Politique étrangère : la France victime de sa propre stratégie en Centrafrique

Kangbi-ndara.info/ La Fédération de Russie s’implante décidément au cœur du berceau de l’humanité. Ce choix géostratégique s’affichant une aubaine pour la République Centrafricaine remonte en surface toutes les sensibilités hostiles au relèvement rapide du pays.

Avec l’offensive diplomatique russe, l’Afrique francophone semble désormais trouvée chaussure à son pied.

Après le génocide, le Rwanda a mis les bottes-des sept-lieux et son avancement spectaculaire est salué à tous les niveaux. Pour y parvenir,  le Rwanda sous la férule de Paul Kagame a enfoncé le glaive au plein cœur de la francophonie pour se débarrasser d’un joug injustement pesant. En dépit de ce choix risqué qui réussit finalement au Rwanda, au point de devenir aujourd’hui un modèle pour plusieurs pays du continent dont la République Centrafricaine, ce pays demeure encore un partenaire stratégique de la France.

Au-dessus du Rwanda, la francophonie risque gros cette fois avec l’expression de la tentation de Venise rendue manifeste par Joseph Kabila en choisissant un champ du Goulag à l’heure où la nation congolaise est ballotée par de puissants vents politiques. La République Démocratique du Congo (RDC) est le plus grand Etat de la francophonie par sa population. Ce rapprochement avec la fédération de Russie n’est peut-être pas étranger aux vrais mobiles de l’acquittement de l’opposant congolais Jean-Pierre Bemba par la Cour pénale internationale pour les crimes commis en 2003 par ses troupes en Centrafrique. Les enjeux sont énormes.

Au nord de la RDC, la France sonne le plus terrible des tocsins en dénonçant le noir qui couvre les accords de coopération signés entre la Russie et la République Centrafricaine. L’Elysée désavoue publiquement la politique diplomatique mise en œuvre par le régime de Bangui depuis octobre 2017 même si par cette diplomatie se propose des aides cruciales au relèvement durablement de l’Etat centrafricain.

Si Paris vaut bien une messe, nul besoin de reconnaitre que le Président centrafricain, Faustin Archange Touadera, a fait preuve de courage et de lucidité politique en se tournant raisonnablement vers la Russie en ces périodes sensibles de l’histoire de la Centrafrique.

En huit mois seulement de coopération renforcée avec la Russie, les résultats sont satisfaisants en matière de Défense nationale. Un bataillon des Forces armées centrafricaines (FACA), recyclé en moins de 30 jours par les instructeurs russes, ont infligé une perte colossale (au moins cent morts et plusieurs blessés) dans les rangs de l’Upc du chef criminel nigérien Ali Ndarassa le 11 juin dernier à l’entrée de Bambari au centre du pays.

Comment comprendre le fait que le Président français Emmanuel Macron ait donné quitus au Chef d’Etat centrafricain Faustin Archange Touadera pour  se rapprocher de la Fédération de Russie afin de résorber les problèmes de sécurité dans son pays et que certains quidams y voient l’alibi parfait pour déstabiliser le régime démocratique centrafricain sous de faux prétextes ?

Les faux prétextes ont vraisemblablement eu raison de la bonne volonté française de soutenir le redressement de la Centrafrique. Du coup, les fragments de la mosaïque d’une énième alternance politique en Centrafrique ont été rassemblés devant le monde entier ce début juin 2018 après la visite très médiatisée du ministre français des Affaires Etrangères et des Français de l’Etranger, Jean-Yves Le Drian au Congo et au Tchad pour parler de la Centrafrique sans qu’elle y soit associée. C’est au Tchad que le diplomate français ait pris position avec témérité contre « l’ingérence russe dans les affaires centrafricaines ».  L’ingérence russe dans les stratégies de nettoyage des bandes armées ou de la reconstruction rapide des forces de défense nationale ?

Par cet interventionnisme à bride abattue digne des néocolonialistes, le ministre français des Affaires Etrangères signifierait qu’il soit né dans la pourpre.  Ménage-t-il la politique d’une France visiblement tombée en désuétude ou de la France dont le flambeau est dignement porté par le Président Macron, facilitateur du salut Centrafricain ? Le Président Macron incarne la France humaine, emphatique, altérée et des alternatives adaptées aux tendances actuelles. Quelle nation au monde se priverait d’un tel privilège ?

La Centrafrique veut franchir la mezzanine de son relèvement en saisissant toutes les opportunités qui s’offrent à elle. En parlant de corde dans la maison d’un pendu, le patron de la diplomatie française justifie les agitations perceptibles dans les milieux politiques, diplomatiques et médiatiques français et nationaux relatives au dossier russo-centrafricain. Comme s’il n’en suffisait pas, Christian Bader, l’actuel ambassadeur  doit en plus céder place à Eric Gérard, un officier de la Gendarmerie française venu droit des états arabes sur la côté méditerranéenne.

Une évidence, la Russie première exportatrice de diamants et du gaz au monde, ne s’implante pas au cœur de l’Afrique essentiellement pour profiter de l’immensité des richesses naturelles de la Centrafrique, même si elles sont très convoitées. Par-dessus tout, la Russie n’a rien de plus stratégique qu’une implantation au centre du vieux continent pour mener à bien son offensive diplomatique en contrepartie des aides adaptées aux besoins des pays partenaires.

La Centrafrique est tout simplement chanceuse et ne peut être au bout du fossé la culbute pour avoir suivi les consignes bienveillantes du Président Emmanuel Macron. Cette projection russe lui permettra plutôt de rassoir un nouveau climat de confiance favorable à la bonne gouvernance, à l’unité nationale et à intégrité territoriale très menacées les cinq dernières années. Après tout ce qu’elle a enduré, la République centrafricaine mérite d’avoir le dos au feu et le ventre à table, volonté de la France positive.

Le président de la Douma russe, Pierre Tolstoï a rassuré à Moscou, ce début juin 2018, une délégation parlementaire centrafricaine conduite par Teddy Wedane, président du groupe d’amitié parlementaire Russie-Centrafrique et député de la ville de Bouca é2, que son pays ne fera pas faux-bons à la Centrafrique contrairement à l’Afrique du Sud et la France qui avaient abandonné François Bozizé et son régime face aux canons rebelles de la Séléka.

Cinquante ans après les indépendances, le centrafricain sait désormais de quel côté s’orienter pour changer de crèmerie. Il est déductible que la ruche de l’ancienne colonie fait rarement couler du doux miel. Pour se débarrasser de  vieux véhicules de l’armée, l’autre France veut en faire don à la Centrafrique tandis que les USA et la Chine ont déjà mis sur flotte de la logistique militaire neuve adaptée aux besoins du terrain.

Le comble, le Conseil de Sécurité de l’ONU vient de s’opposer à la livraison d’armes chinoises à la République Centrafricaine.

Johnny Yannick Nalimo pour Kangbi-ndara

 




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