Patrimoine culturel : « déconnectés de nos repères culturels nous ressemblons à des coquilles vides » Lucie Tene-Ombi Boyaka

Kangbi-ndara.info/ La perte des repères culturels est une pandémie qui se la coule douce en Centrafricaine. Dans cet entretien, Lucie Tene-Ombi Boyaka, cheffe de service d’animation au musée national centrafricain exhorte les Centrafricains non seulement à s’approprier leur culture aussi à la valoriser.

Madame Boyaka, bonjour. Le socle du patrimoine culturel national semble être classé aux oubliettes depuis plusieurs années. Pourquoi cette vitrine ne fait-elle pas rayonner la culture locale comme elle se doit ?

deboBonjour, vous êtes sans doute l’ignorer que le musée ne fonctionne pas normalement depuis bien d’années en raison de la crise. Notre musée a été touché et plusieurs objets ont été volés et d’autres sont portés disparus. Pour qu’il puisse rayonner comme vous le dites, le gouvernement a déployé des efforts pour que le musée soit réhabilité. Les travaux ont démarré depuis plus de trois mois. Nous espérons tous qu’à la fin de ces travaux le musée national fonctionnera de plus belle pour le grand bien de tous.

Parmi les objets volés ou portés disparus certains ont-ils plus de valeur ?

Dans un musée tous les objets ont de la valeur. Il n’y a pas un objet sans valeur.

Dans quel état se trouvent les objets et les différentes galeries dans lesquels ils sont posés ?

Les pavillons sont également délabrés et les objets qui s’y trouvent ont aussi besoin d’entretien. Le produit qu’il faut pour le nettoyage des objets coût cher et le musée n’en dispose pas depuis des années donc allez y comprendre. Quant aux objets, par mesure de protection ils ont été emballés. Les objets seront déballés une fois les travaux de réhabilitation prendront fin.

Combien de pavillons en tout ?

Nous avons huit pavillons. Celui de notre Président Fondateur Barthélemy Boganda, un autre  pour les instruments de musique, le pavillon des Peuls et Mythos, également celui des rites et coutumes du passé, la salle des technologies, la salle de la chasse et de la pêche et une salle consacrée aux pygmées.

La journée mondiale des musées a-t-elle été célébrée en Centrafrique ?

Elle a été organisée en amont mais au niveau de notre service rien n’a été fait faute du décaissement des fonds. Nous nous rattraperons sans doute l’an prochain (rire).

Quels types de visiteurs le musée centrafricain enregistre le plus?

Les visiteurs quasi réguliers sont des étrangers. Ceux qui vivent au pays certains y viennent en famille chaque année. Il y a aussi des nationaux mais à un faible effectif.

Qu’explique selon vous ce désintéressement de vos compatriotes ?

C’est un mal centrafricain de ne pas faire un pont entre sa personne et ses valeurs. Cette perte de repère est un processus enclenché depuis près de trois décennies et aujourd’hui plusieurs de nos compatriotes ne connaissent pas véritablement l’identité culturelle de leur pays. C’est ce désintéressement qui explique l’acculturation qui atteint son apogée en milieu jeune de notre pays.

Pourquoi le centrafricain doit-il s’intéresser à sa culture ?

C’est vital monsieur le journaliste. Dans le cas du musée on y trouve les rites, les connaissances, les coutumes, les croyances, les traditions et ce sont des valeurs qui démontrent notre appartenance à une communauté donnée. Si nous sommes déconnectés de nos repères culturels nous ressemblons à des coquilles vides. Je profite de cette occasion pour jeter une bouteille en mer en exhortant mes compatriotes à cultiver l’amour de la culture de leur pays, c’est une richesse et une fierté.  La dépravation des mœurs que nous constatons aujourd’hui dans notre pays et la montée inouïe de l’incivisme sont les résultantes d’une faible connaissance des traits culturels locaux. C’est un point à travailler dans notre pays car nous nous éloignons considérablement de nos valeurs et c’est au détriment de notre nation.

Madame Boyaka, je vous remercie.

Merci.

Propos receuillis par Johnny Yannick NALIMO

 

 

 

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