé jusqu’aux dents, usant de cet avantage pour influencer ou terroriser la paisible et pacifique population. Aujourd’hui, les Forces Armées CentrAfricaines sont en passe de devenir le creuset à partir duquel la SELEKA fait son recrutement. ON AURA TOUT VU ! Il serait grand temps Mesdames et messieurs, amis de la Centrafrique, que nous prenons nos responsabilités et agissons pour que ceci ne soit plus que de mauvais souvenirs. Pour ma part, je me permettrai de vous entretenir sur la suite des évènements le moment venu. Je vous remercie.

Bertrand ALAZOULA

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