Partitionner la Centrafrique : une simple bravade ?

Le spectre de la division plane encore sur la République centrafricaine. Si rien ne se fait pour dissuader les extrémistes de la Séléka, encouragés par certains pays voisins et lointains, la République centrafricaine risquerait de se couper en deux en raison de son immense réserve du pétrole.

1531551_574387225979086_919334269_nMême si l’attention nationale semble présentement la moins portée sur les mots que les uns et les autres avancent comme des propositions de solutions relatives à la sortie de crise en Centrafrique, les prises de position d’une minorité sur cette crise semblent loin d’un dénouement. Les réactions et les prises de positions en faveur de la partition du territoire centrafricain se font davantage de façon publique et de nombreux centrafricains n’y voient pas un danger. « Ça n’arrivera pas » lâchent 8 centrafricains sur 10 contactés cette semaine par Kangbi-ndara sur le net.

Youssouf Gamar, centrafricain de confession musulmane et utilisateur d’un compte Facebook vient cette semaine de mettre en demeure la nouvelle Présidente de Centrafrique Catherine Samba-Panza. Selon lui, la Séléka au nom du Mouvement Indépendantiste du Nord de Centrafrique (MINCA) a des revendications qu’elle soumettra au gouvernement que constituera le nouveau Premier ministre de la transition André Nzapayeké à peine nommé le 25 janvier 2014. Par contre, si les exigences du MINCA ne seront pas prises en compte par ce gouvernement, « … on va revenir sur 7 point Incha Allah. On a des hommes qui se sont décidés d’être des martyres de la division », menace-t-il sur son mur Facebook avec une image de la RCA coupée en deux. Est-ce une simple fanfaronnade même s’il ne s’agit que d’un avatar ?

Une minorité de centrafricains en particulier ceux de l’Extrême Nord du pays, se persuadent encore sur gage de convictions « djihadistes » que la partition du nord-sud de la Centrafrique est possible à l’instar du Soudan, récemment coupé en deux après de longues années de guerre civile. Abakar Sabone, ancien conseillé spéciale de Michel Djotodia a, le 25 décembre 2013 sur les ondes de RFI, été le premier à lever imprudemment le rideau sur le projet sécessionniste monté par la Séléka en cas d’échec politique. D’après Sabone, seule la partition de la Centrafrique serait la meilleure solution de la crise actuelle. La gravité de cette prise de position réfractaire réside selon de nombreux internautes centrafricains dans les propos « déloyaux » du député français Axel Poniatowski (UMP) sur les ondes de RFI le 11 janvier 2014. Ce droitiste s’est aligné derrière les extrémistes djihadistes de la Séléka en foudroyant l’opinion national par ces mots de soutien : « …il est indispensable que le massacre des populations civiles s’arrête et cette solution du partage est une solution parmi d’autres ».

Pour, Toussaint Zoumalde, Prêtre catholique centrafricain et Directeur de Radio Siriri à Bouar dans l’Ouest de Centrafrique, « Il faut considérer les propos du député Poniatowski comme une opinion, rien de plus. Il n'a pas le pouvoir de décision même s'il a un nom polonais ayant comme ascendance judaïque. Il faut partir du fait que les extrémistes Séléka sont des individus complexés et assoiffés du pouvoir mais incapable du sens de gouvernement. Rounga et Goula se détestent cordialement depuis des siècles. La scission de la Centrafrique profitera uniquement aux multinationales et non à eux ».

Le nœud de l’instabilité sociale et politique qu’enregistrent la République centrafricaine depuis de longues années et aujourd’hui encore s’agirait de l’or noir centrafricain. C’est ce qu’affirme Yvon Tikaya, Colonel des Forces armées centrafricaine et haut responsable de l’Association des Paysans Centrafricains. « Cette crise est une guerre du pétrole nourrie par le Tchad et soutenu par la France. C’est à cause de l’immensité du gisement pétrolifère centrafricain que le peuple centrafricain se voit couler son sang et celui de son frère. Ils oublient que le pétrole centrafricain c’est pour les centrafricains et ce pétrole doit profiter aux centrafricains nos à personne d’autres. L’idée des violences inter religieuses en Centrafrique c’est la politique et les médias étrangers qui veulent nous la faire avaler ».

S’il s’agit vraiment d’une guerre du pétrole, n’y-t-il pas une bonne raison pour les nouvelles autorités centrafricaines et les pays amis de la Centrafrique de prêter attention aux différentes prises de positions allant dans le sens de scinder en deux ce riche pays  ?    

Johnny Yannick NALIMO

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